ADP inaugure son premier parc solaire dans le Gard pour sécuriser son électricité verte

Le groupe ADP se félicite d'avoir anticipé. Dans un double contexte d'inflation des prix et de nécessité de décarbonation du transport aérien, le gestionnaire des aéroports parisiens va tirer les fruits d'un accord passé en 2020 pour l'achat direct d'énergie solaire. Une initiative qui va se multiplier dans les prochaines années.
Le groupe ADP va acheter directement 10% de son électricité à un producteur d'énergie solaire.
Le groupe ADP va acheter directement 10% de son électricité à un producteur d'énergie solaire. (Crédits : A.Gaulupeau / Groupe ADP)

D'un enjeu originellement écologique, le groupe ADP pourrait bien tirer un avantage économique. Le gestionnaire des aéroports de Paris vient d'inaugurer son premier parc solaire dans le Gard, première étape d'un projet qui doit assurer la couverture de 10% de ses besoins électriques à long terme et à prix quasiment fixe. Dans le contexte actuel d'inflation des prix de l'énergie, ce type de contrat d'achat direct d'électricité par une société (ou corporate power puchase agreement) pourrait s'avérer rentable bien plus vite et plus fort que prévu lors de sa signature il y a bientôt trois ans.

Le groupe devrait d'ailleurs multiplier ce type d'initiative dans les prochaines années pour couvrir ses besoins électriques et ceux des tiers opérant sur ses trois plateformes - Roissy, Orly et Le Bourget -, besoins qui devraient doubler dans la prochaine décennie avec l'électrification renforcée des opérations au sol.

Augustin de Romanet, PDG du groupe ADP, rate rarement l'occasion de rappeler que ses équipes ont pris le tournant de la transition environnementale avant le reste de l'écosystème du transport aérien. Cela a été encore le cas ce jeudi dans la garrigue de la commune de Caveirac, à proximité de Nîmes. Et pour cause, le patron des aéroports parisiens était présent sur place pour inaugurer le premier des trois parcs de panneaux solaires dont il achètera directement l'ensemble de la production pour les 21 prochaines années au titre d'un corporate power puchase agreement signé en mars 2020. ADP ambitionne de couvrir 10% de sa consommation annuelle, évaluée à 470 gigawattheures (GWh) avant la crise sanitaire.

« Nous savons que le transport arrière est un peu dans le collimateur des écologistes. Et je pense que nous avons vu un peu plus tôt que l'écosystème à quel point notre licence pour croître était dépendante d'un esprit de responsabilité », a expliqué Augustin de Romanet, PDG du groupe ADP.

Entré en service fin septembre, le parc de Caveirac est doté d'une puissance de 5,6 mégawatts-crête (MWc), avec 10.500 modules répartis sur 5 hectares. D'où un investissement initial de l'ordre de 5 millions d'euros. Il sera rejoint par un deuxième parc de 8 MWc à Bras, dans le Var, début 2023, puis par un troisième à Villognon, en Charente, fin 2023 (complété courant 2024). En termes de quantité produite, cela devrait donc correspondre aux 47 GWh annuels voulus par ADP.

Un des premiers PPA en France

Selon Yannaël Billard, responsable du département Environnement-Énergie d'ADP, le groupe a été l'une des trois ou quatre premières entreprises en France à contractualiser ce type d'accord. Venu des États-Unis, ces power puchase agreement se sont davantage développés chez nos voisins européens avant d'arriver en France en 2019, comme le soulignait la Commission de régulation de l'énergie (CRE) dans une étude en début d'année - qui encourageait d'ailleurs le développement de ces contrats « répondant à plusieurs enjeux majeurs ».

Ces avantages, également mis en avant par Augustin de Romanet, sont la création de nouvelles capacités de production d'énergie renouvelable et leur introduction sur le réseau français en sus des projets menés par l'État.

Le groupe ADP s'est aussi montré innovant sur le caractère tripartite de ce premier power puchase agreement. Il entre dans le cadre d'un contrat signé avec GazelEnergie, filiale du groupe tchèque EPH dirigé par Daniel Křetínský.

Si ce contrat ne couvre que la période 2020-2023, l'appel d'offres exigeait des candidats qu'ils proposent une option d'approvisionnement direct avec un producteur d'énergie verte, solaire ou éolien, sur le long terme. C'est dans ce cadre qu'un accord de 21 ans a été signé avec l'entreprise montpelliéraine Urbasolar, filiale depuis 2019 de l'énergéticien suisse Axpo.

Si GazelEnergie est aujourd'hui remis en concurrence pour le prochain contrat de fourniture d'électricité, dont la durée est allongée à huit ans (2024-2031), le futur fournisseur devra reprendre à son compte l'accord avec Urbasolar. Pour l'instant, trois finalistes ont été sélectionnés par ADP, sans que leurs noms aient été communiqués. Les projets sont en tout cas très avancés et seule l'équation économique reste à boucler. Cela pourrait être réglé dès qu'un cours de l'électricité plus favorable se fera sentir.

