Avec l’installation d’un gréement de près de 100 mètres de haut sur le site du chantier naval nazairien, les chantiers de l’Atlantique veulent valider à l’échelle 1 la technologie Solid Sail/ Aeol Drive testée depuis deux ans à l’échelle 1/5 à Pornichet. A l’ambition de produire dès 2025, un premier paquebot de 200 mètres propulsé par trois voiles de 1.200 m². Et réduire ainsi de 40% les émissions de CO2 produites par un navire de croisière.« Il faut maintenant essayer ce mat à l'échelle 1 et là, ça va décoiffer ! », promet Laurent Castaing, directeur général des Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire. Construit sur le site du chantier naval, haut de plus de 80 mètres, coiffé d'une voile de plus de 1.000 m², ce symbole de la stratégie bas carbone empruntée par les Chantiers de l'Atlantique serait visible à plus de 20.000 nautiques de la terre.
A l'étude depuis dix ans, d'abord testé par Jean Le Cam sur un simple J80, un bateau de sport de 8 mètres, puis sur un Imoca de 18 mètres et sur un paquebot à voile de 90 mètres à l'occasion de deux traversées de l'Atlantique, le principe d'une propulsion vélique a coché toutes les cases jusqu'à la décision de construire un démonstrateur à l'échelle 1/5 sur la jetée de Pornichet (44), il y a deux ans : une voile Solid Sail de 50 m2 conçue sous la forme de panneaux pliables en accordéon , fixée sur un mât de 15 m, fixé sur un système de gréement orientable à 360 degrés (Aeol Drive), permettant de basculer la voile à 70 degrés pour passer sous les ponts du canal de Panama, de New York ou de la baltique chers aux croisiéristes. « Et ça a fonctionné », rappelle Nicolas Abiven, ingénieur en charge du développement de la voile Solid Sail, imaginée pour propulser des paquebots de 200 mètres de long.
Dès cet été, les Nazairiens découvriront un mat de 24 mètres de haut, posé sur son système d'inclinaison AeolDrive et une voile de 300 m². La tout culminera à plus de 40 mètres. Deux tronçons supplémentaires seront progressivement installés pour, à terme, dépasser les 80 mètres et accueillir une voile rigide, de type membrane en fibre de verre, de près de 1.200m ², dont les opérations de pliage et dépliages sont automatisées. Ces opérations ont été rendues possibles par la mise au point d'une membrane textile, reliant les panneaux, quinze fois plus résistante que l'acier. Ce qui, selon les concepteurs, permettrait à Solid Sail d'avoir une durée de vie cinq fois supérieur à une voile classique. La voile et le système d'inclinaison seront testés tout au long de l'hiver 2021-2022 où ils se frotteront aux vents de l'estuaire de la Loire, au pied du pont de Saint-Nazaire.