CMA CGM va-t-il lâcher Air Caraïbes et French Bee ?

Trois mois après la signature d'un protocole d'accord entre CMA CGM et le Groupe Dubreuil au sujet de l'entrée du géant du maritime dans le capital du pôle aérien du Groupe Dubreuil (composé d'Air Caraïbes et de French Bee), de fortes tensions entre les groupes menacent sa réalisation. Alors que l'accord reste soumis à l'avis de l'Autorité de la Concurrence, Le Marin, un magazine spécialisé dans le transport maritime, assure que CMA CGM a suspendu les discussions.
Fabrice Gliszczynski

5 mn

CMA CGM aurait suspendu les discussions au sujet de son entrée dans le capital du pôle aérien du Groupe Dubreuil, selon Le Marin, un magazine spécialisé dans le transport maritime.
CMA CGM aurait suspendu les discussions au sujet de son entrée dans le capital du pôle aérien du Groupe Dubreuil, selon Le Marin, un magazine spécialisé dans le transport maritime. (Crédits : Air Caraïbes – Harold Asencio)

Signé en septembre dernier, le protocole d'accord sur l'entrée de CMA GCM dans le capital de Groupe Dubreuil Aéro (GDA), le pôle aérien du Groupe Dubreuil composé notamment d'Air Caraïbes et de French Bee, est-il en passe de tomber à l'eau ? Selon Le Marin, un magazine spécialisé dans le transport maritime, CMA CGM a "suspendu ses discussions", préférant se lancer dans le transport aérien en solo en achetant deux A330-200 cargo. Pour rappel, le projet du groupe maritime de prendre 30% du capital de Groupe Dubreuil Aéro par le biais d'une augmentation de capital de 50 millions d'euros (assortie d'un rachat d'actions pour 20 millions d'euros) répondait en effet à une volonté de développer une activité aérienne dans le fret. Le projet GDA est conditionné à l'avis favorable de l'Autorité de la concurrence. Selon Le Marin, CMA CGM aurait "interrompu les discussions" en raison d'un durcissement de l'environnement, lié au sauvetage par l'Etat de Corsair, un concurrent d'Air Caraïbes et de French Bee, et les menaces de ces dernières de déposer un recours pour concurrence déloyale.

Grosses tensions

Plusieurs sources évoquent un enchevêtrement de raisons, et font état de fortes tensions entre CMA CGM et le Groupe Dubreuil, notamment entre leurs présidents respectifs, Rodolphe Saadé et Jean-Paul Dubreuil. Elles évoquent un enchevêtrement de raisons, dont plusieurs sont liées de près ou de loin à Corsair, une compagnie concurrente d'Air Caraïbes sur les Antilles et de French Bee sur la Réunion, aujourd'hui en passe d'être reprise par un consortium d'investisseurs, essentiellement antillais, grâce au soutien massif de l'Etat.

Pour certains, la position très dure prise par le Groupe Dubreuil à l'égard de ce plan de sauvetage et des aides d'Etat reçues par Corsair, a agacé CMA CGM qui ne souhaite pas se mettre à dos ni l'Etat ni les entrepreneurs antillais. Le sauvetage de Corsair change par ailleurs l'équation économique du couple Air Caraïbes-French Bee. Le maintien d'un opérateur supplémentaire sur les Antilles et La Réunion est forcément moins rémunérateur. "Last but not least", certains évoquent une inquiétude au sujet d'avis que doit donner l'Autorité de la Concurrence sur l'opération. Le regroupement dans le cargo d'Air Caraïbes et de CMA CGM interpelle en effet plusieurs clients antillais.

Lire aussi : Air Caraïbes et French Bee tirent à vue sur l'aide d'État à Corsair

Le protocole est engageant, rappelle le Groupe Dubreuil

Interrogé, CMA CGM ne fait pas de commentaire. De son côté, le Groupe Dubreuil explique que "dans le cadre du protocole engageant signé entre CMA CGM et Groupe Dubreuil Aéro le 23 septembre dernier, la réalisation de ce partenariat est en attente de la décision de l'Autorité de la Concurrence qui doit autoriser l'accord. Cette autorisation ne devrait pas intervenir avant début 2021".

Cette réponse tend à rappeler qu'aux yeux du Groupe Dubreuil, CMA CGM ne peut pas sortir du "deal" aussi facilement. Elle précise en effet le caractère engageant du protocole d'accord signé le 23 septembre, sous réserve de la décision de l'Autorité de la Concurrence, dont l'avis n'a pas encore été donné. Le dossier est en effet toujours en cours d'instruction.

Outre "l'aval des autorités de la concurrence en France, en Polynésie Française et en Autriche, et après autorisation du Ministère de l'Economie et des Finances", aucune autre clause suspensive n'avait été indiquée dans la communication des deux groupes lors de la signature du protocole d'accord le 23 septembre dernier. Autrement dit, seul un refus de l'Autorité de la Concurrence constitue, a priori, un motif de résiliation de l'accord. Selon certains observateurs, même un avis favorable sous conditions le validerait.

Reste à savoir, si CMA CGM ne lâchera pas l'affaire malgré tout. Les relations sont aujourd'hui tellement dégradées entre les deux groupes que l'on peut légitimement se demander comment un telle opération pourrait fonctionner au quotidien. En tout cas, CMA CGM n'a pas remis en cause son développement dans l'aérien. Une nomination à la tête de son pôle aérien est prévue début janvier.

Un départ de CMA CGM serait un coup dur pour GDA

Un divorce avec CMA CGM serait un coup très dur pour Air Caraïbes et French Bee. Non seulement elles perdraient l'appui d'un groupe extrêmement solide qui leur assurait de passer la crise du transport aérien sans encombre, mais elles seraient confrontées à des concurrents renforcés par des plans de sauvetage impliquant l'Etat (Air France, Corsair, Air Austral), alors qu'ils étaient avant la crise en moins bonne situation. En effet, depuis des années, Air Caraïbes et French Bee sont les compagnies aériennes françaises les plus performantes.

Une sortie du dossier Dubreuil par CMA CGM pour lancer sa propre société de fret aérien ne serait pas sans poser question. Dans cette hypothèse là, le groupe maritime aura eu accès à toutes les données de trois acteurs clés du transport aérien sur les Antilles et la Réunion. Car si CMA CGM connaît aujourd'hui par coeur le dossier Air Caraïbes et French Bee, il connaît aussi très bien Corsair pour avoir manifesté son intérêt à sa reprise en juin. A ce titre, CMA CGM a eu accès au management et à toutes les données commerciales de la compagnie.

Lire aussi : CMA CGM était intéressé par Corsair avant de toper avec Air Caraïbes-French Bee

Fabrice Gliszczynski

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Commentaires 2
à écrit le 25/12/2020 à 8:47
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Les prochaines semaines pourraient être particulièrement houleuses au sein de Hop!, la filiale d'Air France. Alors que la direction a présenté son plan de départs, la CSE s'y est opposée dans la nuit de mercredi à jeudi, promettant "une grosse batail...

à écrit le 23/12/2020 à 23:24
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on se demande pourquoi l'état (nous) a donné 1 milliards d'euros il y a peu à la CMA ?

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