PME : le gouvernement envisage un milliard d'euros de prêts numériques

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Le gouvernement veut encourager la transformation numérique des PME.
Le gouvernement veut encourager la transformation numérique des PME. (Crédits : Reuters/Alessandro Bianchi)
Le gouvernement et Régions de France ont lancé, ce lundi 15 octobre, leur plateforme Francenum destinée à accélérer la transformation numérique des petites et moyennes entreprises (PME). L'exécutif veut notamment faciliter l'octroi de crédits aux PME par l'intermédiaire d'outils de garantie bancaire avec pour objectif un milliard de prêts numériques sur trois ans.

C'est un enjeu de taille pour le tissu des PME et TPE françaises. La transformation numérique des petites entreprises françaises accuse un sérieux retard à l'échelle européenne. Souvent confrontés à un manque d'accompagnement et de financement, les entrepreneurs isolés peuvent rencontrer des difficultés à opérer leur transition numérique.

Selon une enquête de la BPI réalisée en 2017, une entreprise sur cinq "est condamnée à disparaître si elle ne conduit pas sa transformation numérique dans les trois ans." Dans un récent rapport de l'OCDE, les auteurs notaient que "si le financement bancaire est disponible pour les investissements matériels, il est rarement assuré pour le financement des services de conseil en stratégie, de la formation des salariés, de la création de sites internet."

Lire aussi : « Il faut un new deal du financement des PME »

Pour favoriser cette mutation, le secrétaire d'Etat chargé du numérique Mounir Mahjoubi et la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie, Delphine Genny Stephan, ont annoncé, ce lundi 15 octobre, le lancement de la plateforme Francenum dans l'espace de coworking Volumes (Paris XIXe). Dans le cadre d'une présentation à la presse, les membres du gouvernement ont particulièrement insisté sur la nécessité de faciliter les possibilités de financement d'outils immatériels.

Lire aussi : Comment marche France Num, le portail pour numériser 1 million de TPE/PME en trois ans ?

Des garanties à plusieurs niveaux

L'objectif majeur est de faciliter l'accès des PME aux financements pour accélérer leur transformation. "Trop peu d'entreprises réussissent à obtenir des prêts pour l'investissement immatériel", a souligné Delphine Genny Stephan. Pour inverser cette tendance, l'exécutif a décidé de mobiliser des acteurs à différentes échelles géographiques pour favoriser l'apport de différents établissements bancaires. Au niveau européen, le vice-président de la Banque européenne d'investissement (BEI), Ambroise Fayolle, a rappelé la volonté de la commission Juncker d'aider les entreprises françaises à obtenir des prêts.

"La BEI est la banque de l'Union européenne qui finance les priorités de l'Union européenne dont les PME et l'innovation [...] On a décidé d'utiliser des ressource du plan Juncker pour pouvoir faciliter avec l'aide de l'Etat et de la BPI le financement de ces projets. Ces projets présentent des risques souvent élevés et pour lesquels un instrument de garanties comme celui qu'on va proposer peut être extrêmement utile pour permettre à des institutions financières nationales de pouvoir accompagner les entreprises françaises dans leur transition numérique."

Jusqu'à un milliard d'euros de prêts

Au niveau national, la BPI devrait également jouer un rôle majeur. Dans son intervention, Guillaume Mortelier, directeur exécutif à la direction Accompagnement et Fonds Build-up International a rappelé que seulement "une entreprise sur cinq obtenait un financement bancaire pour de l'immatériel comme de l'achat de logiciels ou de la formation." Pour assouplir l'obtention d'un prêt pour les chefs d'entreprise, le représentant de l'institution bancaire a esquissé les grands contours de cette nouvelle initiative. "On a abouti à un dispositif de garanties où on irait garantir les banques lorsqu'elles font un prêt de quelques dizaines de milliers d'euros à des TPE et des PME. Le dispositif actuellement en discussion consisterait à rassembler des ressources de l'Etat et aussi de la Commission européenne qui nous permettraient de couvrir jusqu'à un milliard d'euros de prêts." D'après le communiqué, les prêts seront distribués par des banques partenaires au cours de l'année 2019 et seront en priorité des prêts de moins de 25.000 euros.

Cette mise en oeuvre serait favorisée au niveau territorial par l'association des Régions de France, le réseau des chambres de commerce et d'industrie (CCI) mais aussi par celui des experts comptables. Harold Huwart, président de la commission développement économique chez Régions de France a indiqué que "s'il y avait souvent des sujets de crispation avec les gouvernement [...] Il faut avoir une conscience aigüe de l'enjeu. Beaucoup d'entreprises ratent des marchés. C'est pour cela que nous avons accueilli très favorablement cette collaboration." Avec cette mobilisation des acteurs locaux, le gouvernement espère toucher le plus grand nombre d'entreprises. Selon les objectifs officiels, 100% des TPE/PME devraient être sensibilisées dans les trois ans.

