Pays développés : les PME toujours à la recherche de financement

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Le recul continu des faillites de PME observé en 2016 est un signe de l’amélioration de l’environnement des entreprises pour l'OCDE.
Le recul continu des faillites de PME observé en 2016 est un signe de l’amélioration de l’environnement des entreprises pour l'OCDE. (Crédits : © Regis Duvignau / Reuters)
Les petites et moyennes entreprises (PME) des pays développés sont toujours confrontées à des problèmes de financement malgré une conjoncture économique plus favorable. D'après un rapport de l'OCDE, ces entreprises se tournent de plus en plus vers des solutions de financement alternatives même si elles dépendent beaucoup du crédit bancaire.

Les PME jouent un rôle primordial dans les économies développées. Selon un rapport de l'OCDE publié ce jeudi 21 février, ces entreprises représentent 70% de l'emploi total et 50 à 60% de la valeur ajoutée en moyenne dans les pays membres de l'organisation. La question du financement et des possibles blocages préoccupent régulièrement les entrepreneurs.

"Le financement des PME est important à toutes les étapes du cycle économique, dans le but de permettre à ces sociétés de démarrer, se développer et grandir à l'international, et aussi à s'emparer des possibilités offertes par la révolution du numérique", souligne le secrétaire général de l'OCDE Angel Gurria.

"L'accès des PME à des financements continue de poser des problèmes, mais cet essor visible des solutions de financement " alternatives"  est une nouvelle très positive", a-t-il ajouté lors de la conférence de presse organisée à Mexico.

À l'heure où l'actuel ministre de l'économie Bruno Le Maire a l'ambition de faire grandir les entreprises françaises avec sa loi Pacte présentée en Conseil des ministres en avril prochain, la question du financement est plus que jamais au centre des débats.

> Lire aussi : Loi sur les entreprises : Le Maire lance sa grande consultation

Le crédit bancaire recule

Les nouveaux prêts aux petites et moyennes entreprises ont reculé en 2016 dans 15 pays sur 25 où les données sont comparables selon l'OCDE. "Le taux de croissance de la valeur médiane de ce type de prêt est ainsi passé de 2.6% en 2015 à -5.6% en 2016." Et cette tendance est visible alors que les conditions de crédits étaient favorables et les taux d'intérêt étaient bas. Soutenus par la politique accommodante de la Banque centrale européenne et l'octroi de crédits par les banques, "les taux des crédits aux entreprises ont fortement diminué, étant quasiment divisés par deux depuis 2011 et s'étageant entre 1% (voire moins) pour les grandes entreprises, et un peu moins de 2% pour les TPE", souligne une récente étude de l'observatoire financement des entreprises. Les données issues des enquêtes mentionnées dans le rapport ont montré que le crédit était plus accessible en 2016, à quelques exceptions notables comme le Brésil ou la Russie, qui ont connu une situation macroéconomique défavorable. Les auteurs du rapport de l'institution internationale ont également signalé :

"L'accès à des sources de financement adaptées demeure problématique pour certaines catégories de petites entreprises, et notamment les microentreprises, les jeunes PME et startups, et les structures innovantes tournées vers la croissance".

angel gurria

Le secrétaire général de l'OCDE Angel Gurria. Crédits : Reuters.

Par ailleurs, les données recueillies indiquent que la part des prêts à court terme, dans l'ensemble des prêts consentis aux PME, a bien diminué sur la période 2007-2016 au profit des prêts à plus long terme. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette évolution comme la récente amélioration de la trésorerie et des profits réalisés par les PME. La baisse des taux d'intérêt peut également inciter ces sociétés à emprunter à plus long terme pour profiter des taux bas. Enfin, même si la reprise de l'investissement a été plutôt "modeste" dans les pays développés, les taux de croissance pour cet indicateur ont été régulièrement positifs dans la zone OCDE sur la période 2010-2016, "ce qui a pu stimuler la demande de crédit à plus long terme".

