La desserte aérienne des Outre-mer se cherche des moteurs de croissance

De gauche à droite : Pascal De Izaguirre (Corsair), Gilles Talec (Air Austral), Marc Rochet (Aérogestion), Christine Ourmières-Widener (Air Caraïbes)/
La Tribune

De gauche à droite : Pascal De Izaguirre (Corsair), Gilles Talec (Air Austral), Marc Rochet (Aérogestion), Christine Ourmières-Widener (Air Caraïbes)/
La Tribune
Les prix des billets d'avion vers les départements et régions d'outre-mer (DROM) ont beau avoir très sensiblement augmenté depuis 2019, le trafic n'en a pas moins retrouvé toute sa vitalité. C'est principalement enseignement qui ressort lors la table ronde organisée ce jeudi 13 juin lors de Paris Air Forum 2024 intitulée « Comment garder le lien avec la France d'outre-mer ? ».
« En raison des Jeux Olympiques, l'activité sera peut-être un moins bouillonnante que ce l'on aurait pu prévoir après une année 2023 fantastiques pour toutes les compagnies aériennes, explique Christine Ourmières-Widener, présidente d'Air Caraïbes. Les flux de trafic restent néanmoins toujours très solides. »
« Des lignes robustes », confirme Pascal de Izaguirre, président de Corsair avec « un socle affinitaire qui est extrêmement fort ». Ainsi, Gilles Talec, directeur France d'Air Austral, précise que la ligne entre Paris et Mayotte est « en croissance constante, 23% en 2023, portée par le trafic affinitaire, mais aussi administratif et affaires ».
Toutefois, pour Pascal De Izaguirre, « il faut identifier des leviers de croissance car cette dernière est régulière mais faible », handicapée « par une population vieillissante. »
Cette croissance ne peut pas, non plus, être portée par les départs régionaux. Selon Pascal De Izaguirre, « il y a un problème de volume qui est insuffisant. Si l'on regarde le cas de Corsair, nous sommes satisfaits car ces lignes sont rentables, mais ce sont des marchés de niche. C'est un complément appréciable qui ne peut rester que marginal ».
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Il n'en reste pas moins que, depuis la métropole, les lignes aériennes vers Pointe-à-Pitre, Fort-de-France et Saint-Denis sont « millionnaires » : 1.5 million de passagers par an pour Pointe-à-Pitre et Saint-Denis, 1.4 million pour Fort-de-France. Grand point fort de ces lignes, souligné par Christine Ourmières-Widener, une double saisonnalité : « l'hiver et l'été sont nos deux pointes, ce qui est quand même assez intéressant quand la plupart des trafics n'ont qu'une grande saison ».
Par ailleurs, note l'expert, « si le kérosène se stabilise autour de 80 à 90 dollars le baril et si l'inflation continue à être deux fois inférieure par rapport au pic que l'on a connu, on peut espérer une stabilisation des prix ».
Autant d'atouts pour attiser des convoitises ? « Forcément, mais à la condition d'opérer avec des coûts plus bas, poursuit Marc Rochet. Ce qui est très difficile dans l'aérien ». Autre frein, « la saturation des infrastructures » et une offre d'hébergement « trop peu normée » pour développer le tourisme.
Quant à la consolidation, ce « serpent de mer » comme la qualifie Pascal de Izaguirre, elle ne semble plus être à l'ordre du jour. « Qui dit consolidation dit concentration et, donc, réduction du nombre d'acteurs. Est-ce que c'est acceptable par l'Autorité de la concurrence ?, s'interroge le patron de Corsair. Est-ce que c'est revevable par les population ultramarines et par les élus ultramarins ? »
À lire également
« Air Austral, il faut bien le comprendre, est née à La Réunion, a grandi à La Réunion et nos actionnaires sont réunionnais, éclaire Gilles Talec. Notre clientèle est très attachée à la compagnie, « sa » compagnie. Pour toutes ces raisons, la consolidation n'est aujourd'hui clairement plus un sujet pour nous. » Le message est clair.