Registre unique et dématérialisation des marchés publics

Outre ces dispositifs de financement, le gouvernement, ces derniers mois, a également porté ses efforts  sur la loi Pacte actuellement en discussion au Parlement. Parmi les multiples mesures figurant dans le texte, plusieurs devraient accélérer la transition numérique des PME. Le plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises (Pacte) prévoit notamment la mise en place d'un registre général dématérialisé qui permettra de regrouper des informations présentes dans plusieurs registres au niveau national (registre national du commerce, répertoire nationale des métiers).

>> Lire aussi : Commande publique : l'exécutif veut accélérer la dématérialisation

Le gouvernement veut également faciliter la création d'entreprise par la mise en place d'une plateforme qui "sera l'unique interface pour les formalités d'entreprise, quelles que soient son activité et sa forme juridique." Plus récemment, Bercy a lancé sa réforme de la commande publique qui devrait accélérer le processus de dématérialisation des marchés publics. "L'ensemble des procédures d'achats à partir de 25.000 euros devrait être dématérialisé et les principales informations figurant sur les contrats devront être publiées sur les plateformes numériques des acheteurs", souligne le communiqué. Ce qui devrait inciter les entreprises à booster leur transition.

Des moyens à la hauteur des ambitions ?

Si le gouvernement ne cesse d'afficher ses ambitions, plusieurs obstacles pourraient venir freiner l'accomplissement de ses objectifs. Les propositions de garanties exprimées par la Banque européenne d'investissement et de la BPI pourraient constituer des leviers intéressants pour les PME mais le rôle des banques privées est également primordial. Comme l'a souligné Delphine Genny Stephann, "nous comptons sur les banques privées pour qu'elles jouent le jeu [...] Il faut que les prêts soient plus adaptés à la vie économique de ces entreprises." En effet, si les réseaux bancaires ne prennent pas part au dispositif, les ambitions du gouvernement pourraient être fortement réduites.

Par ailleurs, les moyens présentés par les deux secrétaires d'Etat pourraient s'avérer insuffisants au regard du nombre de TPE et PME présentes sur le territoire. En effet, selon les chiffres communiqués par l'exécutif, l'économie tricolore compte 3,8 millions de TPE/PME en France. Ce qui représente un volume très conséquent (99,8% des entreprises) rapporté au milliard de prêts numériques accordé pour ces sociétés dans les trois années à venir. Le pari est donc loin d'être gagné pour les représentants de la "startup nation."

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Commentaires
a écrit le 16/10/2018 à 5:07 :
"Si les baqnques se pretent au jeu...." En France ce serait une premiere. Les banques ne pretent qu'en echange de tres hautes garanties, ce que possedent rarement les TPE.
a écrit le 15/10/2018 à 19:46 :
C'est bien joli la dématérialisation mais comment sera assurée la sécurité des données? Quelle sera leur degré de confidentialité? quid des responsabilités en cas de perte? en cas de vol? en cas de mauvais usage?

Et comment on fait si l'on n'habite pas dans un lieu doté un accès réseau permanent à haute vitesse?... on ne fait pas et on ferme la dernière boulangerie à 10 km à la ronde à cause d'une fibre qui ne sera jamais tirée?

Si c'est aussi bien foutu que pour les cartes grises (site gouvernemental injoignable, des centaines de milliers de dossiers en souffrance et des mois d'attente, il va y a voir des révoltes anti-administratives dans le pays.
Réponse de le 15/10/2018 à 20:45 :
j'ai mis ca dans un autre post
le boulanger, on va lui envoyer la stasi car il ne respecte pas les loi rgdp , cnil, et tout le reste.......
en plus les donnees sont cryptees, mais mal, et il a subi une attaque sans la voir, alors qu'il aurait du passer son temps a sniffer les ports ethernet, au lieu de fabriquer des baguettes...........
le soviet suprme ne manquera pas de lui faire la peau
a écrit le 15/10/2018 à 19:39 :
Hey, c'est pas le rôle principal des banques de prêter de l'argent ?

Oh wait, faut surtout qu'elles nous tondent la laine sur le dos.
a écrit le 15/10/2018 à 19:18 :
Et une petite société numérique pour préparer les futures élections, et hop un financement par les copains en place dans le comité de sélection, c'est pas beau le nouveau monde ?
a écrit le 15/10/2018 à 17:30 :
Et j'te mets une enveloppe par ci et j'et place une enveloppe par là et j'te rabote ceci et j'te supprime cela... Du grand bricolage et aucune politique économique même à moyen terme, au secours, on voit bien qu'ils suivent un programme établi mais on voit bien qu'ils n'en comprennent absolument rien.

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