La SNCF revient fort en réalisant un bénéfice net de près d'un milliard d'euros au premier semestre

Trains remplis, activités rentables, économies réalisées... tout semble rouler depuis quelques mois à la SNCF. Et cela se traduit dans les chiffres du premier semestre. Et l'été est pour l'instant tout aussi bon que le printemps. Mais la crise économique, l'inflation ou encore la crise énergétique laissent entrevoir des complications à partir de l'automne.
Après un soleil au beau fixe depuis quelques mois, la SNCF voit les nuages poindre à l'horizon.
Après un soleil au beau fixe depuis quelques mois, la SNCF voit les nuages poindre à l'horizon. (Crédits : REGIS DUVIGNAU)

Les résultats sont bons, même très bons pour la SNCF sur ce premier semestre. Revigoré par la reprise du trafic, dopé par les performances de sa filiale Geodis et délesté d'une grande partie du poids de sa dette par l'Etat, le groupe ferroviaire signe un premier semestre 2022 d'un niveau inattendu. Tous les voyants sont au vert, avec certains indicateurs au-dessus du niveau de 2019. Pourtant, une ombre au tableau est bien présente : la menace d'un retournement après l'été.

Premier élément visible de ce redressement, le chiffre d'affaires atteint 20,3 milliards d'euros. C'est 27 % de plus qu'à la même période l'an dernier, mais surtout 14 % de plus qu'en 2019 - dernier exercice de référence avant la crise sanitaire. Déjà moteur l'an dernier, Geodis « a continué dans la droite ligne de 2020, avec une croissance significative de son activité dans tous ses secteurs », explique Laurent Trevisani, directeur général délégué Stratégie et finances du groupe SNCF. Avec 6,7 milliards d'euros de recettes, la filiale logistique améliore de 34 % sa performance sur un an et de 67 % par rapport à 2019. Le dirigeant en profite pour insister sur l'importance de cette diversification dans la stratégie de la SNCF, là où certains estiment qu'elle devrait se recentrer sur l'exploitation ferroviaire nationale. Un argument renforcé par le fait que Keolis progresse également de 2 % par rapport à 2019, à 3,3 milliards d'euros.

Cœur de l'activité du groupe justement, SNCF Voyageurs se redresse pour atteindre 8,4 milliards d'euros avec une progression de 36 % sur un an, mais encore en léger retrait par rapport à 2019 (-4 %). Après avoir été fortement impacté par la vague de contamination en début d'année, le trafic a repris fortement à partir de mars-avril. « Nous avons eu une très forte reprise de la fréquentation dans nos trains. Et quand je dis très forte, c'est vraiment très très forte », se félicite Laurent Trevisani. Sur l'activité TGV, avec l'ensemble du matériel roulant déployé, le taux d'occupation a dépassé les 70 % sur le deuxième trimestre et même 80 % sur le mois de juin, avec de bonnes performances en semaine et pas uniquement le week-end.

Pour expliquer cet engouement, le directeur financier met en avant l'appétence actuelle à voyager, le choix du train en raison de son empreinte environnementale réduite par rapport aux autres moyens de transport, mais aussi l'avantage économique conféré au train sur la voiture avec l'augmentation du prix de l'essence. SNCF Réseau bénéficie aussi de cette reprise d'activité via les péages, avec une progression de 7 % par rapport à 2019 pour atteindre 3,5 milliards d'euros.

De l'activité à la rentabilité

Plus important peut être, SNCF Voyageurs a réussi à transformer ce regain d'activité en rentabilité. D'une marge négative de 6 % l'an dernier, la filiale est passée à une marge positive de 11 %. Cela lui a permis de dégager 900 millions d'Ebitda (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements). Elle revient ainsi au même niveau que SNCF Réseau, restée rentable pendant la crise et qui améliore encore sa marge de quatre points pour atteindre 26 %. Geodis est le troisième contributeur avec 598 millions d'euros (marge de 9 %) suivi de Keolis avec 314 millions (10 %).

De fait, le groupe double son Ebitda par rapport au premier semestre 2021 et dépasse même très légèrement celui de 2019, avec 3 milliards d'euros. Ce qui lui permet d'afficher une marge de 15 % (contre 16 % en 2019).

Le résultat net s'améliore largement : la SNCF passe d'une perte de 780 millions d'euros en 2021 à un bénéfice de 928 millions. La performance est notable, surtout au vu des 20 millions d'euros seulement dégagés en 2019. Et surtout le groupe dégage à nouveau du cash, avec un flux de trésorerie libre de 1,1 milliard d'euros, contre un flux négatif de 745 millions d'euros l'an dernier.

