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ÉconomieUnion européenne

Au Royaume-Uni, les livreurs d'Hermes gagnent 0,57 euro par colis

Photo de Sasha Mitchell

Sasha Mitchell

Publié le 19 juillet 2016 à 12:37 - Mis à jour le 19 juillet 2016 à 12:43

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Tous auto-entrepreneurs, les 10.500 livreurs de l'entreprise allemande de distribution de colis à domicile se retrouvent souvent payés en-deçà du salaire minimum pour six jours de travail hebdomadaire.

Uber, Deliveroo, Hermes... Les enquêtes se suivent et se ressemblent, pour les plateformes de services en ligne. Dernière en date, celle du quotidien britannique the Guardian, qui vise les conditions de travail de la dernière nommée, Hermes parcelnet, une entreprise allemande de livraison de colis à domicile.

Lire aussi : Etats-Unis: les chauffeurs d'Uber loin de faire fortune avec leur salaire

Contrairement aux employés du service ParcelForce de la Royal Mail (le service postal privatisé en 2013), qui propose un service similaire, les livreurs d'Hermes n'ont le droit ni à un salaire horaire fixe, ni aux arrêts maladie. Et encore moins aux congés payés. Tout comme les chauffeurs d'Uber et les "cyclistes" de Foodora, pour ne citer qu'eux, les 10.500 livreurs britanniques d'Hermes sont... auto-entrepreneurs. Payés au colis, ils sont responsables de l'entretien de leur véhicule personnel, bien souvent usé par les kilomètres parcourus et les arrêts incessants ainsi que la gestion de leurs heures de travail.

Livreur dans le Yorkshire, John, cité par le Guardian, se lève à 5 heures du matin pour distribuer environ 90 colis par jour. Selon ses calculs, des 21.006 livres (25.000 euros) touchées l'année dernière, près de 5.500 livres (6.500 euros) ont servi à payer l'essence et les coûts annexes. Marie, qui travaille pour Hermes dans la région de Manchester, dit quant à elle percevoir 48 pence (57 centimes) pour la livraison d'un paquet de taille moyenne, 85 pence (1 euro) pour un colis lourd et 1 livre (1,19 euro) si le paquet est très grand et/ou très lourd.

Hermes permet aussi aux Britanniques d'envoyer des colis en les donnant directement au livreur, qui touchera pour cela 50p. Un rapide coup d'œil sur le site myhermes permet de se rendre compte de la marge réalisée par l'entreprise. Pour un colis pesant moins d'1kg, le particulier doit débourser 3,10 livres TTC. Et jusqu'à 10,30 livres pour un paquet pesant entre 10kg et 15kg.

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Des objectifs inatteignables

Afin de rentrer dans leurs frais et de pouvoir dégager un "bénéfice", nombre de livreurs sont contraints de travailler six jours par semaine, l'entreprise promettant des livraisons du lundi au dimanche. "La dernière fois que j'ai eu deux semaines de repos, c'était il y a sept ans, témoigne une autre livreuse, Cherie Nolan. J'ai eu trois week-end de libre il y a deux ans, et c'était pour aller à l'enterrement de mon grand-père. Je n'ai jamais de temps, c'est impossible car sinon le manager vous retire du travail."

En début d'année, Hermes a annoncé la mise en place d'un bonus de quatre livres par jour, afin d'augmenter les marges de ses livreurs. Seul hic, les objectifs sont quasiment impossibles à atteindre. Une seule plainte de client sur 280 livraisons et une livre part en fumée. Idem si moins de 97,5% des colis prévus pour la journée sont distribués.

"[Les entreprises comme Hermes] n'en ont rien à faire de leur livreur, regrette John Nicholson, consultant dans l'industrie des colis, interrogé par le Guardian. Ils sont seulement payés quand les livraisons sont faites et sont formés sur leur temps libre. S'il faut réduire les effectifs, pas besoin de payer pour licencier. Aucune obligation non plus de payer au salaire minimum et les livreurs se débrouillent seul pour le transport des colis. Ces entreprises vont vous dire que la concurrence et les pressions exercées par les vendeurs en amont ne leur permettent pas de mettre en place un système de salariat."

Une partie du problème pourrait aussi se trouver en aval : selon une enquête d'Hermes, qui va distribuer près de 250 millions de colis cette année outre-Manche, 43% des acheteurs britanniques s'attendent désormais à ne rien payer pour la livraison d'un produit commandé sur internet.

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Sasha Mitchell

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