Aux Etats-Unis, la grève des dockers s'enlise
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Aux Etats-Unis, la grève des dockers se poursuit. (Photo d'illustration)
RUSSELL BOYCE
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Aux Etats-Unis, la grève des dockers se poursuit. (Photo d'illustration)
RUSSELL BOYCE
[Article publié jeudi 3 octobre 2024 à 7h14, mis à jour à 14h05] Les dockers américains n'ont toujours pas repris le travail. Ce jeudi, de longues files de porte-conteneurs se sont formées devant les principaux ports des États-Unis alors que la plus grande grève des dockers depuis près de cinquante ans est entrée dans sa troisième journée, empêchant le déchargement et menaçant de pénurie des produits aussi variés que les bananes et les pièces détachées pour automobiles.
Quelque 45.000 membres du syndicat des dockers (ILA) ont donc cessé de travailler en depuis mardi 00h01 (06h01 heure de Paris), dans trente-six ports de l'Alliance maritime des Etats-Unis (USMX) sur la côte Est et le Golfe du Mexique, faute d'entente sur un nouvel accord social de six ans.
Selon la société d'analyse Everstream Analytics, au moins 45 porte-conteneurs qui n'ont pas pu être déchargés ont jeté l'ancre mercredi, devant les ports de la côte Est et du Golfe du Mexique. « Beaucoup semblent avoir décidé d'attendre, peut-être dans l'espoir d'une résolution rapide de la grève, plutôt que de prendre la décision proactive de se détourner », a déclaré ce jeudi à l'agence Reuters, Jena Santoro, d'Everstream, dans une présentation vidéo. Selon elle, le nombre de navires en attente pourrait doubler d'ici la fin de la semaine, et il faudrait des semaines, voire des mois, pour résorber la congestion qui en résulte.
Quoi qu'il en soit, cette grève fait clairement peser une menace sur le commerce mondial. Mais selon les économistes, la fermeture des ports n'entraînera pas immédiatement une hausse des prix à la consommation, les entreprises ayant anticipé en accélérant les expéditions. Toutefois, un arrêt prolongé pourrait bel et bien faire grimper les prix, notamment des denrées alimentaires, selon la banque Morgan Stanley.
Dans cette situation de blocage, le ministre américain des Transports Pete Buttigieg est monté au créneau mercredi. « Nous allons continuer de faire pression sur les parties. Nous sommes en dialogue constant. Venez à la table des négociations, entendez-vous, aboutissez à un accord, rouvrez les ports », a-t-il déclaré sur la chaîne CNBC.
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Dans le détail, cet accord ne concerne en réalité que 25.000 syndiqués travaillant dans les terminaux de conteneurs et d'import/export de véhicules de 14 grands ports (dont Boston, New York, Philadelphie, Baltimore, Savannah, Miami, Tampa, Houston). Les discussions, commencées en mai, ont été suspendues plusieurs semaines puis réactivées quelques heures avant l'expiration du contrat précédent lundi soir.
L'Alliance a relevé son offre, proposant notamment une hausse salariale de 50% sur la durée de l'accord, mais qui a été rejetée par le syndicat. Il réclamait initialement 77%, selon des médias américains, mais aurait depuis abaissé ses revendications. Par ailleurs, le syndicat a indiqué mercredi à l'AFP qu'il n'y avait rien de nouveau du côté des négociations.
L'USMX a déclaré mercredi soir espérer revenir bientôt à la table des négociations. « Parvenir à un accord demandera des négociations, et notre pleine attention est portée sur comment revenir à la table des discussions », a déclaré l'Alliance.
Pour les transporteurs maritimes, difficile de faire comme si leur activité ne s'était pas accélérée durant la dernière décennie. Selon le ministre des Transports, les transporteurs maritimes ont vu leurs résultats bondir d'environ 350% en dix ans tandis que les salaires des dockers ont augmenté de seulement 15% sur la même période.
« Ils sont à coup sûr en position de pouvoir partager cette rentabilité avec leurs employés », a-t-il poursuivi, rappelant que les dockers avaient travaillé pendant la pandémie de Covid-19, et avaient payé un lourd tribut. « Ils demandent leur part » des bénéfices, a-t-il insisté.
Outre les augmentations de salaires, l'ILA demande notamment davantage de protections contre les pertes d'emploi liées à l'automatisation. Sur ce sujet, le ministre des Transports Buttigieg a relevé que les dockers voulaient « travailler avec une technologie fiable et sûre mais s'assurer aussi qu'elle n'est pas utilisée pour comprimer leurs conditions de vie ».
Pour l'instant, l'administration Biden a indiqué n'avoir pas l'intention d'intervenir pour mettre fin à la grève, le président démocrate soulignant lui-même l'importance des droits à la négociation collective. Mais des élus républicains de Caroline du Sud ont demandé à Joe Biden de revenir sur sa position au vu des dégâts provoqués dans leur région par l'ouragan Hélène.
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« Nous voyons des ports fermés au beau milieu d'une catastrophe », a déclaré le sénateur Lindsey Graham, disant s'inquiéter de l'acheminement de fournitures médicales aux populations touchées. « Cet ouragan est du fait de Mère Nature. Le problème du port est du fait de l'Homme. Donc j'exhorte le président Biden à ne pas laisser (la grève) traîner en longueur », a-t-il ajouté, déclarant redouter une « calamité ». Le syndicat des dockers n'a pas réagi.
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La grève des dockers met le camp démocrate sous pression. En première ligne dans la gestion de la crise, l'administration de Joe Biden a appelé à des négociations « rapides et équitables ». Et pour cause, l'enlisement du conflit social pourrait être reproché à la vice-présidente Kamala Harris candidate à la magistrature suprême le 5 novembre prochain. Pour Malcolm Biiga, consultant et spécialiste des Etats-Unis : « Si la grève dure et qu'elle continue d'affecter l'économie américaine, elle constituera la surprise d'octobre. Biden devra choisir entre sauver l'économie américaine et faire gagner sa vice-présidente. »
(Avec AFP et Reuters)
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