L'eau, tout savoir sur ses bienfaits (avérés et supposés) pour la santé

Thermes, thalasso, hydro-bidule, aqua-machin, truc & spa… Les soins et plaisirs d’eau ont le vent en poupe. À grand renfort d’investissements massifs et de campagnes de rénovation, l’hydrothérapie s’est offert ces dernières années une cure de jouvence. Les spas, autrefois réservés aux hôtels de luxe, se sont démocratisés. Les piscines municipales se transforment en complexes bien-être avec hammam, sauna et jacuzzi. Quant au thermalisme et à la thalassothérapie, tombés en désuétude à la fin du XXe siècle, ils font un retour en force, dopés par des stratégies de communication à grande échelle. Qu’elle soit minérale, gazeuse, de mer, sous forme de boue, de vapeur ou de jets, l’eau, élément versatile, est devenue symbole de bien-être par excellence. (Cet article est issu de T La Revue n°10 - "Pourquoi faut-il sauver l'eau ?", actuellement en kiosque).
(Crédits : Istock)

« Eau [...]. Tu n'es pas nécessaire à la vie : tu es la vie. » En 1935, échoué dans le désert libyque à la suite d'un accident d'avion, Antoine de Saint-Exupéry comprend l'importance primordiale de l'eau. Sans elle, notre planète serait encore un désert inerte, l'erg stérile qu'elle était il y a 4 milliards d'années, avant que les premiers micro-organismes n'apparaissent au cœur des océans primitifs.

La science nous l'a appris : l'eau est source de vie. Mais elle n'a pas toujours été perçue ainsi. Au Moyen Âge, et ce jusqu'au XVIIe siècle, l'élément liquide fait peur. Le thermalisme, pourtant très en vogue dans la Rome antique, n'est plus guère pratiqué depuis les invasions barbares. Quant aux bains de mer, semble-t-il courants chez les Grecs - « la cure de soleil et la cure de mer s'imposent dans la plupart des maladies », aurait dit Hérodote -, ils sont devenus impensables. On craint l'eau par peur de la noyade, mais aussi des maladies. En Europe, les épidémies successives de peste ont traumatisé les populations. On croit l'eau vectrice de miasmes, parfois d'ailleurs à raison, en cette période où tanneurs et bouchers jettent leurs déchets dans les rivières.

L'eau et ses vertus

Comme en témoignent les lettres de Madame de Sévigné relatant ses séjours aux thermes de Vichy, l'intérêt pour les « eaux » fait sa réapparition en France au tournant du XVIIe siècle. On vante de nouveau les vertus médicinales de ces flots jaillis des profondeurs de la Terre et chargés en sels minéraux. Leur composition chimique fait l'objet d'une première mission d'analyse ordonnée par l'Académie des sciences en 1670, période à laquelle commencent à se commercialiser les premières bouteilles d'eau minérale.

L'eau de mer séduit plus tardivement. En France, il faut attendre la première moitié du XIXe siècle pour que l'intérêt anglais pour ses bienfaits commence à faire école. Initialement préconisée dans le cadre restreint de quelques maladies (la rage, la consomption et l'aliénation mentale), l'eau salée devient progressivement synonyme de remise en forme. Un terme dédié voit même le jour en 1865 : la thalassothérapie.

C'est le début de l'âge d'or du soin par les eaux. Scrofule, tuberculose pulmonaire, rhumatisme articulaire, ulcères, syphilis, asthme, troubles psychosomatiques... Les maux que les docteurs sont encore impuissants à guérir font les beaux jours des établissements thermaux, climatiques et balnéaires. Mais à la fin du XXe siècle, la médecine moderne aura un temps raison de cette fièvre pour l'eau. Un temps seulement... L'eau et ses vertus thérapeutiques n'avaient pas dit leur dernier mot.

Minérale, de source, gazeuse ou du robinet... Il n'y a pas une, mais plusieurs eaux !

Constitué d'eau à environ 65 %, notre organisme doit chaque jour alimenter cette réserve essentielle à son bon fonctionnement. Mais compenser les pertes quotidiennes liées principalement à la transpiration et aux urines n'est pas l'unique bénéfice d'une bonne hydratation. L'eau étant un excellent solvant, elle se charge lors de ses divers périples à travers les sols terrestres de composés solubles indispensables à notre santé : essentiellement des sels minéraux (calcium, magnésium, sodium, potassium, bicarbonates...) et des oligoéléments (cobalt, cuivre, fer, fluor, iode, manganèse...). Chaque source et chaque sol étant différents, la composition varie significativement d'une eau à une autre, qu'elle soit du robinet, de source ou minérale. Les eaux dites « minérales » sont celles, en France, qui ont été reconnues par l'Académie de médecine pour leurs vertus thérapeutiques. Quand elles sont riches en calcium, par exemple, on leur reconnaît des bénéfices contre l'ostéoporose ; riches en magnésium, contre le stress et la fatigue ; riches en sodium, contre les crampes musculaires ; riches en chlorures, contre les affections des voies respiratoires, etc. Quant aux eaux bicarbonatées, généralement gazeuses, elles sont reconnues pour traiter les troubles de l'appareil digestif, du foie et des voies biliaires. C'est de là que vient leur réputation pour la digestion. Prudence, néanmoins, car les preuves scientifiques sont limitées. On sait par ailleurs que l'acide carbonique contenu dans l'eau gazeuse peut nuire à l'émail des dents. À consommer avec modération, donc. L'eau plate reste sans conteste la meilleure des options, qu'elle soit minérale, de source, ou même du robinet.

