Qui est Karhoo, la brique techno de mobilité de Renault ?

 |  | 817 mots
Lecture 4 min.
Nicolas Andine (à gauche) et Boris Pilichowski, co-PDG de Karhoo.
Nicolas Andine (à gauche) et Boris Pilichowski, co-PDG de Karhoo. (Crédits : Karhoo)
Tandis que Renault peaufine sa stratégie mobilité, Karhoo continue son développement avec une relative autonomie. La startup B2B revendique son leadership parmi les places de marchés qui connectent les flottes VTC aux centrales de réservations. Porté par la crise du coronavirus, Karhoo table sur une forte croissance.

C'est décidé, Karhoo reste bien dans le giron de Renault ! Après de multiples tergiversations sur le périmètre stratégique de Renault dans la mobilité, la startup basée entre Londres et Paris ne quittera pas le navire qu'elle avait rejoint en 2017, au contraire de Marcel, la plateforme VTC cédée à l'automne dernier à Bymycar.

Pourtant, Karhoo n'est pas un nom connu du grand public. D'ailleurs, sa solution en B2B ne s'adresse pas au client final. Pour Renault, il s'agit davantage de maîtriser une brique stratégique pour constituer un écosystème technologique tourné vers la mobilité, à travers sa nouvelle division Mobilize.

Contrat avec la SNCF et Booking

Karhoo propose une infrastructure clé en main pour relier diverses flottes VTC à un opérateur de mobilité qui cherche à compléter son offre à travers une solution dite de "first and last mile" (premier et dernière kilomètre ndlr). En d'autres termes, comment conduire un passager de son domicile ou de son bureau jusqu'à son départ de train ou d'avion, ou à son arrivée. Karhoo compte déjà comme clients des plateformes comme la SNCF ou encore Booking qui offrent ainsi cette option lors de leur parcours de réservation. Les compagnies aériennes, les centrales de réservation d'hôtellerie ou d'hébergement sont également intéressées par cette solution. Cette technique est d'ailleurs bien connue des compagnies aériennes qui proposent systématiquement une proposition de réservation de voiture de location à chaque achat de billets. Avec Karhoo, elles accèdent désormais à un portefeuille de 3.000 flottes VTC dans 12 pays européens, avec pas moins de 3 millions de chauffeurs. Karhoo a également posé le pied aux Etats-Unis avec déjà 4 flottes partenaires à New York.

Lire aussi : « Renault va basculer son centre de gravité dans la mobilité », Clotilde Delbos, directrice générale adjointe

"Le taux de conversion d'une location de voitures dans une réservation de billets d'avion est d'environ 5%, nous sommes déjà entre 1 et 1,5%, c'est déjà pas mal pour une solution qui existe depuis 18 mois mais cela nous laisse encore du chemin à parcourir", confie à La Tribune Nicolas Andine, co-PDG de Karhoo avec Boris Pilichowski. Selon lui, Karhoo participe à l'amélioration de l'expérience client à travers un parcours de réservation optimal et avec une technologie très aboutie.

Le marché du MaaS en vue

Mais Karhoo considère avoir aussi sa place dans les stratégies dites de MaaS (Mobility-as-a-Service, ou solutions d'intermodalités agrégées autour d'une même application). Il participe ainsi à la plateforme MaaS mise en place par Transdev à Saint-Etienne, en apportant l'infrastructure technique qui connecte les flottes de taxis de l'agglomération.

Avec Karhoo, Renault se met donc en situation d'agglomérer plusieurs briques technologiques avec Yuso ou iCabbi, qui lui permettront de maîtriser une infrastructure complète de mobilité. Mais cette stratégie est encore très focalisée sur du B2B.

Pour Boris Pilichowski, "la maîtrise de l'ensemble de la chaîne de valeur est complexe et encore coûteuse". Impossible d'être sur tous les fronts. Cette stratégie de briques technologiques est la plus pertinente. Karhoo estime ainsi disposer d'une grande autonomie de développement. Sa taille, 150 personnes, lui confère de l'agilité opérationnelle. Bref, Karhoo a beau appartenir à un groupe automobile de 120.000 salariés, il agit comme une startup. Et le modèle ne semble pas avoir souffert de la crise sanitaire. Certes, le Covid a fortement impacté le volume de courses, mais elle a néanmoins conforté la pertinence du modèle.

"La crise du Covid a contraint les opérateurs à rationaliser les offres de mobilité, et notre plateforme fait partie de la solution", explique Nicolas Andine. "Sur les trois derniers mois de l'année, nous avons eu 12 nouveaux clients", se rejouit le tandem qui a repris Karhoo en 2017.

Pépite londonienne

Les deux français avaient trouvé cette pépite à Londres qui vivotait sans plan de croissance. "La société avait été lancée en 2015 sur une bonne idée, mais avec une mauvaise exécution opérationnelle", se souvient Boris Pilichowski. C'est avec Renault qu'ils décident de racheter l'entreprise notamment sa techno et son portefeuille client, mais ils reconstruisent l'entreprise de A à Z si bien que le nouveau Karhoo ne ressemble plus à l'ancien.

Lire aussi : La méthode de Luca de Meo pour enterrer le Renault de Carlos Ghosn

Pour accélérer sa croissance, Karhoo veut multiplier ses partenariats de flottes sur une plus grande échelle, afin de décrocher des donneurs d'ordre plus puissants encore. S'ils attaquent le marché américain avec prudence, Nicolas Andine et Boris Pilichowski restent persuadés qu'ils resteront leader de leur activité à long terme... Pour le plus grand bonheur de Renault qui doit encore déterminer la place définitive de Karhoo dans une stratégie de mobilité plus intégrée.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :