Fondée en 2021, la compagnie aérienne Celeste a été placée en liquidation judiciaire mardi. Avant même d'avoir effectué son premier vol commercial, celle qui portait l'objectif de désenclaver la pointe de la Bretagne s'est fait couper les ailes par la Direction générale de l'aviation civile, faute de financements suffisants.
L'horizon s'obscurcit encore pour la compagnie aérienne Celeste. Sa liquidation judiciaire a été prononcée mardi, a indiqué Dominique Maguer, le président du tribunal de commerce de Brest à un correspondant de l'AFP, confirmant une information du quotidien Ouest-France. L'entreprise bretonne, qui compte six salariés, était déjà en redressement judiciaire depuis mi-mai. Elle avait alors assuré « poursuivre les travaux en cours avec ses partenaires financiers et commerciaux, visant à l'obtention rapide de la licence d'exploitation et le lancement des opérations de la société ».
Une suite qu'elle n'aura pas la possibilité de connaître ; elle n'a même d'ailleurs jamais effectué aucun vol. Un « échec » pour le président de la Chambre de commerce et d'industrie du Finistère.
« Après le placement en redressement judiciaire, il y a un mois et demi, il y avait des pistes de travail pour convaincre un nouvel investisseur, mais on savait que plus le temps passait, et plus les chances de décoller s'amenuisaient », a-t-il déclaréau journalLe Télégrammece mercredi.
Des doutes sur l'aspect financier
Fondée en 2021 et basée à Morlaix, dans le Finistère, la compagnie portait le projet de désenclaver la pointe de la Bretagne. Elle envisageait la reprise de la liaison Brest-Orly, abandonnée successivement par Air France, Transavia et Chalair. Mais après avoir perdu ses créneaux aéroportuaires à Orly - faute de les avoir utilisés l'été dernier -, elle s'était dès lors focalisée sur une autre liaison, Brest-Nice.
Reste que, si elle avait décroché en 2023 son certificat de transport aérien (CTA) validant sa capacité technique à assurer des vols commerciaux, elle n'avait toujours pas obtenu sa licence d'exploitation. Or, ce sésame est indispensable pour faire entrer les avions en pistes. La Direction générale de l'aviation civile (DGAC) estimait qu'elle n'avait pas réuni assez de financements pour être autorisée à lancer ses activités. D'après elle, fin mars, il manquait à Celeste « entre 30 et 40% » du seuil acceptable de financement initial. « Le but recherché est de protéger les passagers qui achètent un billet, afin que ceux-ci puissent être assurés de pouvoir bénéficier du service aérien que s'engage à leur fournir la compagnie », avait fait valoir l'administration.
Une appréciation contesté par la compagnie. « Les services de la Direction du Transport Aérien (DTA) ont fixé le 9 juin 2023 un montant de financement à réunir de 8,3 millions d'euros pour la délivrance de la licence d'exploitation. Ce budget a été réuni avec succès (...) et présenté depuis aux services de la DTA. Aucun relèvement de ce montant de financement demandé par la DTA n'a été communiqué depuis à Celeste » qui « maintient donc sa position, estimant remplir les conditions fixées par les services de la DGAC », avait-elle répondu dans un communiqué.
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La DGAC avait aussi manifesté à la compagnie ses doutes sur sa capacité, avec un seul avion Bombardier CRJ de 100 places dans sa flotte, à gagner de façon rentable des parts de marché sur la liaison Brest-Nice. Car celle-ci est actuellement déjà assurée par la compagnie low-cost Volotea, qui exploite des Airbus A320 de près de 200 places.
La compagnie a pourtant été largement soutenue par les collectivités locales, avec des avances remboursables votées par la communauté d'agglomération de Morlaix (1,5 million d'euros) et Brest métropole (500.000 euros), tandis que la région Bretagne avait promis 1 million d'euros avec participation à 50% de fonds privés et le département du Finistère 500.000 euros. Portée par la Chambre de commerce et d'industrie métropolitaine Bretagne Ouest (CCIMBO), Celeste revendiquait en outre le soutien d'une soixantaine d'entreprises bretonnes.
La compagnie ne faisait toutefois pas l'unanimité, notamment au sein de Morlaix Communauté et plus largement parmi les élus écologistes régionaux. Le soutien des collectivités au secteur aéronautique y fait notamment débat « au vu de la situation de la planète ». D'après le calculateur de l'Agence de la transition écologique (Ademe), un trajet Brest-Nice émet 4,6 kg de CO2 par personne en TGV, contre 196 kg de CO2 en avion moyen courrier.