"Bien plus que la politique, c'est le marché qui va décider du sort du nucléaire" (Bertrand Piccard, Solar Impulse)
Fabrice Gliszczynski et Philippe Mabille
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LA TRIBUNE- "Flop26", "potion amère", "pas à la hauteur" : les mots sont sévères après la COP26 de Glasgow. Les attentes étaient trop fortes en l'absence de la Chine ou bien les conditions n'étaient pas réunies pour un accord mondial ambitieux sur la réduction des émissions de CO2 ?
BERTRAND PICCARD- Cette COP était fidèle à la manière dont les négociations internationales se déroulent quand on recherche l'unanimité. Le résultat est toujours aligné sur les moins ambitieux et ceux qui résistent le plus. Mais cela ne doit pas faire oublier que la COP n'est pas seulement cette version émergée. C'est aussi la rencontre foisonnante d'entreprises, de pays, de régions et de métropoles qui veulent aller plus vite que le consensus. C'est pour cela qu'on a pu construire des coalitions pour lutter contre la déforestation, pour lutter contre le méthane, pour réduire le financement international du charbon et des énergies fossiles. Sur ces sujets, il y a eu de réelles avancées à Glasgow et c'est remarquable. On a aussi vu des coalitions de villes qui se regroupent autour de solutions durables, zéro carbone, des entreprises financières qui se regroupent pour sortir progressivement du financement des énergies carbonées. Le tableau est donc globalement positif : en coulisses, les choses avancent plus vite que ce que l'on peut en voir dans la COP formelle, mais ce n'est possible que parce qu'il y a cette pression exercée par la COP et son environnement global, sous le regard du monde et de la jeunesse.
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Donc il ne faut pas s'arrêter aux apparences. On critique les pays émergents d'Asie pour leurs réticences à prendre des engagements de réduction des émissions de CO2, mais il ne faut pas oublier qu'ils produisent pour nos marchés. Une part de leur pollution, c'est la résultante de nos délocalisations et de notre mode de vie et de consommation. Nous avons voulu ainsi gagner un peu de pouvoir d'achat, mais c'est devenu une aberration écologique, car ces quelques euros gagnés sur ces produits sont ensuite perdus en allocations pour tous ceux qui souffrent chez nous de ces délocalisations. Alors c'est vrai, cela a aussi permis de sortir ces pays de la pauvreté extrême, mais au prix d'une exploitation de la main d'œuvre locale, du chômage en Occident, avec un bilan carbone désastreux et souvent au mépris des règles des droits humains dans des pays lointains.
Quand on veut juger néanmoins ceux qui polluent à l'autre bout de la planète, il faut aussi regarder ce qu'on fait chez nous qui avons pollué les premiers.
Nous sommes loin d'être exemplaires : quand on voit que la Suisse a refusé la loi sur le CO2 en référendum alors qu'elle a le parc automobile le plus polluant d'Europe, parce que ce sont pour beaucoup de grosses cylindrées et des voitures lourdes, il faut balayer devant notre porte et se remettre en question avant de critiquer les autres. Quand on voit la difficulté en France d'établir une taxe carbone qui a fait sortir dans la rue les bonnets rouges bretons sur les camions, puis les gilets jaunes sur le prix des carburants, on voit bien qu'il faut aussi trouver chez nous des solutions.
Fabrice Gliszczynski et Philippe Mabille