Attrait pour des instruments financiers alternatifs

Face à ce constat, "l'usage d'instruments financiers autre que l'endettement bancaire est en augmentation générale en 2016". Selon le document de l'organisation internationale, les petites et moyennes entreprises se tournent de plus en plus vers des sources de financement "alternatives". Le rapport évoque notamment "le crédit-bail et la location-vente d'une part, et l'affacturage et l'escompte de factures d'autre part".

"Cette tendance coïncide avec des améliorations dans un environnement opérationnel pour les PME, illustré par une diminution des faillites et des délais de paiement, et de meilleures perspectives pour les indicateurs macroéconomiques".

Pour en savoir plus sur l'affacturage , lire aussiComment les PME peuvent se financer à court terme aujourd'hui

Les investissements sous forme de capital-risque ont augmenté, même si leurs volumes sont restés en deçà des niveaux antérieurs à la crise. Des sources de financement plus récents comme le rachat de créances en ligne et le crowdfunding "continuent de croître vraiment rapidement en 2016". Les experts de l'institution soulignent néanmoins que si les volumes restent modestes dans la plupart des pays étudiés, "ces instruments financiers sont en train de devenir plus largement utilisés dans quelques pays, plus particulièrement en Chine, au Royaume-Uni et aux États-Unis". En Europe, le recours à ce type d'instruments était bien plus marginal au regard des données présentes dans le document.

financement PME

Le financement en ligne ne représente pas seulement "une voie supplémentaire pour accéder à des financements, les campagnes à succès sont un signal pour la solvabilité et la viabilité d'un projet, le rendant par conséquent plus prometteur pour attirer des financements supplémentaires". L'autre atout mis en avant dans le financement par le crowdfunding est que les campagnes peuvent être utilisées comme des outils publicitaires, "augmentant l'exposition publique et peuvent être facilement combiné avec du crowdsourcing, utilisant les retours des internautes pour améliorer leurs produits et leurs services".

> Lire aussi : Le crowdfunding, une vraie source de financement des PME

L'exemple de la France

Le réseau des PME est très dense en France. Selon les données du rapport, elle compte sur son territoire près de trois millions d'entreprises de ce type et ces dernières représentent 99,8% de l'ensemble des firmes. Pour les experts du château de la Muette, l'accès au financement bancaire "est généralement fluide". 79% des PME obtiennent la totalité de leurs prêts requis, alors que la moyenne de la zone euro s'élève à 70%. "Cela est du à la progression du crédit, facilité par l'assouplissement des conditions (taux d'intérêt réduits,...), et la hausse des taux d'acceptation des demandes de crédits".

> Lire aussi : Les défaillances d'entreprises en net recul

Par ailleurs, la démographie d'entreprises est actuellement très favorable. D'après les dernières données de la Banque de France, le nombre de défaillances a clairement reculé passant sous la barre symbolique des 60.000 depuis septembre 2016. Du côté des créations d'entreprises, l'embellie est également visible avec des niveaux inédits depuis 2010 comme le souligne les derniers chiffres de l'Insee.

Pour accompagner ce tissu d'entreprises, les experts qui ont contribué à rédiger le rapport souligne le rôle de la Banque publique d'investissement (BPI) rappelant que la transformation numérique des entreprises était un enjeu crucial pour les PME.

"Alors que les financements obtenus par les banques sont utilisés pour les investissements matériels, ils servent plus rarement pour le financement de conseil stratégique, la formation des employés, le développement de site ou, pour les plus grandes firmes, la réorganisation des process de production".

Reste à voir comment la loi Pacte et le fonds pour l'innovation de rupture, doté de 10 milliards d'euros, pourront contribuer à faire grandir ces entreprises.

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Commentaires
a écrit le 22/02/2018 à 0:40 :
depuis 10 ans, la BCE arrose les banques avec des prêts à taux ridicule. Il n'y a jamais eu autant d"argent disponible aussi peu cher.

La France a même du créer des banques et institutions publiques d'investissement pour pallier aux carences des banques, qui sont retombées dans les délices de la spéculation sur les produits dérivés. Cherchez l'erreur.

Les dirigeants politiques n'ont rien appris, rien compris aux crises? Ou ils font semblant de ne rien voir? Et dans le second cas, quel est leur intérêt de voir ce jeu malsain continuer?

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