Aéroports de Paris : le début des ennuis en Turquie ?

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Le lancement officiel jeudi par le gouvernement turc du processus d'appel d'offres pour la construction d'un troisième aéroport d'Istanbul à l'horizon 2016 fragilise ADP, qui a acquis en mai dernier 38 % du gestionnaire aéroportuaire turc TAV, lequel détient aujourd'hui l'aéroport international d'Istanbul. Nommé après cette opération, l'actuel PDG d'ADP, Augustin de Romanet a "des doutes sur le niveau d'informations transmises au conseil d'administration d'ADP".

Ce n'est plus un effet d'annonce d'un ministre des Transports turc, qui cherchait à gagner des voix pour arracher la mairie d'Istanbul comme on le pensait il y a quelques mois chez Aéroports de Paris (ADP)... mais la réalité. La Turquie va bel et bien construire un troisième aéroport gigantesque à Istanbul pouvant accueillir jusqu'à 150 millions de passagers à l'horizon 2016. Le gouvernement turc a formellement lancé l'appel d'offres jeudi dans le but de lutter contre la saturation de l'aéroport international Atatürk. (lire ici l'article : la Turquie lance la construction du plus grand aéroport du monde).

Moins d'un an après avoir déboursé 700 millions d'euros pour acheter 38 % du capital du groupe turc TAV, propriétaire de plusieurs plates-formes dont Atatürk à Istanbul, ADP se retrouve fragilisé. Ce qui était une superbe cible il y a un an devient un facteur de risque. Soit TAV, qui va postuler pour cet appel d'offres l'emporte et ADP se retrouve à financer un investissement très important au regard de sa taille (moins de 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires) et de son endettement (son ratio d'endettement est passée à 87 % à la fin du premier semestre 2012), soit il perd la partie et court le risque d'un transfert d'activité d'Atatürk vers le nouvel aéroport. Or, Atatürk représente une partie essentielle de la valeur de TAV.

Indemnisations

Pour autant, avant de crier au loup et de mesurer un éventuel impact négatif, certains points doivent être éclaircis :

- Il faut déjà s'assurer que les premiers vols débuteront bien dans les temps escomptés. Car plus le chantier aura du retard, plus l'impact sur ADP sera moindre dans la mesure où la concession d'ADP s'arrête en 2021. Chez ADP comme bon nombre d'experts on estime qu'un tel projet ne peut voir le jour aussi vite. Reste à savoir si ce sera effectivement le cas et, si oui, combien de temps l'activité des deux aéroports se chevaucherait.

- Il faut également avoir une idée plus précise du sort qui sera fait à Atatürk au moment de l'ouverture du nouvel aéroport. "Car il y aura forcément un phasage dans le transfert d'activités, explique un expert des questions aéroportuaires. Reste lesquelles seront concernées en premier ?". Si ce sont quelques vols charter ou cargo comme c'est le cas aujourd'hui à Dubai dans le nouvel aéroport en construction, ce ne sera pas grave. Si c'est Turkish Airlines, qui milite pour ce nouvel aéroport, cela le sera davantage.

- Enfin, il faudra également en savoir plus sur la question de l'indemnisation que l'Etat turc a promise à TAV en cas d'ouverture du troisième aéroport et voir, si en cas de préjudice, elle compensera vraiment la totalité de l'impact.

Pourquoi ADP ne savait pas ?

Si tout le monde espère que cette histoire se terminera bien pour ADP, il y a néanmoins un point qui dérange dans ce dossier. Comment les cartes ont-elles pu être rebattues aussi rapidement ? Comment une entreprise contrôlée par l'Etat qui signe en mai 2012 la plus grosse acquisition de son histoire peut-elle découvrir quelques semaines après que la Turquie entend construire un aéroport concurrent dans quatre ans ? Comment est-ce possible ? Depuis le temps où ils ont commencé à s'intéresser à ce dossier quelques mois en plus tôt, jusqu'à la présentation et au vote en conseil d'administration début 2012, comment les banques conseil, les avocats, et la direction emmenée par son PDG à cette époque Pierre Graff, ont pu passer à côté ?

