LA TRIBUNE - Quels nouveaux éléments cette publication fournit-elle, que l'on ignorait au moment du dernier rapport de 2014 ?
SONIA SENEVIRATNE - Globalement, ce rapport confirme les pires prévisions sur le réchauffement climatique déjà formulées il y a plusieurs années par le Giec. La principale nouveauté, c'est qu'il s'appuie sur des bases scientifiques encore plus solides : depuis 2014, la science du climat a évolué, la littérature sur le sujet s'est étoffée, et nous arrivons donc mieux à montrer l'effet du changement des températures sur l'apparition d'événements extrêmes. Certes, cela avait déjà été observé par des tendances claires, avec une multiplication des canicules et des précipitations extrêmes dans plusieurs régions du monde. Mais nous avons aujourd'hui des preuves formelles du lien de l'augmentation de ces événements avec le dérèglement. Ces avancées permettent d'établir de meilleures projections sur les implications concrètes d'un monde à +1,5°C ou +2°C par rapport à l'ère pré-industrielle.
Cette meilleure compréhension est en grande partie due au développement important de ce qu'on appelle la science de l'attribution, qui permet d'affilier des événements isolés au changement climatique induit par les activités humaines. Ainsi, nous pouvons être sûrs que des événements très extrêmes, comme les records de chaleur au Canada cet été, auraient eu une chance quasi-nulle d'avoir lieu en l'absence de réchauffement du climat. Pour ce faire, nous comparons des données multiples, celles-ci faisant apparaître des tendances. Si toutes les études délivrent le même signal, nous pouvons alors nous appuyer sur un taux de confiance très élevé quant à l'implication de l'homme dans les événements passés au crible. C'est très clair pour les vagues de chaleur, mais ça l'est moins pour les sècheresses dans certaines zones, faute à un manque de données disponibles sur ce sujet dans plusieurs régions.