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Délestée du poids de la dette, une SNCF "viable va naître" (Pepy)

Photo de Fabrice Gliszczynski

latribune.fr

Publié le 26 mai 2018 à 07:34 - Mis à jour le 26 mai 2018 à 07:38

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La reprise par l'Etat de plus des 3/4 de l'énorme dette de la SNCF (soit 35 milliards d'euros), va permettre, selon le président du directoire, Guillaume Pepy, à l'entreprise ferroviaire d'être à l'équilibre dès 2020. Pour Emmanuel Macron, "on est arrivé au bout du processus". Le texte de la réforme de la SNCF passera au Sénat mardi. Pour l'heure, la grève continue.

La promesse d'Edouard Philippe de faire reprendre par l'Etat 35 des 47 milliards d'euros de la dette de SNCF Réseau (le gestionnaire d'infrastructures), mais aussi de lancer de nouveaux investissements, et d' "alléger" le poids des péages ferroviaires acquittés par les trains circulant sur le réseau SNCF, n'a pas empêché les syndicats de la SNCF d'appeler à la poursuite de la grève entamée il y a près de deux mois. Notamment la CGT et Sud. Les deux organisations plus modérées, l'Unsa et la CFDT, attendent pour leur part la fin du processus parlementaire, à la mi-juin, pour envisager une éventuelle sortie de crise. Selon le calendrier défini par les organisations représentatives, la grève doit se poursuivre jusqu'au 28 juin, au rythme de deux jours d'arrêt de travail sur cinq.

Délestage de la dette en deux temps

Les représentants des cheminots attendaient depuis longtemps des garanties sur l'avenir financier de la SNCF, qui serait condamnée avec sa dette actuelle une fois transformée en société anonyme et soumise à la concurrence de nouveaux acteurs. L'opération de délestage se fera en deux temps, à raison de 25 milliards d'euros en 2020 et de 10 milliards d'euros en 2022, a précisé Edouard Philippe.

"Cette reprise constitue un engagement sans précédent de la Nation et donc du contribuable en faveur de la SNCF", a-t-il dit à la presse. Ces 35 milliards d'euros, qui représentent environ 1,5% du PIB de la France, viendront s'ajouter à la dette de l'Etat et ne seront pas financés par un "impôt SNCF", a-t-il promis.

Autrement dit, cette nouvelle charge risque d'avoir en 2020 et 2022 un impact sur la trajectoire des comptes publics telle que présentée dans le dernier pacte de stabilité, selon le rapporteur général du Budget à l'Assemblée nationale, Joël Giraud.

Une Règle d'or pour éviter de nouvelles dérives de la dette

L'Elysée fait une analyse différente, selon laquelle la reprise pèsera sur la seule dette et non sur le déficit. Les ministres de l'Economie et des Comptes publics ont déclaré vendredi soir dans un communiqué qu'il n'était pas possible à ce stade de se prononcer sur l'impact de la reprise partielle de la dette sur la trajectoire des finances publiques.

"L'analyse des autorités françaises est que la dette de SNCF réseau pourrait être reclassifiée dans la dette publique sans impact direct sur le déficit public", disent-ils dans un communiqué.

Pour se prémunir contre tout nouveau gonflement de la dette, l'exécutif compte introduire dans la réforme une "règle d'or" visant à interdire de nouveaux déséquilibres comptables.

Edouard Philippe a en outre annoncé 200 millions d'investissements supplémentaires par an sur le réseau ferroviaire à partir de 2022, pour un total de 3,8 milliards d'euros annuels. Ce qui est plus qu'espérait la direction de la SNCF il y a encore quelques mois. La hausse des péages imposés au TGV et au fret sera par ailleurs limitée au niveau de l'inflation.

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"On a un gouvernement qui semble plus ouvert mais qui a du mal à s'engager", a jugé le secrétaire général de la CGT cheminots, Laurent Brun, tout en appelant à la poursuite de la grève. La première force syndicale de la SNCF réclame la tenue d'une table ronde tripartite, en présence de responsables patronaux, "pour que le gouvernement fixe ses engagements par écrit vis-à-vis des grévistes", ce à quoi Edouard Philippe "n'a pas dit non", selon Laurent Brun.