Sauna, hammam, piscines chauffées : des vertus prouvées

« La pharmacie du pauvre », c'est ainsi que les Finlandais surnomment le sauna. Véritable emblème de bien-être, ce bain de vapeur sèche aurait également de multiples vertus thérapeutiques. C'est ce que tendent à démontrer plusieurs études observationnelles, menées ces dernières années auprès d'usagers réguliers de ces petites cabanes en bois. En provoquant une dilatation des vaisseaux sanguins, le sauna diminuerait sensiblement le risque d'accidents cardiaques. Il aurait également des vertus contre l'asthme, la bronchite chronique ou les douleurs liées aux rhumatismes. De manière générale, de plus en plus d'études scientifiques montrent une corrélation entre les bains de chaleur - liquides ou sous forme de vapeur - et de nombreux bénéfices thérapeutiques. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ces derniers seraient comparables à ceux procurés par l'exercice physique. Pratiqués régulièrement, sauna, hammam, et autres dispositifs de type spa amélioreraient les performances cardiorespiratoires, la santé vasculaire, le taux de glycémie et aideraient à combattre les inflammations chroniques de faible intensité. Et cela vaudrait aussi pour un simple bain chaud à la maison ! En cas de problèmes de santé, il est tout de même conseillé de consulter son médecin avant de s'offrir de tels soins.

Le thermalisme, des eaux aux vertus reconnues par l'Académie de Médecine

L'impératrice Joséphine tenta d'y retrouver sa fécondité, Alphonse Daudet et Guy de Maupassant y soignèrent leur syphilis, Chateaubriand ses rhumatismes, Verlaine ses ulcères à la jambe et Proust son asthme. Remèdes à tous les maux, les cures thermales sont, au XIXe siècle et jusqu'à la moitié du XXe siècle, largement plébiscitées par le corps médical. À tel point qu'en 1947, inaugurant un modèle unique en Europe, la Sécurité sociale française commence à prendre en charge ces soins à base d'eau minérale naturelle - elle en définit aujourd'hui 12 grands domaines thérapeutiques. Ironiquement, c'est à cette même période qu'un désintérêt des médecins commence à apparaître. Il est reproché à la crénothérapie (autre nom du thermalisme) l'absence d'études scientifiques sérieuses prouvant son efficacité. La question demeure : les sels minéraux et oligoéléments présents dans l'eau minérale naturelle ont-ils des vertus médicales en balnéation ? Suspecté d'appréciations subjectives, le thermalisme connaît, depuis les années 1990, un effort d'évaluation scientifique inédit. Dans cette optique, les principaux acteurs du secteur en France ont créé en 2004 l'Association française pour la recherche thermale (AFRETh). Un peu plus d'une quarantaine de papiers ont depuis été financés par l'organisme, attestant entre autres, de l'efficacité de la médecine thermale sur les troubles anxieux, l'arthrose, le surpoids ou l'insuffisance veineuse. À noter que l'Académie française de médecine, chargée de définir les critères scientifiques à respecter lors des études relatives au thermalisme, vient de durcir ses exigences, laissant ainsi entendre une insuffisance de rigueur dans les travaux menés jusqu'ici. Si l'efficacité médicale des cures thermales est encore sujette à débat, les enquêtes menées auprès des curistes montrent un impact tangible sur le bien-être.

La thalassothérapie, le bien-être grâce au milieu marin

Le 15 décembre 1961, Louison Bobet, star du cyclisme français, est victime d'un grave accident de la route qui laisse son corps brisé. Là où la médecine est impuissante à lui faire retrouver le plein usage de ses membres, une cure de thalassothérapie pratiquée lors de sa rééducation fait des miracles. Très médiatisé, son rétablissement est une aubaine pour le secteur. Rudoyées par l'avènement de la médecine moderne, notamment l'invention de la pénicilline, les cures marines font alors un retour en force. Mais aux indications traditionnelles en rhumatologie, largement vantées par l'écrivaine Marie Mauron dans un livre publié en 1957, se substitue peu à peu une visée plus large, moins médicalisée, orientée davantage sur la remise en forme. C'est toujours aujourd'hui le créneau du secteur : la thalassothérapie ne prétend pas guérir. Ses bains à l'eau de mer, ses affusions, ses douches au jet, ses boues, ses algues, ses sables et même ses embruns ont pour rôle premier de soulager. Force est de constater d'ailleurs que ces pratiques ne font l'objet d'aucune étude médicale et - à la différence des établissements thermaux - ces centres de bord de mer ne sont pas non plus soumis à un agrément de l'Assurance maladie. En revanche, des études empiriques les concernant semblent démontrer elles aussi une réelle amélioration de l'état des patients après une cure. Entre autres bénéfices rapportés : moins de fatigue et de stress à la sortie, une consommation diminuée de médicaments et moins de douleurs circulatoires, musculaires et articulaires...

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Article issu de T La Revue n°10 spécial "eau" actuellement en kiosque et disponible sur notre boutique en ligne

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Commentaires 3
à écrit le 30/07/2022 à 8:55
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et 80% du ^prix de l'eau qui part en dividendes, l'eau, de la vie à la mort.

le 30/07/2022 à 9:53
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vous avez des chiffres ou c'est une estimation (de 'bon sens') ? Les villes en régie qui gèrent elles-même leur eau ça doit donc faire baisser les prix de 80% ? Sinon y en a qui se sucrent, euh, se servent (remplissent leurs piscines avec).

le 30/07/2022 à 10:33
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De 60 à 80% de l'eau privatisée, c'était dans un documentaire d'envoyé spécial, à savoir une émission qui n'est pas connue pour être révolutionnaire.

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