Climat : « La plupart des changements qui ont déjà eu lieu sont irréversibles » Sonia Seneviratne, GIEC

ENTRETIEN. Vagues de chaleurs, pluies torrentielles, inondations ou encore sècheresses : les aléas climatiques extrêmes se multiplieront au fur et à mesure que le climat se réchauffera, alerte le GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) dans un nouveau rapport publié ce lundi 9 août. A cette occasion, la coordinatrice du chapitre sur les événements extrêmes, la climatologue suisse Sonia Seneviratne, explique à la Tribune les conséquences des émissions de gaz à effet de serre induites par l’activité humaine sur le dérèglement des conditions météorologiques.

7 mn

Considérée comme l'une des climatologues les plus influentes au monde, Sonia Seneviratne enseigne à l'École polytechnique fédérale de Zurich, en Suisse.
Considérée comme l'une des climatologues les plus influentes au monde, Sonia Seneviratne enseigne à l'École polytechnique fédérale de Zurich, en Suisse. (Crédits : Sonia Senerivatne)

LA TRIBUNE - Quels nouveaux éléments cette publication fournit-elle, que l'on ignorait au moment du dernier rapport de 2014 ?

SONIA SENEVIRATNE - Globalement, ce rapport confirme les pires prévisions sur le réchauffement climatique déjà formulées il y a plusieurs années par le Giec. La principale nouveauté, c'est qu'il s'appuie sur des bases scientifiques encore plus solides : depuis 2014, la science du climat a évolué, la littérature sur le sujet s'est étoffée, et nous arrivons donc mieux à montrer l'effet du changement des températures sur l'apparition d'événements extrêmes. Certes, cela avait déjà été observé par des tendances claires, avec une multiplication des canicules et des précipitations extrêmes dans plusieurs régions du monde. Mais nous avons aujourd'hui des preuves formelles du lien de l'augmentation de ces événements avec le dérèglement. Ces avancées permettent d'établir de meilleures projections sur les implications concrètes d'un monde à +1,5°C ou +2°C par rapport à l'ère pré-industrielle.

Cette meilleure compréhension est en grande partie due au développement important de ce qu'on appelle la science de l'attribution, qui permet d'affilier des événements isolés au changement climatique induit par les activités humaines. Ainsi, nous pouvons être sûrs que des événements très extrêmes, comme les records de chaleur au Canada cet été, auraient eu une chance quasi-nulle d'avoir lieu en l'absence de réchauffement du climat. Pour ce faire, nous comparons des données multiples, celles-ci faisant apparaître des tendances. Si toutes les études délivrent le même signal, nous pouvons alors nous appuyer sur un taux de confiance très élevé quant à l'implication de l'homme dans les événements passés au crible. C'est très clair pour les vagues de chaleur, mais ça l'est moins pour les sècheresses dans certaines zones, faute à un manque de données disponibles sur ce sujet dans plusieurs régions.

Lire aussi 10 mnLa crise climatique s'aggravera, même à +1,5°C, alerte le GIEC

Ces études d'attribution permettent aussi de consacrer un fait scientifique : on sait aujourd'hui que le réchauffement climatique est à 100% dû aux émissions humaines. On peut identifier ce rôle des émissions humaines non seulement à l'échelle globale, mais aussi dans différentes régions du globe, avec des effets clairement identifiables.

Est-il toujours possible de respecter l'objectif de l'accord de Paris, de maintien des températures en-deçà de 2°C, si possible +1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle ?

La possibilité de limiter le réchauffement climatique à +1,5°C s'éloigne de plus en plus. Dans le meilleur scénario retenu par le GIEC, on parviendrait peut-être à le limiter autour de cette valeur mais on aurait quand même un léger dépassement à +1,6°C - avant de revenir peu à peu à +1,5°C à la fin du siècle. Mais c'est l'hypothèse la plus ambitieuse : il faut réaliser qu'il n'y a eu vraiment aucun progrès réalisé dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre ces dernières années, qui continuent à augmenter en même temps que la hausse de la concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère, malgré les nombreuses alertes.

C'est pour ça qu'on se trouve à un moment charnière : si on continue comme ça, ce sera vraiment trop tard d'ici à un ou deux ans. Il faut une réelle prise de conscience, et la mise en place d'une action immédiate. Et les technologies de captage du CO2 ne nous sauveront pas : elles sont déjà incluses dans le « meilleur » scénario du GIEC pour diminuer un peu la température d'ici à 2100, mais cela reste très hypothétique puisque ces techniques n'existent pas aujourd'hui.

Quel serait l'impact d'un réchauffement à +1,5°C et à +2°C sur la survenue des événements extrêmes ?