Les syndicats ont déposé un droit d'alerte sur la stratégie internationale et sur l'acquisition de TAV en particulier. Selon eux, les projets d'Ankara transpiraient dans la presse turque et spécialisée dans l'aviation. "Lorsque nous avons acheté, la question de la saturation d'Istanbul se posait. A l'époque, il était question d'y répondre par une piste de décollage ou d'atterrissage supplémentaire, à la charge de l'Etat", déclarait à "La Tribune" Pierre Graff le 31 août en aparté des résultats semestriels du groupe. Le 11 octobre, dans une interview aux "Echos", il confirmait être au courant du projet d'un nouvel aéroport mais pas avant la fin de la concession en 2021. "Nous étions informés de ce projet de nouvel aéroport à Istanbul, même si son ouverture ne devait pas intervenir avant la fin de notre concession, qui s'achève en 2021", avait-il dit. Avec ces déclarations, Pierre Graff met le doigt sur un point important. Il semble donc que le conseil d'administration se soit prononcé en faveur de cette acquisition sans avoir les bonnes cartes en mains.

Le nouveau PDG a des doutes

Le nouveau PDG, Augustin de Romanet, le pense. "J'ai des doutes sur la qualité des informations transmises au conseil d'administration, notamment que l'appel d'offres programmé par les autorités turques pour le lancement d'un troisième aéroport à Istanbul aurait lieu plus vite que prévu", a-t-il déclaré le 13 janvier au "Journal du Dimanche". Des propos lourds de sens. Car ils débouchent sur cette question. Le conseil d'administration aurait-il voté favorablement pour la plus grosse opération capitalistique jamais lancée d'ADP s'il avait eu connaissance de l'éventualité d'un troisième aéroport dans quatre ans pour résoudre les problèmes de congestion aéroportuaire d'Istanbul plutôt que la construction d'une nouvelle piste ? Pas sûr.

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Commentaires
a écrit le 28/01/2013 à 10:38 :
Alors quelles étaient donc les raisons si impératives de signer ce contrat? Mes deux derniers posts sur ce sujet ont été censurés, ayant eu l'outrecuidance de me demander s'il n'y avait que de l'incompétence crasse de la part de nos grands dirigeants/fonctionnaires?
a écrit le 27/01/2013 à 12:04 :
Au bout du compte à qui profite le "crime" ?
a écrit le 27/01/2013 à 9:12 :
et voila ce qui se passe quand on met des technocrates au plus niveau dans des entreprises, ils font des conneries! quelle idée stupide d'aller mettre son fric dans ce type de pays
a écrit le 26/01/2013 à 11:51 :
une belle lecon d'empapaoutage par les voisins des grecs.
a écrit le 26/01/2013 à 10:49 :
N'exagérons rien. 2021 c'est demain et il faudra sans doute au moins 10 ans avant que le nouvel aéroport fonctionne à pleine capacité. Je soupçonne au contraire une belle opération de communication du nouveau PDG d'ADP qui fait coup double: 1. il assure son poste en tapant sur son prédécesseur qui s'est lancé dans une opération hasardeuse (il n'a pas refusé de prendre sa place), 2. il engage les hostilités pour réclamer un maximum d'indemnités compensatoires à ATV et renflouer la caisse. C'est de la stratégie comme on l'apprend à l'ENA.
a écrit le 26/01/2013 à 10:02 :
En clair, les Dirigeants d'ADP se sont fait rouler dans la farine : Faisant preuve d'une grande naïveté, ils ont crû que leurs interlocuteurs turcs se comporteraient comme des énarques.Comme d'habitude, il ne reste plus qu'à l'Etat français, donc aux Contribuables, qu'à payer l'addition.
Réponse de le 26/01/2013 à 21:46 :
On voit vraiment à la lecture de votre commentaire que vous n'y connaissez rien en développement aeroportuaire. C'est votre droit. Mais être polémique sans fondement c'est de l'incompétence...
a écrit le 26/01/2013 à 9:43 :
on va envoyer montebourg !
Réponse de le 26/01/2013 à 11:57 :
Qu il y parte , en voiture électrique ...
a écrit le 25/01/2013 à 20:47 :
Moi: bonjour je cherche un petit emploi d'accueil au sein d'ADP à Paris.
ADP: désolé monsieur, vous n'avez pas assez d'experience...
Moi: dommage je savais (comme bcp de turcs) depuis 2011 que Erdogan voulait construire un 3ème aéroport à Istanbul.

