C'est une prouesse : depuis sa création, le label bas-carbone a permis d'« éviter » l'émission de pas moins « 300.000 tonnes de gaz à effet de serre », a affirmé la semaine dernière le ministère de la Transition écologique. Pour cause, depuis son lancement en 2018, ce nouvel outil de certification national a récompensé « plus de 100 projets » partout en France, principalement de plantation et de restauration d'espaces boisés qui, en absorbant une partie du dioxyde de carbone (CO2) présent dans l'atmosphère, en ont diminué la concentration - à l'heure où les scientifiques alertent sur son pouvoir réchauffant.
Un bilan qui impressionne autant qu'il interroge : en étiquetant des actions garanties vertueuses pour le climat, notamment dans les secteurs forestier et agricole, le label n'agit pourtant pas directement sur les émissions. Il incite plutôt des entreprises, parfois polluantes, à financer la sauvegarde de ces puits de carbone.
Seulement voilà : les entreprises dont l'activité n'a rien à voir avec ces secteurs « peuvent se prévaloir dans leur image de marque d'en avoir compensé une partie », confirme le cabinet de Barbara Pompili. Et ce, grâce à l'obtention, en contrepartie du financement des actions bas-carbone, d'une attestation de baisse de leurs propres émissions.
Ce n'est pourtant pas l'objectif premier du dispositif, affirme-t-on à l'I4CE (Institut de l'Economie pour le Climat), qui a collaboré à la mise en place de la certification en 2018. « Le but est d'améliorer la gestion forestière, les propriétaires ayant besoin de financements. Mais force est de constater que le sujet a été porté politiquement, et a pu devenir un outil sur lequel le gouvernement et les acteurs privés qui les financent peuvent communiquer », explique Julia Grimault, cheffe de projet forêt agriculture et climat I4CE.