Un tarif proche du nucléaire historique

En s'y prenant avant la crise sanitaire et surtout de la crise énergétique, ADP a réussi à négocier à l'avance un tarif, selon Yannaël Billard, « légèrement indexé » et « dans les eaux de l'Arenh », soit l'Accès régulé à l'électricité nucléaire historique qui permet de payer le mégawattheure (MWh) à 42 euros, contre plus de 1.000 euros sur le marché spot cet été. D'où un coût actualisé de l'énergie (LCOE) sur 21 ans plus qu'intéressant pour le groupe ADP, même avec l'amortissement des investissements importants nécessaires à la création de nouvelles installations photovoltaïques.

Ceux-ci sont approximativement évalués à 1 million d'euros par hectare, selon Yannaël Billard. Un engagement précoce était d'ailleurs d'autant plus intéressant qu'il a permis au groupe ADP d'accéder à un parc installé sur un foncier relativement intéressant, facile à aménager, alors que les meilleurs terrains sont désormais occupés.

Autant d'avantages qui font dire à Augustin de Romanet qu'il a fait une bonne affaire :

« Quand, en 2020, nous avons commencé à négocier avec GazelEnergie et Urbasolar pour ce projet, ce n'était pas pour des motifs d'économie budgétaire. C'était pour des motifs de décarbonation de notre alimentation en énergie. Il se trouve qu'aujourd'hui, nous avons le double bénéfice. [...] Les bonnes intentions sont toujours rattrapées par la bonne économie. »

Multiplication des projets

Le groupe ADP ne devrait donc pas en rester là. Même si les conditions financières, tant sur le tarif à long terme que sur l'investissement à amortir - avec l'inflation des coûts des matériaux et un foncier moins propice - sont moins intéressantes qu'en 2019, cette part d'achats directs d'énergie va s'accroître fortement dans la prochaine décennie avec de nouveaux power puchase agreements. Le groupe vient d'officialiser une consultation pour la fourniture de 200 GWh supplémentaires à partir de 2026. Devant l'ampleur de cette demande, plusieurs contrats devraient être signés pour atteindre ce total, mais directement avec les producteurs, cette fois, sans passer par un fournisseur tiers.

Les appels d'offres devraient continuer d'émerger par la suite. D'ici une dizaine d'années, Augustin de Romanet espère atteindre 30% à 40% d'achat direct d'énergie verte, Yannaël Billard rêvant même de 50%. Cet objectif est d'autant plus ambitieux que les besoins en électricité du groupe ADP vont vraisemblablement doubler dans la décennie à venir. Le volume requis pour assurer les opérations de Roissy, Orly et Le Bourget en 2030 devrait donc plutôt avoisiner les 900 GWh, voire davantage. Si ADP respecte ses objectifs, le volume d'achat issu de power puchase agreements pourrait donc être multiplié par 10 au cours de cette période.

Ce type de projet ne se fait tout de même pas sans difficultés. Il a ainsi fallu huit ans pour finaliser ce projet, lancé en 2014 par la commune de Caveirac, rejoint en 2016 par Urbasolar, et en 2020 par ADP.

Un temps bien trop long pour les élus locaux, le maire de Caveirac n'hésitant pas à tancer « l'usine à gaz » administrative, pour l'entreprise montpelliéraine Urbasolar, mais aussi selon le groupe ADP.

Augustin de Romanet a ainsi déclaré qu'il était « vraiment insupportable de se dire qu'il fallait huit ans même pour les opérations comme celle-ci », avant de remercier les acteurs du projet d'avoir « montré le chemin ».

Le gestionnaire aéroportuaire a d'ailleurs limité au maximum les risques en souhaitant, dès le départ, ne s'engager que sur un projet avec un foncier sécurisé et des contraintes administratives déjà grandement levées.

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Commentaires 6
à écrit le 18/11/2022 à 11:21
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Totale hypocrisie et green washing. Cet individu en prenant les rênes d'ADP avait comme obsession d'atteindre 100 millions de passagers pour Orly et Roissy. Ils sont dépassés ! Il voulait ajouter un nouveau terminal à Roissy que l’État lui a refusé....

le 19/11/2022 à 14:18
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pour la pose des panneaux solaire les poprietaires francais doivent avoir le meme type de contrat que les agriculteurs et les eoliennes et ceux bien entendu sans limite d'age et une seule habitation pour residence principale exclu residence secon...

à écrit le 18/11/2022 à 8:25
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POur ma part, là c'est un peu subjectif mais quand même, je préfèrerais qu'ils insonorisent leurs autoroutes et qu'ils les dépolluent également tant qu'à faire. On leur a fait un cadeau en or avec ces conscessions, un minimum de reconnaissance ne ser...

à écrit le 18/11/2022 à 7:18
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Qu'ils commencent par couvrir les parkings de leurs aéroports par des panneaux solaires!! Quel saccage

à écrit le 18/11/2022 à 7:15
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ADP fait du dans le Gard!? Faut une sacré rallonge dit donc!

à écrit le 18/11/2022 à 1:49
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Une offrande au PCC qui finira en déchèterie dès les premiers grêlons...

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