« De grandes entreprises intègrent le biomimétisme à leur stratégie », Kalina Raskin et Gilles Boeuf
Propos recueillis par Dominique Pialot
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... pirer de la nature et de ce qu’elle développe « dans une perspective de justice économique et sociale ». [Interview croisée issue de « T » La Revue de La Tribune – N°1 Octobre 2020]
Gilles Bœuf : En effet, je n'aime pas le mot « imiter », je préfère m'inspirer de la nature pour faire autrement. La nature ne doit pas être associée à un verbe. Elle est ce qu'elle est. Mais s'inspirer de ce qu'elle développe peut-être merveilleux, dans une perspective de justice économique et sociale.
Car il faut innover pour tout le monde, y compris pour les « gilets jaunes ». Ce qu'on ne fait pas du tout, à l'heure actuelle. On développe des traitements médicaux à un demi-milliard de dollars, à la portée d'une infime partie de la population mondiale. Parmi les caractéristiques du vivant qui justifient qu'on s'en inspire, on peut citer un fonctionnement avec une grande parcimonie de moyens. L'exemple le plus frappant, c'est la libellule. Elle dispose de neuf techniques de vols différentes, est capable d'encaisser une accélération de 30 G (quand l'homme a déjà du mal avec 5 ou 6 G). Et, surtout, elle n'a besoin que de 2 watts pour se déplacer à 100 km/h !
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Kalina Raskin : Le véritable intérêt du biomimétisme, c'est de s'inspirer non seulement d'une partie du résultat, mais aussi des processus qui ont abouti à ce résultat. Ainsi, on peut copier les propriétés de surface d'un matériau biologique mais aussi la parcimonie des procédés ayant été mobilisés pendant sa production par le vivant. Plutôt que d'optimiser une solution selon un critère unique comme l'homme a tendance à le faire, l'évolution a sélectionné les systèmes vivants capables d'un compromis d'optimisation multicomposants.
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