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Air France ou Aéroports de Paris, l'Etat devra trancher

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 21 janvier 2015 à 06:04 - Mis à jour le 21 janvier 2015 à 06:04

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Pour son prochain contrat de régulation économique qui sera négocié et signé avec l'Etat cet été, Aéroports de Paris (ADP) propose d'augmenter ses redevances de 1,75% par an en moyenne (hors inflation) pour financer 3,1 milliards d'euros d'investissements entre 2016 et 2020. Air France demande un gel des redevances et la fin du mécanisme de "double caisse" d'ADP.

Au sein d'Aéroports de Paris, on en est convaincu. Les propositions, publiées ce lundi, pour le prochain contrat de régulation économique (CRE, de 2016-2020) qui sera négocié et signé cet été avec l'Etat peuvent donner un coup de main à Air France, alors que la compagnie, en difficulté, ne cesse de pester contre la cherté des redevances aéroportuaires parisiennes.

Un dossier sensible, au regard de la fragilité des compagnies françaises

La préparation d'un tel contrat de régulation suscite traditionnellement de grandes tensions entre l'opérateur aéroportuaire et les compagnies aériennes car il vise à préciser le niveau d'investissements prévus durant cette période de cinq ans, la hausse des redevances pour les financer avec une structure tarifaire déterminée, le tout en tenant compte des prévisions de trafic de passagers et de marchandises sur cinq ans et des efforts de productivité d'Aéroports de Paris.

Déjà sensible quand les compagnies françaises se portaient bien il y a une dizaine d'années, le débat prend une acuité particulière avec la situation critique de la quasi-totalité des transporteurs français, d'Air France en particulier.

«Nous prévoyons une hausse de 1,75% par an de nos redevances pour financer plus de 3 milliards d'investissements dont la plupart seront centrés sur la maintenance et le fonctionnement du hub, explique Edward Arkwrigh, directeur général adjoint Finance & Stratégie d'Aéroports de Paris. La structure tarifaire que nous proposons est en phase avec la stratégie de nos clients. Si Air France, par exemple, réussit à mettre en œuvre sa stratégie, si cette compagnie met en œuvre l'organisation que nos investissements rendent possibles, ils seront gagnants. Nous avons intérêt à ce qu'ils y parviennent car nous serons plus intéressés qu'aujourd'hui encore à la réussite d'Air France ».

Et Franck Goldnadel, directeur général adjoint, responsable de l'aéroport de Roissy d'ajouter :

«Nous voulons être un partenaire au service du développement d'Air France. Nous croyons à leur capacité à se développer".

La structure tarifaire d'ADP colle avec le profil d'Air France

Au regard du poids d'Air France-KLM sur les plateformes parisiennes, plusieurs points de la proposition d'ADP sont favorables au groupe français. Une partie importante des investissements prévus par ADP concernent en effet le fonctionnement du hub d'Air France à Roissy Charles-de-Gaulle (avec notamment la mise en place d'un nouveau trieur à bagages très attendu par la compagnie française), tandis que la structure tarifaire envisagée colle largement au profil du groupe Air France puisqu'elle favorise les compagnies aériennes basées à Paris (exonération des redevances de stationnement des avions la nuit), celles qui assurent une activité long-courrier, développant du trafic de correspondance (abattement de 40% de la redevance passager), ou qui affichent des coefficients d'occupation des avions élevés comme c'est le notamment de la filiale low-cost d'Air France, Transavia).

Le gouvernement lève la taxe sur les correspondances

En revanche, la structure risque de pénaliser les vols court et moyen-courrier d'alimentation du hub de Roissy. Mais au global, Air France, s'il se développe, devrait être gagnant, assure-t-on chez ADP.

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Pour la compagnie, ces mesures s'ajouteront à la suppression des 12,20 de la taxe de l'aviation civile (TAC) sur les passagers en correspondance (un passager sur deux d'Air France à Roissy), décidée par le gouvernement. Ce montant constitue l'écart entre Roissy et Francfort, le hub principal de Lufthansa. Cette taxe sera levée pour moitié cette année, pour l'autre en 2016.

Avec ces mesures, ADP entend reprendre les parts de marchés perdues ces dernières années sur les vols long-courriers et le trafic de correspondances. Entre 2016 et 2020, la direction vise une hausse de son trafic long-courrier de 3,6%, un rythme supérieur aux 2,5% prévus en moyenne sur cette période au départ de Roissy et d'Orly.

Air France demande un gel des redevances

Pour autant, il en faudra plus pour satisfaire Air France, qui vient de clore son sixième exercice déficitaire.

«Nous avons convergé sur les principales propositions avec nos clients, notamment Air France, mais il en reste quelques-unes sur lesquelles nous ne sommes pas encore totalement sur la même longueur d'ondes », reconnaît Edward Arkwrigh.

Si la compagnie tricolore semble partager la nature des investissements, les prévisions de trafic (déterminante pour fixer le montant des redevances) et la structure tarifaire, elle s'oppose aux niveaux tarifaires et estime que les efforts en termes de productivité interne d'ADP ne vont pas assez loin. Le gestionnaire des aéroports parisiens qualifie pourtant son projet de plan d'économies de «sans précédent». Les économies s'élèveront à 150 millions d'euros sur la durée du contrat de régulation économique. Le non-remplacement d'un départ à la retraite sur deux est par exemple proposé. Il engendrera la suppression de 450 postes.

Les compagnies brandissent le rapport Le Roux

«Nous reconnaissons l'importance des efforts de productivité et des investissements d'Aéroports de Paris pour faire de Paris Charles-de-Gaulle un hub compétitif, mais la proposition d'augmenter les redevances annuelles de 1,75% en moyenne sont incompréhensibles avec les conditions actuelles », explique-t-on à Air France, en brandissantle rapport du chef de file des députés PS à l'Assemblée, Bruno Le Roux, sur les mesures à prendre pour améliorer la compétitivité du transport aérien français.

