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Aéroports de Paris : quand le PDG fait (déjà) son bilan

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 29 août 2013 à 16:52

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Arrivé en novembre 2012 à la tête du gestionnaire des aéroports parisiens Augustin de Romanet rappelle les mesures qu'il a prises en peu de temps. Elles concernent le client, la discipline financière et la stratégie à long terme.

Augustin de Romanet a fait du George Marchais ce jeudi en présentant les résultats semestriels d'Aéroports de Paris (ADP). Un peu à la manière de l'ancien secrétaire général du parti communiste français (de 1972 à 1994) quand il disait « c'était peut être pas votre question, oui mais c'est ma réponse », le PDG du gestionnaire des aéroports parisiens a commencé sa présentation devant la presse et les analystes en répondant à une question que personne ne lui avait posée. « Beaucoup d'entre vous se posent cette question : qu'avez-vous fait depuis votre arrivée (novembre 2012, ndlr) ? réponse : première chose, le client, deuxième chose la discipline financière, troisième chose la stratégie à long terme ». A moins d'un an de la fin de son mandat (il était de 19 mois seulement, soit la durée qui restait à faire à son prédécesseur Pierre Graff avant qu'il ne quitte ses fonctions pour cause de limite d'âge) Augustin de Romanet se positionne déjà, à l'évidence, pour un nouveau mandat en faisant étalage des chantiers lancés. Un premier bilan effectivement riche en décisions fortes.

 "Aller chercher les clients avec les dents"

« Le premier objectif était de mettre le client plus encore au centre de nos préoccupations. Nous ne sommes pas qu'un seul percepteur de péages, nous devonsaussi faire préférer l'avion », a indiqué le PDG d'Aéroports de Paris, précisant que « l'avion n'est pas compétitif sur le plan du stress ». Voulant lever les incertitudes des passagers concernant l'accès aux aéroports et le parcours aéroportuaire pour accéder à l'avion (passage au poste d'inspection filtrage, embarquement..), et d'une manière globale se concentrer sur les clients, Augustin de Romanet a mis en avant trois décisions majeures qu'il a prises : le transfert du siège social du centre de Paris à l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle, la création d'une direction clients et son implication dans la relance du projet de desserte ferroviaire directe entre Paris et Roissy, CDG Express, un projet pour lequel les arbitrages politiques sont attendus à l'automne. Si le projet voit le jour, ADP devrait être coactionnaire avec Réseau Ferré de France, le gestionnaire des infrastructures ferroviaires. Il faut « un minimum de garanties sur un financement pérenne ». Si le projet est lancé, il pourrait voir le jour vers 2020-2022. Outre les passagers, ADP se concentre aussi sur les compagnies aériennes pour en attirer davantage à Paris. Pour lui, il ne faut pas qu'ADP ait une mentalité de « rentier » en pensant que le monde entier veut venir à Paris. « Il faut aller chercher les clients avec le dents », a-t-il lâché. Gagner de nouvelles compagnies fait partie des objectifs assignés aux directeurs de Roissy et d'Orly.

 Plan de départs volontaires

Deuxième élément de son « bilan » : la discipline financière. Augustin de Romanet met en avant le lancement d'un plan d'économies qui doit générer entre 71 et 81 millions d'euros d'économies annuelles à échéance 2015, et d'un plan de réduction des investissements de 150 millions d'euros. Car certains allaient au-delà du contrat de régulation économique (CRE) signé avec l'Etat. La direction négocie avec les syndicats un plan de départs volontaires qui pourrait concerner 370 personnes. Son financement entraînera une provision dans les comptes 2013. « Il y avait un sureffectif, lié notamment à la reprise de l'activité de handling, qui justifiait un PDV », a-t-il expliqué. Parallèlement, des recrutements sont prévus pour l'accueil des passagers et dans la maintenance. « Faute de décision, plus de la moitié des postes d'accueil n'ont pas été pourvus depuis quatre ans », a-t-il fait valoir. Comme le transfert du siège à Roissy ou CDG Express le plan de départs volontaires était lui aussi une "Arlésienne". Qu'une entreprise publique bénéficiaire supprime des postes peut surprendre quand un gouvernement place l'emploi au centre de ses préoccupations semblait rendre ce dossier impossible. Nicolas Sarkozy l'avait refusé à l'ancien PDG Pierre Graff. Visiblement, Augustin de Romanet a su convaincre les autorités, notamment Arnaud Montebourg, hostile dans un premier temps. « Mais ils ont vu qu'il répondait à une attente des salariés et que les syndicats étaient plutôt favorables », explique un proche d'ADP.

Huit ans pour faire évoluer TAV

Quant à la stratégie long terme, elle vise à faire d'ADP le leader mondial de l'exploitation et de la construction aéroportuaire. Un objectif qui n'est pas atteignable sans délai. Mais au préalable, Augustin de Romanet veut « améliorer les ressources humaines pour pouvoir se projeter à l'étranger ». Sa stratégie de croissance externe se veut « ciblée et lucide. « Je me prépare à ne pas gagner beaucoup d'appel d'offres au cours des deux ou trois prochaines années mais nous allons tenter notre chance ». Comme au Brésil ou à la Guardia (New-York).

Evoquant le dossier TAV, le gestionnaire aéroportuaire turc, dans lequel ADP a pris 38% du capital, l'objectif est de faire évoluer le modèle avant la fin de la concession de l'aéroport Atatürk d'Istanbul en 2021. Atatürk, qui génère l'essentiel des bénéfices de TAV, doit fermer au moment de l'ouverture du troisième aéroport prévu vers 2017-2018. « Nous avons huit ans pour faire évoluer TAV, pour qu'en 2022, nous soyons toujours un actionnaire prospère de cette société (…). Il ne faut pas qu'il y ait de perte de valeur. Nous devons reconstituer les ¾ de l'ebitda de TAV ». Pour autant, Augustin de Romanet n'exclut pas la possibilité d'exploiter Atatürk au-delà de 2021 si le troisième aéroport devait être en retard. Dans cette perspective, TAV a demandé à ADP de travailler avec eux sur l'augmentation de capacités d'Atatürk.

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Au final, pour Augustin de Romanet, ADP « déroule son plan de marche et prépare son avenir ». Cela explique selon lui « le lien entre la froideur des résultats et notre enthousiasme ». Au premier semestre, le résultat net a baissé de 13% à 125 millions en raison d'une forte progression des dotations aux amortissements et des charges d'impôts, pour un chiffre d'affaires en hausse de 6,2%, à 1.346 millions d'euros et un Ebitda de 487 millions (+4,1%) Le trafic des aéroports parisiens d'ADP a augmenté de 0,5% au premier semestre avec 43 millions de passagers, tandis que le chiffre d'affaires des boutiques a progressé de 8,5% à 17,6 euros par passager au départ d'Orly et de Roissy-CDG. La direction confirme également tabler pour 2015 sur un ebitda en hausse de 25% à 35% par rapport à 2009.

Fabrice Gliszczynski

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