Royaume-Uni : Amazon veut transformer les automobilistes en livreurs

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Amazon pourrait devoir faire face à des obstacles juridiques.
Amazon pourrait devoir faire face à des obstacles juridiques. (Crédits : © Mike Segar / Reuters)
Le groupe américain propose à tout un chacun de livrer des colis sur son temps libre, à l'instar de ce que font d'autres plateformes pour le transport de personnes et la livraison de nourriture

La distribution de colis est un sujet en vogue au Royaume-Uni. Après l'enquête fouillée du Guardian qui révélait le salaire misérable de livreurs travaillant pour un groupe allemand, c'est au tour d'Amazon de faire parler de lui.

Selon le Financial Times, le géant du commerce électronique voudrait exporter au Royaume-Uni un modèle développé aux Etats-Unis et baptisé Amazon Flex: utiliser des chauffeurs amateurs pour livrer des colis. Plusieurs petites annonces ont d'ailleurs été publiées en juin sur plusieurs sites, comme celle présentée ci-dessous :

amazon annonce

Amazon promet au futur livreur un gain compris "entre 13 et 15 livres [soit 15 à 18 euros] de l'heure, pourboire compris". Un gain tempéré par le FT : "Ce salaire n'est pas garanti et peut être abaissé si le conducteur met plus de temps que prévu à livrer."

La flexibilité est mise en avant comme étant le principal avantage du job : "Livrez quand vous le voulez (...) horaires flexibles (...) tout ce dont vous avez besoin, c'est d'une voiture, d'un smartphone et de temps libre." Le FT explique que pour travailler, le livreur amateur aura seulement besoin de lancer une application, à la manière d'un chauffeur Uber : "l'application les guidera pour la livraison des colis et permettra aux clients de suivre en direct leur trajet".

Emploi ou exploitation ?

Pour assurer la promotion de son service, Amazon cite au FT une enquête du Centre for Economics and Business Research, selon laquelle "68% des chômeurs seraient prêt à travailler s'ils avaient l'opportunité de le faire de manière flexible". Une façon de dire qu'Amazon Flex est bon pour l'emploi, et donc pour l'économie.

Une vision que ne partagent pas nombre de livreurs qui travaillent pour Amazon via des agences. Sur un forum, ils sont nombreux à raconter leur expérience, et elle est souvent loin d'être idyllique, comme ce message par exemple: "Je travaille comme livreur pour Amazon, et je suis payé moins que le salaire minimum. Comment pouvons-nous livrer 150 à 190 paquets par jour (...) j'ai parfois fait des journées de 14 heures et j'ai été payé seulement pour 10 heures (...) Ne devenez surtout pas livreur indépendant."

Obstacles juridiques

Tout comme la société de VTC américaine, ou les plateformes de livraison de nourriture comme Deliveroo et Foodora, Amazon veut donc employer une main d'oeuvre facilement malléable tout en prenant le minimum de risque, puisque ces travailleurs ont un statut d'indépendant, et non de salarié.

Mais comme le rappelle le FT, cette manière de concevoir la relation entre une plateforme et un travailleur est contestée en justice. Un tribunal de Londres doit d'ailleurs démarrer cette semaine un procès sur le statut juridique des chauffeurs Uber. En France, c'est l'Urssaf qui a engagé des poursuites en mai contre la plateforme. L'organisme collecteur des cotisations de la Sécurité sociale considère qu'il existe "un lien de subordination" entre les travailleurs indépendants et la société, et donc que les chauffeurs d'Uber sont des salariés.

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Commentaires
a écrit le 20/07/2016 à 15:59 :
Je m interdis murement et simplement d acheter quoi que ce soit chez amazon......
a écrit le 20/07/2016 à 15:59 :
Je m interdis murement et simplement d acheter quoi que ce soit chez amazon......
a écrit le 20/07/2016 à 12:25 :
Internet ou la nouvelle économie de la misère.

Et quand le livreur aura écrasé un gamin pour livrer au nom d'amazone que se passera t'il ?

Et bien si son assurance le découvre elle lui dira qu'elle ne couvre pas les activités professionnels, qu'il se démerde.

Nous payons vraiment de plus en plus cher le néolibéralisme imposé par des gens corrompus et incompétents.
Réponse de le 20/07/2016 à 13:55 :
+1
Je devrais ajouter aussi que beaucoup de personnes ayant désormais l'habitude d'acheter en ligne ont tendance a ne même pas voir si autour d'eux un magasins indépendant physique, qui emploi localement, payent des impots en France et localement et réinvesti ses profits localement ne propose pas le même article plus ou moins au même prix. C'est ce que j'ai constaté pour des pièces de voiture ou des chaussures.
Réponse de le 20/07/2016 à 14:16 :
@citoyen blasé: tout à fait ! et nous payons en effet de plus en plus cher puisque le livreur,dans ce cas, est payé à coup de lance-pierre, mais le prix du service, donc la marge bénéficiaire de l'entreprise, augmente. Malheureusement, ce ne sont pas les politiques nuls, totalement incompétents et ne pensant qu'à eux, qui vont régler ce problème majeur. On réinvente en quelqque sorte l'esclavage, mais en s'assurant que l'escale est d'accord au moins sur le papier :-)
Réponse de le 20/07/2016 à 16:03 :
à Jo: Entièrement d'accord avec vous mais tout comme les supermarchés qui pratiquent des différences de prix conséquentes entre elles sur des produits différents qui font, avec le fait que régulièrement on ne trouve plus le produit que l'on y trouvait habituellement, qu'il faudrait que le consommateur fasse deux voir trois supermarchés plus un ou deux discount pour faire ses courses afin de réellement y gagner sur le prix total, comme si on avait que cela à faire.

Le droit du consommateur c'est un peu comme le droit du condamné à mort à choisir son dernier repas.
Réponse de le 20/07/2016 à 18:48 :
@Jo: la question n'est pas d'arrêter le progrès, mais de s'assurer que les règles ne sont pas à sens unique. Il faut en effet que tout le monde puisse gagner sa vie honnêtement et sans être indûment exploité :-) Une voisine originaire de Trinidad me disait: avant il faisait venir les esclaves par bateau entier, maintenant, ils font mieux encore, ils leur font payer le prix du voyage !
Réponse de le 23/07/2016 à 11:38 :
Padtrickb. Le commerce n'a rien à voir avec le progrès.

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