a écrit le 25/01/2013 à 18:24 :
Quel est l'intérêt pour Aéroport de PARIS d'aller investir à l'étranger ? L'état détenant 52% du capital, adp ne peut être la cible de personne : adp pouvait tranquillement rester un placement de rentier ( et rester rentable pour les finances de l'Etat ) sans risquer de futures pertes dans une aventure extérieure. Ce qui est en jeu, j'ai l'impression, ce sont les egos des manageurs...
Réponse de le 26/01/2013 à 15:13 :
Bonjour Picnicdouille,
Abstraction faite de cette erreur de ADP concernant TAV, je pense au contraire que les entreprises françaises détenues en partie par l'État ont raison de grandir à l'étranger.
Airbus est aussi une entreprise partiellement détenue par l'état, et personne ne conteste ses ventes à l'international. Idem Pour Renault, EDF, AREVA...

Il est temps d'arrêter avec cette logique de rentier. Il est temps de croitre, de faire de la croissance, de l'export. Nous les jeunes nous manquons d'emplois et voulons que nos entreprises grandissent pour nous offrir des situations. Nous n'avons pas de capital pour nous vivre de nos rentes, et nous voulons que notre pays retrouve de l'ambition.
a écrit le 25/01/2013 à 17:51 :
pour moi les enarques sont des gens certes instruits mais non intelligents je dirai même
qu'ils sont naïfs et surtout aucun sens des affaires
c'est lamentable
a écrit le 25/01/2013 à 17:33 :
Pas mal le plan de financement des turcs : tu vends cher l'ancien à des pignoufs et avec l'argent tu en reconstruis un nouveau.
a écrit le 25/01/2013 à 16:54 :
Si les délais sont les mêmes que pour l'aéroport de Berlin, c'est bon pour ADP.
a écrit le 25/01/2013 à 16:15 :
Sans avoir les mains vraiment sales, il y en a qui ne sont jamais là au bon moment...
a écrit le 25/01/2013 à 14:51 :
Dans les deux cas de figure ADP est marron. La seule chance est que l'aéroport nouveau prenne un max de retard pour que ADP rentabilise son investissement hasardeux.
a écrit le 25/01/2013 à 13:15 :
Pierre Graff, Polytechnicien, ancien haut fonctionnaire devenu PDG d'ADP.
Bref la success story à la française, qui finit toujours pas des centaines de millions, voir des milliards perdus dans de mauvaises acquisitions. Mais ce n'est pas grave, en France, l'argent du contribuable coule à flot.
a écrit le 25/01/2013 à 13:13 :
Business is business et ADP est une grosse truffe. Les enarques d'ADP ont sous estime le sens business des Turcs et pan ADP et l'Etat ont pris une grosse quenelle. Mais les enarques francais haut strateges et depensiers de l'argent public ne connaitront pas le chomage et resteront derriere leurs bureaux, au chaud, sous les dorures de la Republique
a écrit le 25/01/2013 à 13:08 :
On doit sérieusement rigoler, du côté de Rueil Malmaison..
Réponse de le 25/01/2013 à 13:57 :
Pourquoi Rueil Malmaison?
a écrit le 25/01/2013 à 12:50 :
Ca se dit comment "empapaouter" en turc ?
Réponse de le 25/01/2013 à 14:07 :
Ca se dit "Atatürk!"
Réponse de le 25/01/2013 à 14:49 :
Et se faire queneller "Charles De Gaulle" ? Arrêtons avec le non respect des autres...
Réponse de le 28/01/2013 à 13:01 :
papou, il n'y a pas de renardise dans tout ça. Tout était sur la table, y compris le projet de construction d'un troisième aéroport à Istanbul. ADP a vu plus gros que son ventre, c'est tout.

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