Ce rapport préconise notamment un gel et dans un second temps une baisse des redevances et des taxes. «A Amsterdam, les redevances ont baissé de 7% », fait-on valoir chez Air France.

Des hausses de redevances "assassines pour le pavillon français"

La compagnie entend bien profiter de la phase de consultation publique sur le prochain CRE qui vient de s'ouvrir pour faire entendre sa voix.

"L'objectif est d'avoir une stabilité des redevances. Nous allons démontrer que c'est possible si la gestion d'Aéroports de Paris est optimisée", explique un directeur de la compagnie. La fédération nationale de l'aviation marchande (Fnam), le Board Airlines Representatives (BAR), et le syndicat des compagnies aériennes autonomies (Scara) des associations professionnelles de compagnies aériennes sont également vent debout contre les redevances des aéroports.

Le Scara a été le premier à dégainer. Ce mardi, dans un communiqué, il a "dénoncé cette proposition d'augmentations tarifaires d'ADP" assassine pour le pavillon français", laquelle représentera, selon lui, une ponction supplémentaire de près de 400 millions d'euros sur les compagnies aériennes". Et d'ajouter :

"Depuis plusieurs années le SCARA a alerté Aéroports de Paris et les pouvoirs publics sur la charge démesurée et pénalisante que font peser sur les compagnies aériennes françaises les augmentations de redevances aéroportuaires. Ces augmentations incessantes d'Aéroports de Paris s'inscrivent dans un contexte du transport aérien où, d'un côté, les compagnies aériennes françaises font face à d'importantes difficultés financières et où, de l'autre côté,Aéroports de Paris enregistre chaque année des résultats financiers très largement positifsqui s'élèvent à plus de 1,5 milliard d'euros cumulés sur la période du CRE en cours.

Comme Air France, le Scara entend démontrer que "le programme d'investissements d'ADP ne nécéssite nullement une augmentation des redevances, mais au contraire un gel ou diminution".

Les transporteurs exigent la fin de la "double caisse"

Comme toutes les compagnies, Air France demande aussi la fin de la double caisse au ein de la comptabilité d'Aéroports de Paris et un retour à la caisse unique. Autrement dit que la caisse liée aux services aéronautiques, qui fait partie du périmètre régulé, soit regroupée avec la caisse des services extra-aéronautiques (commerces, restaurants, parkings, immobilier), sur lesquels ADP à la liberté de fixer les prix et qui dégagent de très fortes marges. Dans le langage d'Aéroports de Paris, la double caisse est appelée "caisse aménagée".

Préconisé par l'OACI (organisation internationale de l'aviation civile), le mécanisme de caisse unique permet de subventionner les services aéronautiques par les recettes commerciales. Et donc de modérer les redevances des transporteurs aériens. Selon eux, ce système se justifie d'autant plus que les passagers des commerces des aéroports sont leurs clients. Elles disposent d'un soutien de poids en la personne de Bruno Le Roux, chef de file des députés PS à l'Assemblée qui a préconisé le retour à la caisse unique dans son rapport.

ADP introduit de nouvelles clés de comptabilité analytique

La proposition d'ADP défend le maintien du périmètre actuel entre les deux caisses. Mais intègre de nouvelles clés de comptabilité analytique. Pour la première fois en effet le gestionnaire des aéroports parisiens propose que toutes les incitations tarifaires évoquées pour stimuler le trafic soient prises en charge par les recettes des activités non-régulées.

D'une manière générale, une partie des activités « non régulées » prendront en charge une partie plus importante des charges des activités régulées. ADP propose ainsi de basculer plus de 350 millions d'euros de base d'actifs (actuels et futurs) du périmètre régulé non régulé. 20% de la surface des espaces de circulation des voyageurs devant les commerces seront financés les activités non-régulées. Idem pour 30% des charges de CDG Val, dont la totalité des coûts sont aujourd'hui financées par les activités aéronautiques, alors qu'une partie des utilisateurs sont des gens qui vont travailler dans des commerces ou des bureaux d'Aéroports de Paris.

A plus long terme, cette double caisse permettra de financer les travaux de CDG Express  (le train rapide avec le centre de Paris, prévu en 2023) sur la partie aéroportuaire,e xplique ADP. L'investissement s'élève pour le groupe aéroportuaire à 1,7 milliard d'euros.

Un retour à la "caisse unique" serait catastrophique pour ADP

Un retour à la caisse unique serait catastrophique Aéroports de Paris puisqu'il pourrait, selon certains observateurs favorables à double caisse, contraindre ADP à sortir de la cote dans la mesure où aucun actionnaire, autre que l'Etat qui possède un peu plus de 50% du capital d'ADP, ne souhaiterait investir dans ADP.

Interrogé, un analyste financier n'y croit pas. Il priverait par ailleurs l'Etat de gros dividendes mais aussi de l'opportunité de rafler un gros chèque s'il décidait un jour de privatiser le gestionnaire des aéroports parisiens, valorisé en Bourse à 10,6 milliards d'euros contre 2,4 milliards pour Air France-KLM (dans lequel l'Etat possède 15,7%) pourtant 10 fois plus gros en chiffre d'affaires.

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Sauf que, pour l'instant, ADP n'a pas été mis sur la liste des compagnies privatisables. Ce qui fait dire à certains observateurs qu'il pourrait très bien prendre des mesures moins favorables à ADP. "Les autorités devront se prononcer", dit-on chez Air France.

Fabrice Gliszczynski

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