Effet levier et plan d'économies

« L'activité ferroviaire est une économie à coûts fixes. Quand vous remplissez mieux vos trains, cela se retrouve directement en marge. C'est le même effet levier, mais dans le sens inverse, que nous avons constaté pendant la pendant la crise », détaille Laurent Trevisani. Mais il prévient que ce n'est pas le seul facteur pour expliquer cette amélioration de la rentabilité : « C'est aussi dû aux efforts de la maison qui a continué à réaliser son plan de performance sur le premier semestre 2022. Nous avions prévu de faire 660 millions d'euros d'économies sur l'exercice. Sur le premier semestre, nous avons atteint l'objectif à hauteur de 55 %, soit 360 millions d'euros. »

Pour y arriver, le groupe a joué sur les charges industrielles grâce notamment à l'apport du numérique (290 millions d'euros), l'optimisation de sa lourde organisation avec une meilleure répartition des responsabilités entre les entités centrales et le terrain (30 millions) et enfin l'abaissement du coût des projet avec une standardisation et une meilleure négociation pour les dépenses d'investissement. Sur ce dernier point, il a pu faire jouer son imposante surface, avec quasiment 11 milliards d'euros d'investissements par an (SNCF et co-financeurs) pour mettre la pression sur l'écosystème et obtenir le « juste prix ».

Laurent Trevisani n'a en revanche pas abordé l'impact des réductions d'effectifs ou de la disparition progressive du statut de cheminot sur la réduction des coûts. La SNCF a ainsi réduit en moyenne ses effectifs de près de 2 % entre 2011 et 2021, et en septembre dernier Jean-Pierre Farandou, PDG du groupe, avait annoncé la suppression à venir de 2 000 à 3 000 postes.

L'été sera beau, mais après ?

Grâce à ses résultats, Laurent Trevisani se montre confiant sur la capacité de la SNCF à tenir son engagement pris auprès de l'Etat lors de la réforme ferroviaire de 2018, à savoir de dégager un cash-flow libre positif en 2022. « Nous sommes en bonne voie. Les comptes du premier semestre le démontrent et ça nous rend confiants sur l'année », se félicite-t-il.

Pour autant le directeur Stratégie et finances se garde bien d'avancer des chiffres, se contentant d'affirmer que le groupe fera mieux qu'être à l'équilibre. Pour l'instant, l'été se déroule de façon très positive dans la droite ligne de l'embellie connue depuis le printemps, mais Laurent Trevisani se méfie d'un retournement après l'été : « Pour le dernier quadrimestre, de septembre à décembre, je reste plus prudent à cause des éléments exogènes tels qu'une aggravation de la crise ukrainienne, un nouvel épisode du Covid, un durcissement de la situation économique qui génère des tensions sociales... Tout cela peut nous toucher et provoquer un ralentissement de l'activité. Et avec l'effet de levier que l'on a constaté, cela peut aller très, très vite. »

La situation est d'autant plus préoccupante que la reprise du trafic affaires accuse toujours un retard important par rapport à celle du trafic loisir. Au premier trimestre, touché par le variant Omicron, il n'était qu'à la moitié de son niveau d'avant crise. Si les chiffres se sont améliorés depuis, l'écart reste conséquent. Or, en septembre, c'est cette clientèle affaires qui prenait en partie le relais des vacanciers.

L'inflation frappera les coûts en 2023

L'inflation va également faire son effet. Pour les dépenses d'investissement, le groupe devrait être préservé à très court terme, mais à très court terme seulement. « Comme dans toutes les entreprises, nos prestataires viennent progressivement nous voir pour nous demander des hausses de tarifs. Nous sommes entrés dans des négociations dures, mais ce n'est que le premier pas. L'effet sera limité sur 2022, mais beaucoup plus fort sur 2023. »

A cela va s'ajouter les revendications salariales de cheminots pour ne pas subir trop fortement l'inflation. De premiers mouvements sociaux ont d'ailleurs déjà eu lieu au début des vacances.

L'impact de la hausse du prix de l'énergie devrait lui aussi être modéré pour le moment, grâce aux politiques de couvertures pluriannuelles de la SNCF. Elles lui permettent d'acheter l'électricité à des tarifs fixés à l'avance, ce qui se révèle très avantageux dans le contexte actuel, mais qui vont s'effilocher au fil du temps. Le groupe dispose aussi de l'Accès régulé à l'électricité nucléaire historique, le fameux Arenh qui permet d'accéder à un mégawattheure (MWh) à 42 euros contre 900 euros sur le marché spot. Mais ce mécanisme doit prendre fin le 31 décembre 2025. Cela laisse encore du temps à la SNCF pour se retourner, mais le coût supplémentaire pourrait s'avérer très lourd.

