L'Alsace donne le feu vert au projet d'une taxe poids lourds
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C'est un feu vert à l'unanimité qu'ont donné les élus de la Collectivité européenne d'Alsace (CEA) au projet d'une taxe poids lourds, baptisée « R-Pass », lors d'une séance plénière à Colmar (Haut-Rhin), ce lundi. Cette mesure vise à imposer à partir de 2027 une taxe de 0,15 euro par kilomètre pour les camions de plus de 3,5 tonnes circulant sur l'axe nord-sud - les autoroutes A35 et A36 - et sur deux autres routes reliant cet axe à l'Allemagne.
À travers elle, la collectivité, issue de la fusion des départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, indique vouloir améliorer « la fluidité et la sécurité » de la circulation, réduire « la pollution atmosphérique et sonore », limiter la dégradation des routes et « rééquilibrer le trafic de transit entre l'Allemagne et la France ».
Ce dernier argument est particulièrement mis en avant. De l'autre côté du Rhin, les autorités allemandes ont déjà instauré, et dès 2005, une écotaxe, la « LKW-Maut ». Son montant a été nettement augmenté en début d'année - il s'établit aujourd'hui entre 11,4 centimes et 51,2 centimes le kilomètre, en fonction de la classe d'émission du camion. Conséquence de cette hausse : un bond du trafic sur le réseau autoroutier nord-sud alsacien « de près de 20% les six premiers mois » et de « 30% » en août et septembre, selon le président de la CEA, Frédéric Bierry.
Frédéric Bierry a également affirmé qu'il y avait « une demande forte » pour « mieux réguler ce trafic ». Et a assuré que le « R-pass » aura pour effets « moins de bruit, un air meilleur, un environnement immédiat aussi moins pollué pour les riverains de ces routes ». « C'est aussi des routes moins dégradées, moins de travaux d'entretien voire de réfection, et aussi des économies à la clé, ce qui n'est pas neutre dans les temps qui courent », a-t-il souligné.
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L'élu a néanmoins indiqué que la concertation se poursuivrait pendant encore au moins un an pour déterminer les modalités de mise en œuvre. L'occasion aussi d'étudier « des compensations possibles pour l'ensemble des entreprises parce que bien évidemment, notre enjeu c'est réduire le trafic de transit, mais ce n'est pas de pénaliser le monde économique ». Une façon d'essayer d'apaiser les vives tensions autour de ce sujet sur les terres alsaciennes.
Bon nombre d'acteurs économiques alsaciens estiment en effet que cette taxe pourrait porter un coup fatal à certaines entreprises du territoire et y sont donc réfractaires. Des manifestations contre cette mesure ont ainsi eu lieu ce lundi. De 100 à 150 personnes ont manifesté devant la CEA à Colmar tandis qu'une centaine de manifestants, dont de nombreux agriculteurs, ont déversé des pneus devant les locaux de la CEA à Strasbourg. Le 7 octobre dernier, une opération escargot avait été organisée à l'initiative de la Fédération nationale de transports routiers.
Parmi les agriculteurs présents dans le cortège de ce lundi, Augustin Wacq, a dénoncé une taxe « totalement inutile par rapport à l'objectif de base, qui est de réduire le trafic routier ». « Cette taxe poids lourds va juste remplir les caisses de la CEA et alourdir le portefeuille alimentaire des ménages, puisque le surcoût du transport sera répercuté sur le produit final », a-t-il affirmé. Un avis partagé par Franck Sander, le président de la FDSEA du Bas-Rhin, l'antenne locale du syndicat agricole FNSEA, également présent à Strasbourg.
Les présidents des chambres de Commerce, d'Agriculture et des Métiers d'Alsace du territoire ont aussi fait part de leur inquiétude dans un communiqué commun. « Nous ne comprenons pas pourquoi la CEA fait peser un nouveau risque sur nos entreprises et l'emploi avec cette taxe », ont écrit Jean-Luc Heimburger, Denis Nass et Jean-Luc Hoffmann. Citant l'étude d'impact du cabinet Deloitte commandée par la CEA, ils avancent que cette taxe aboutirait à « prélever 64 millions d'euros par an sur l'économie », et pourrait entraîner la destruction de 1.500 emplois en Alsace dans le secteur des transports, tout en renchérissant les prix pour les consommateurs.
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Reste que certains acteurs, comme la Fédération des Travaux publics d'Alsace, ont cependant exprimé leur soutien au projet. Ils ont rappelé que les recettes seraient réaffectées à l'économie locale, comme l'a promis Frédéric Bierry. La taxe doit ainsi notamment permettre de financer le passage à deux fois trois voies de la route reliant Colmar à Sélestat, un chantier de 150 à 200 millions d'euros.
(Avec AFP)
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