Dans les deux cas, les conséquences seront nombreuses, mais chaque fraction de degré compte pour limiter ces crises : à +2°C, il est sûr que beaucoup plus de régions subiront des événements extrêmes qu'à +1,5°C. Dans ce dernier cas de figure, on n'aurait pas encore de signal clair pour les sècheresses en Europe, par exemple, alors que ce serait le cas à +2°C. Concernant les précipitations extrêmes, le GIEC a identifié que leur intensité a augmenté de 7% à chaque degré supplémentaire. Alors que les températures ont déjà augmenté d'environ 1°C depuis l'ère pré-industrielle, 7% d'augmentation a déjà eu lieu. A +1,5°C, on serait plus près des 10-11%, et à +2°C des 14%.

Quant aux températures en tant que telles, leurs augmentations seront aussi plus élevées sur les continents en cas de réchauffement global de la planète. Dans un monde à +1,5°C, on aurait en moyenne des canicules de 2°C de plus sur les continents, tandis qu'à +2°C au global, ces canicules seraient de l'ordre de +2,5° ou 2,6°C. L'explication est simple : le réchauffement des continents est de l'ordre de 50% plus élevé qu'à l'échelle globale. C'est pour ça que dans certaines régions, comme en Méditerranée, on a en fait déjà dépassé les +1,5°C.

Surtout, les événements extrêmes combinés vont se multiplier : pour les inondations côtières, par exemple, il y aura une combinaison entre augmentation des précipitations extrêmes et hausse du niveau des mers, ce qui augmentera encore les périls. Il ne faut pas regarder les changements de manière isolée, mais comprendre qu'ils se combineront pour induire plus de risque.

Quelles régions seront particulièrement touchées ?

Ces phénomènes toucheront toutes les régions du monde : on voit d'ailleurs déjà des catastrophes climatiques se déclencher partout sur le globe. Mais ce sera particulièrement important dans certaines zones sensibles. En France, la région méditerranéenne sera plus affectée que d'autres : la hausse des températures, plus forte qu'à l'échelle mondiale, et la récurrence des sècheresses vont encore s'accentuer à mesure que le réchauffement s'amplifie, et aggraver le risque de feux de forêts. Sans compter que la région sera directement touchée par l'augmentation du niveau de la mer.

Ces changements auront des conséquences sur la biodiversité, sur la santé humaine, mais aussi sur l'agriculture : si des événements extrêmes ont lieu en même temps dans plusieurs régions agricoles, cela affectera forcément la production mondiale. Or, à +2°C, la probabilité d'une concomitance d'événements dans plusieurs zones sera plus forte.

Lire aussi 6 mnFamines, catastrophes naturelles, exodes : "le pire est à venir", alerte le GIEC

Y a-t-il des phénomènes sur lesquels il est désormais trop tard pour agir ?

En fait, la plupart des changements qui ont déjà eu lieu sont irréversibles, en tout cas à l'échelle humaine, dans la mesure où le CO2 reste dans l'atmosphère pendant très longtemps - des centaines à des milliers d'année. Ainsi, si on arrêtait demain toutes les émissions de CO2, sa concentration diminuerait progressivement mais resterait bien plus élevé qu'en temps « normal » pendant tout ce temps.

D'autres phénomènes sont aussi impossibles à enrayer sur un très très long terme. Comme l'augmentation du niveau des mers, à cause de la quantité de CO2 déjà émises et de réactions en chaîne, liées à la fonte entamée des masses de glace. On a mis en route des processus qui vont continuer d'avoir lieu, peu importe les mesures qu'on mettra en place. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas agir : toute réduction supplémentaire peut, au moins, limiter l'augmentation supplémentaire du réchauffement et d'autres conséquences qui deviendraient elles aussi irréversibles. Mais c'est notre dernière chance pour rester dans la fourchette prévue des 1,5 à +2°C maximum.

7 mn

Sommet du Grand Paris

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 23
à écrit le 12/08/2021 à 21:52
Signaler
La vraie question est la survie de l humanite,le programme qui a deja est le suivant guerre,pandémie,famine catastrophe naturelle

à écrit le 12/08/2021 à 9:58
Signaler
Si l'affaire est déjà pliėe, pourquoi s'affoler. On s'adapte comme dab.

le 17/08/2021 à 21:58
Signaler
Comme d'ab ? Vous avez un exemple de changement aussi important dans un laps de temps aussi court auquel l'humanité s'est déjà adaptée ?

à écrit le 12/08/2021 à 8:20
Signaler
@ Kommadantur: Su je ne peux pas répondre au SS vous virez mon commentaire, vous ne l'instrumentalisez pas sinon c'est 200 balles, oui je sais normalement je demande cent mais pour le laisser instrumentaliser par les nazis c'est le double, logique.