Laurent Trevisani juge qu'il est prématuré de parler de hausse de tarifs des billets en 2023 pour compenser la hausse des coûts à venir, préférant rappeler que la SNCF n'a pas augmenté ses prix en 2022.

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Commentaires 16
à écrit le 29/07/2022 à 15:01
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Chouette: elle va pouvoir verser un dividende, comme elle l'a fait dans le passé. Reste à savoir si ces bons résultats sont à attribuer à son activité routière car j'ai des doutes en ce qui concerne les activités ferroviaires malgré son "adaptation" ...

à écrit le 29/07/2022 à 7:57
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Bon résultat mais combien on a encore injecter avant d’argent publique pour la sauver N oublions pas l’augmentation des prix des billets qui est une bonne chose car reflétant la réalité des coûts de ce mode de transport On peut compter sur les syn...

à écrit le 29/07/2022 à 7:22
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Un bénéfice mais après combien de subvention dotation d'état? Le vrai prix du train, c'est pas aussi donné que ça, alors que c'est vrai, des fois les billets sot très chers. avec un allé simple lyon le creusot, tu fais l'allé retour a 5 en voiture pa...

à écrit le 28/07/2022 à 21:40
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Tarif honteux ! Paris Annecy sans réduction 100 euros aller pour une personne En voiture 47 euros autoroute 60 euros gasoil rentable même pour une seule personne et ultra gagnant en prenant du co voiturage.

le 28/07/2022 à 23:05
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Votre calcul automobile est incomplet car il faut également comptabiliser le ration d’investissement ( crédit contracté pour l achat) ou d’usure du véhicule …. ( perte de valeur au KLM)… n’importe quel professionnel ou loueur vous en parlerez …

le 28/07/2022 à 23:10
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Votre calcul automobile est incomplet car il faut également comptabiliser Votre restauration ou arrêt café , le ration d’investissement ( crédit contracté pour l achat) ou d’usure du véhicule …. ( perte de valeur au KLM)… n’importe quel profession...

à écrit le 28/07/2022 à 18:53
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Bonjour, Ils faut surtout voir l'état du réseau (ligne de chemin de fer, Gare SNCF). Le matériel roulant en mauvais état... Et surtout la dette de cette entreprise colossal... Bien sûr ils ne faut pas le dire... Mais le plus triste s'est l'absenc...

le 29/07/2022 à 10:56
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1/Vous oubliez que la sncf c est l état … et que ce dernier n’ applique pas les investissements nécessaire depuis 30 ans sur le réseau : la cour des compte en 2021 a épinglé la mauvaise foi et double discours de l état depuis 30 ans - tout gouvernem...

le 29/07/2022 à 11:05
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1/Vous oubliez que la sncf c est l état … et que ce dernier n’ applique pas les investissements nécessaire depuis 30 ans sur le réseau : la cour des compte en 2021 a épinglé la mauvaise foi et double discours de l état depuis 30 ans - tout gouvernem...

à écrit le 28/07/2022 à 18:38
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Vu le niveau d'endettement de l'entreprise, cet argent doit servir en priorité à se désendetter.

le 29/07/2022 à 11:13
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L état étant actionnaire unique … sur que l argent ne va pas rester dans cette boîte ..

à écrit le 28/07/2022 à 18:25
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Ça va pas durer, la CGT, SUD RAIL, FO, etc vont bien mettre ces bénéfices à zéro...

le 29/07/2022 à 5:26
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100 % d'accord

le 29/07/2022 à 10:07
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Ce ne sont pas les syndicats qui sont responsables de l'état dans lequel Guillaume Pépy a laissé la sncf. C'est lui qui dirigeait. Il aurait du être mis en examen pour cela et aussi pour les deux accidents mortels survenus sous sa présidence !

le 29/07/2022 à 10:25
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Il doit bien y avoir une petite grève prévue à la rentrée. @Boulefigue : Je n'ai jamais vu Pépy faire grève. Les syndicats ont bien détruit la SNCF, Le port de Marseille, le port du Havre ..la liste est longue.

le 29/07/2022 à 11:16
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Ils vont surtout demander une augmentation de salaire : les grilles salariales n ont pas été changées depuis 30 ans donc avec un blocage à 57 ans l âge de retraite d alors ( ce qui veut dire qu à 60 ou 62 ans vous gagnez la même chose qu à 57 …) et ...

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