Sud-Rail n'a pas dévié de sa ligne dure consistant à demander une suspension de la réforme et la démission de Guillaume Pepy, président du directoire de la SNCF. Unsa et CFDT maintiennent aussi la pression en attendant le résultat de la commission mixte paritaire (CMP), à la mi-juin, qui doit servir à mettre en commun le texte voté par l'Assemblée nationale et la version révisée par le Sénat.

"Notre perception, c'est qu'on sort aujourd'hui de cette réunion avec une vision plus favorable que jamais", a salué le secrétaire général de l'Unsa ferroviaire, Roger Dillenseger.

Pour autant, "les annonces ne sont pas de nature à nous faire faire sortir du mouvement", a précisé Florent Monteilhet après avoir pris le pouls de la base.

Pour la CFDT, il y a des "éléments de satisfaction" mais le syndicat réformiste garde "le sentiment qu'il faut peser jusqu'au bout du processus parce que rien n'est jamais acquis", a déclaré son secrétaire général Laurent Berger.

Aux engagements financiers s'ajoutent des infléchissements sur le volet social, en premier lieu sur les conditions dans lesquelles les cheminots pourront être transférés, à partir de 2020, de la SNCF vers la concurrence - un point important pour l'ensemble des syndicats. La ministre des Transports, Elisabeth Borne, a annoncé qu'elle réunirait début juin les partenaires sociaux pour "relancer" les négociations dans la branche.

La réforme fera l'objet d'un vote solennel au Sénat le 5 juin. Elle prévoit l'arrêt de l'embauche au statut de cheminots à partir de 2020, l'ouverture à la concurrence et la transformation juridique de la SNCF.

"On est arrivé au bout du processus" (Macron)

S'il juge les manifestations contre la réforme de la SNCF "légitimes" Emmanuel Macron estime néanmoins qu'"on est arrivé au bout du processus" et que le gouvernement a fait vendredi "ses dernières propositions", notamment sur la reprise de la dette.

"Il y a des manifestations légitimes contre la réforme de la SNCF" mais "je dis (aux syndicats) "on est arrivé au bout du processus. Le texte va arriver au Sénat (mardi). Le gouvernement fait ses dernières propositions aujourd'hui (vendredi, ndlr), prend sa responsabilité sur la dette. Nous devons aller au bout de cette réforme. Nous irons au bout", a déclaré le président de la République dans un entretien à BFMTV accordé vendredi depuis Saint-Pétersbourg où il est en déplacement.

Des annonces historiques pour Pepy

Le patron de la SNCF, Guillaume Pepy, a salué vendredi des annonces "historiques" du gouvernement pour assurer l'avenir de la compagnie ferroviaire, les jugeant "à la hauteur des enjeux" et appelant les syndicats à mettre fin à la grève.

"Les avancées financières aujourd'hui sont historiques", a déclaré Guillaume Pepy en sortant d'une réunion avec le Premier ministre Edouard Philippe à Matignon. Elles "donnent un avenir positif (...) pour la SNCF de demain et elles sont vraiment à la hauteur des enjeux".

"Cela signifie qu'il y aura plus de ferroviaire dans notre pays (...) parce que d'abord les travaux prévus vont encore augmenter pour améliorer la qualité du réseau", a-t-il ajouté.

"Et puis le gouvernement s'est engagé à stabiliser les péages ce qui veut dire qu'on va pouvoir faire plus de camions sur des trains fret et pouvoir à l'avenir développer à nouveau l'activité TGV".

La SNCF sera à l'équilibre dès 2020

"Grâce au désendettement la SNCF nouvelle va être à l'équilibre dès 2020 et donc c'est une entreprise viable (...) qui va naître (...). Donc au total c'est vrai qu'on attendait depuis longtemps des décisions de cette importance". Guillaume Pepy a également appelé les syndicats à cesser le mouvement de grève qui dure depuis deux mois.

"Je pense que plusieurs organisations syndicales à la suite de ce rendez-vous ont reconnu l'effort qui est réalisé par l'Etat. A partir du moment où l'avenir est en train de se négocier, il n'y a plus tellement de raisons de pénaliser à ce point les Français avec ces grèves à répétition", a-t-il dit.

À lire également

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"Il faut que chacun prenne ses responsabilités. J'ai compris ce matin que plusieurs organisations syndicales avaient salué l'engagement, l'avancée et avaient dit qu'elles allaient réfléchir et travailler avec leurs instances pour voir les conditions dans lesquelles elles pourraient envisager de sortir du conflit", a affirmé Guillaume Pepy.

latribune.fr

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