Thon : Carrefour attaqué en justice pour manquement à son devoir de vigilance

Photo d'illustration
REUTERS/Manon Cruz

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Nouvelle contrariété pour Carrefour, qui multiplie les déboires en ce début d'année. Bloom et Foodwatch attaquent le distributeur en justice pour manquement à son devoir de vigilance dans sa filière thonière.
Les deux ONG lui reprochent notamment de ne pas interdire « les méthodes de pêche destructrices dans ses approvisionnements », de ne pas avoir « adopté de limite maximale de mercure protectrice de la santé des consommateurs », et d'être « incapable de démontrer que les conserves qu'elle vend sont exemptes d'abus de droits humains ».
La décision de poursuivre Carrefour en justice n'est pas précipitée, selon Bloom et Foodwatch. Bloom avait en effet déjà mis Carrefour en demeure pour les mêmes raisons en novembre 2023, puis encore en avril 2024 avec Foodwatch. Mais selon un rapport publié ce lundi par Bloom, passant au crible plus de trente publications du groupe, malgré les promesses, Carrefour n'aurait répondu qu'« en déployant sept stratégies d'évitement ».
L'action se fonde sur la loi du 27 mars 2017 sur le devoir de vigilance, qui impose aux plus grosses sociétés de s'assurer que leurs activités n'atteignent pas les droits humains, l'environnement et la santé des personnes, expliquent les ONG, qui déplorent un « dialogue désormais bloqué ». Le juge « pourra, le cas échéant, enjoindre sous astreinte la société à prendre les mesures jugées nécessaires », espèrent-elles.
Interrogée par La Tribune, l'enseigne a réagi en contestant « fermement ces accusations » et en réaffirmant « ses engagements en faveur d'une pêche durable ».
Pourquoi Carrefour en particulier? « En tant que 7e distributeur mondial, implanté dans plus de 40 pays, avec près de 15 000 magasins et un chiffre d'affaires de 92 milliards d'euros en 2023, (Carrefour) a un poids considérable pour enclencher une dynamique dans ce sens », répond le communiqué des associations. « La loi de 2017 ne se limite pas au périmètre français: c'est très intéressant en termes d'impact », explique encore Bloom.
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« L'enseigne a prouvé à plusieurs reprises qu'elle était capable d'imposer à ses fournisseurs des règles exigeantes », ajoutent Bloom et Foodwatch, qui rappellent son choix, en 2024, de déréférencer les produits du groupe PepsiCo pour cause de « hausse de prix inacceptables », ainsi que son engagement sur le Nutri-Score.
Par cette action, les ONG souhaitent néanmoins aussi induire « un sursaut de responsabilité » chez les concurrents de Carrefour. Dans leur ensemble, les distributeurs vendent en effet « 97 % des conserves de thon achetées en France », calculent Bloom et Foodwatch. Elles espèrent aussi produire un effet sur les agro-industriels, en estimant que la loi française de 2017 oblige les distributeurs à une vigilance aussi sur ces derniers.
Le 29 octobre 2024, Bloom et Foodwatch avaient lancé l'alerte sur la contamination généralisée du thon en boîtes au mercure, avec un risque pour la santé des consommateurs, en particulier des femmes enceintes et des enfants. Une pétition lancée par les deux ONG, demande aux distributeurs européens d'appliquer le seuil le plus protecteur qui existe à leurs produits de thon, soit 0,3 mg de mercure par kilo, a été signée par 51 825 personnes. Mais « Carrefour n'a toujours pas bougé », dénoncent-elles.
Elles font aussi valoir que « 42% des violations des droits humains en mer ont lieu à bord des navires thoniers ». « Le thon qui est vendu en Europe vient largement de pêches utilisant des DCP (dispositifs de concentration de poisson). Ces engins sont directement liés à la surexploitation des populations de thons dans l'océan Indien, responsables du sacrifice de millions de thons juvéniles, d'animaux marins non ciblés comme les requins et tortues, et d'une pollution plastique et électronique considérable », plaident-elles encore.
Cette action est annoncée juste quelques semaines après la publication par l'enseigne de résultats et de prévisions qui avaient inquiété les marchés : notamment d'un bénéfice net divisé par plus de deux et de prévisions « décevantes » pour 2025. Depuis, l'enseigne a aussi été confrontée à l'annonce, le 10 mars, par une association d'une partie de ses franchisés, qui l'a déjà attaqué en justice, qu'elle s'émancipera partiellement et progressivement de son franchiseur pour l'approvisionnement des magasins de ses adhérents.
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Un petit fonds français qui se revendique comme activiste, Whitelight Capital, a ensuite publié un communiqué appelant le distributeur « adapter son modèle économique pour éviter une érosion progressive de son réseau de franchisés », un foyer de rentabilité pour le groupe. Une note de la banque d'investissement Bryan, Garnier & Co, révélée par le média La Lettre, estime aussi que l'activité française du distributeur est « devenue un château de cartes » dans un contexte de forte concurrence entre enseignes, avec notamment la « crise de la franchise non résolue ». Carrefour cumule aussi plusieurs recours judiciaires, par ses franchisés et ses locataires-gérants.