à écrit le 10/08/2021 à 17:19
Signaler
Je résume la pensée actuelle : - il fait chaud : c’est la faute au réchauffement climatique - il fait froid : c’est la faute au réchauffement climatique - il pleut trop : c’est la faute au réchauffement climatique - il fait trop sec : c’est la fa...

le 10/08/2021 à 18:46
Signaler
Bravo ! et merci. Prévoir avec des modèles logiques l'évolution d'un système chaotique est parfaitement vain. Ou, plutôt, c'est une démarche religieuse, et pas vraiment scientifique. Le GIEC, ses affidés, ses prosélytes (payés ?) et ses zélotes res...

à écrit le 10/08/2021 à 11:23
Signaler
Les aléas climatiques extrêmes, ce n'est pas une nouveauté. Et qui peut croire que l'on peut prévoir l'avenir ? Tout est dans l'art et la manière de présenter les choses, finalement. Pour exploiter bien à fond la vieille peur du ciel qui va nous t...

à écrit le 10/08/2021 à 5:15
Signaler
Madame Irma a parle.

à écrit le 10/08/2021 à 2:55
Signaler
Pas de guerre ,régulation des naissances c'est plus juste. 2 gosses par famille et seulement quand deux vieux meurt .Prenons de vrai mesures vu l'urgence ..

le 10/08/2021 à 8:44
Signaler
"2 gosses par famille et seulement quand deux vieux meurt" Cela va relancer le business des tueurs à gage ! Les gars avec votre démographie vous êtes dans une impasse mais vous semblez y être si bien dans cette impasse, ça doit vous rassurer et bie...

à écrit le 10/08/2021 à 1:26
Signaler
Encore un énième rapport climato-apocalyptique biaisé dont le seul but est de subventionner des chercheurs qui ne trouvent rien... Par ailleurs, selon les prophètes de la silicon valley, Ragnarök ne serait pas la fin pour l'humanité car seuls qu...

à écrit le 09/08/2021 à 22:29
Signaler
He madame, nous on veut bien prendre le train, mais ils nous oblige à prendre notre voiture, avec leur pass sanitaire !

à écrit le 09/08/2021 à 19:52
Signaler
Je me répète, mais oser penser pouvoir enrayer le réchauffement climatique est une utopie. Face à une utopie, il faut inventer sa propre utopie. L'utopie ultime sera sans doute le retour de la guerre.

le 09/08/2021 à 21:25
Signaler
La guerre civile à savoir les peuples contre les autorités de leurs propres pays, déjà que la volonté de guerre a disparu avec le temps, en ajoutant internet on est pas prêt de faire opposer des peuples contre d'autres peuples. C'est terminé.

à écrit le 09/08/2021 à 19:37
Signaler
Ne JAMAIS confondre influente avec compétente .

à écrit le 09/08/2021 à 18:51
Signaler
Donc il faut bien changer notre rapport à la planète, mais arrêter de se servir des changements notamment climatiques pour culpabiliser les citoyens, prendre des mesures qui fragilisent les plus modestes notamment sur le chauffage, les voitures... Si...

à écrit le 09/08/2021 à 18:35
Signaler
Ça puire. Mauvaise nouvelle pour les touristes actuellement en vacances à Biarritz. Comme le relatent 20 Minutes et France 3 Nouvelle-Aquitaine, la municipalité a été contrainte de fermer plusieurs plages. La raison ? La présence d'une algue qui p...

à écrit le 09/08/2021 à 18:29
Signaler
Tous les commentaires vont toujours dans le même sens, on en a trop profité. Mais pas un écolo ou commentateur ose remettre en cause la démographie, qui est pourtant la seule cause du dérèglement climatique. On ne périra pas par le carbone mais par l...

le 09/08/2021 à 19:52
Signaler
"mais par la guerre des civilisations" A noter , qu'aucune guerre ni pandémie n'a fait baisser le nombre d'humain sur terre.

le 09/08/2021 à 21:23
Signaler
En effet tu as raison nous sous estimons la démographie qui fait que tu commentes... :-)

à écrit le 09/08/2021 à 16:50
Signaler
Ben oui mais le problème est que la génération qui se sera goinfrée sur le dos de la planète et de son humanité arrive elle aussi en bout de course et doit trouver cela plutôt sympa que la planète disparaisse en même temps qu'eux, ne pas oublier que ...

à écrit le 09/08/2021 à 16:13
Signaler
Que cela soit irréversible ou en cours, il nous faudra s'adapter par des remises en cause et non, comme le font les écologistes, en effectuant la gestion des conséquences!

à écrit le 09/08/2021 à 16:07
Signaler
Il faut voir le bon côté des choses : Durant les 19eme et 20eme siècles, l'humanité en a profité un maximum. Maintenant, la fête est finie, c'est tout. Par certains côtés, on va revenir progressivement au moyen-âge

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.