En France, la transition énergétique à un tournant ?

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De 23% aujourd'hui, la PPE vise 27% d'électricité d'origine renouvelable consommée en France en 2023.
De 23% aujourd'hui, la PPE vise 27% d'électricité d'origine renouvelable consommée en France en 2023. (Crédits : CC / Pixabay)
Le 23 avril dernier, le gouvernement a publié au Journal officiel la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui vise à piloter la politique énergétique de la France pour les dix prochaines années.

Plus de renouvelables et moins de nucléaire: c'est en pleine pandémie, le 23 avril, que le gouvernement a finalement adopté la programmation énergétique (PPE) de la France pour les dix prochaines années. Des objectifs qu'il faudra cependant tenir, et renforcer, pour lutter contre le réchauffement climatique.

  • Vent et soleil trouveront-ils leur place?

Pendant le confinement, dans un contexte de demande en baisse, les énergies renouvelables, qui ont priorité sur le réseau, ont assuré jusqu'à 35% de la production électrique quotidienne.

De 23% aujourd'hui, la PPE vise 27% d'électricité d'origine renouvelable consommée en France en 2023, et 33-36% en 2028. Le secteur s'en réjouit, mais s'alarme de la capacité à y arriver au vu du retard du pays, détenteur du "record européen" de lenteur d'avancée des projets.

"On est pour l'instant en-deçà de ce qu'il faudrait faire", résume Nicolas Wolff, directeur général de Boralex Europe et président de France énergie éolienne.

D'ici 2028, il faudrait installer 2 gigawatts de panneaux solaires par an, quand on est seulement à 1 gigawatt. Et 1,8 gigawatt en éolien, contre 1,3 gigawatt en 2019.

La profession réclame une réduction des délais de traitement administratif, un encadrement de l'instruction des recours, un relèvement, "de façon juste", de la taxe carbone sur les énergies fossiles.

Côté éolien en mer, le premier chantier (Saint-Nazaire) a démarré, pour une ouverture en 2022, 10 ans après son attribution.

Lire aussi : À Saint Nazaire, début des travaux du premier parc éolien en mer français

  • Nucléaire: stop ou encore?

La France compte ramener la part du nucléaire dans la production électrique de plus de 70% aujourd'hui à 50% en 2035.

Quatorze réacteurs seront fermés, dont les deux de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) qui cessera son activité le 30 juin. Ce dernier arrêt, hautement symbolique, n'a pas été remis en cause, même si la pandémie a compliqué l'organisation de l'approvisionnement des hivers prochains en retardant des travaux d'entretien.

Lire aussi : Réveil douloureux à Fessenheim après l'arrêt définitif du réacteur n°1

Quant au chantier du réacteur EPR de Flamanville (Manche), "le projet a été très considérablement ralenti" par le confinement, selon le PDG d'EDF, mais l'objectif reste un chargement du combustible fin 2022. Ce n'est qu'après, lors du prochain quinquennat, que la France décidera si elle veut d'autres EPR.

Lire aussi : La facture de l'EPR de Flamanville s'alourdit encore pour EDF

  • Moins de pétrole?

La France veut réduire sa dépendance à cet hydrocarbure, qui affecte climat et qualité de l'air.

En 2019, les livraisons de carburants routiers ont été stables par rapport à 2018. La consommation a chuté durant le confinement, avant de rebondir: elle reste actuellement 20% à 25% inférieure à la normale, malgré les prix faibles.

Pour l'avenir, le gouvernement mise sur le véhicule électrique. De janvier à mai, il s'en est vendu 31.244, soit 6,5% du marché (1,8% un an plus tôt).

Le plan d'aide au secteur automobile prévoit une hausse du bonus à l'achat, un déploiement accéléré des bornes de recharge. Mais contrairement au plan allemand, la prime à la conversion inclut l'achat de véhicules thermiques (de moins de 10 ans).

Face au boom des SUV (4x4 urbains), les ONG demandent une réforme de la fiscalité et des contreparties vertes imposées aux constructeurs aidés. Le Haut conseil du climat, instance indépendante créée par Emmanuel Macron pour évaluer les politiques climatiques, ne dit pas autre chose, interrogeant aussi le "sous-investissement massif dans la maintenance du réseau ferroviaire".

Côté aérien, le gouvernement a promis 15 milliards d'euros, dont 1,5 milliard pour la recherche en faveur d'un avion neutre en carbone, et veut encourager le recours au train sur les plus courtes distances.

Lire aussi : Un plan aéronautique pour sauver 100.000 emplois et créer un avion à hydrogène

  • Comment accélérer les économies d'énergie?

Pour tenir les engagements climatiques, la transition devra passer par plus d'efficacité.

Le bâtiment est la deuxième source d'émissions de gaz à effet de serre en France, après les transports, mais la rénovation thermique des logements (sept millions de "passoires") peine à se massifier.

Lire aussi : Rénovation: "L'État pourrait envisager de créer un livret Transition énergétique"

La future réglementation pour l'habitat neuf voit aussi s'affronter les tenants du gaz, énergie fossile, et de l'électricité.

En attendant, plus symboliquement, les écologistes s'attaquent aux publicités lumineuses, comme à Paris où ils sont alliés avec la maire sortante Anne Hidalgo.

Le gouvernement a aussi lancé un très populaire plan d'aide à la réparation des vélos. Avec l'espoir de voir leur part passer de 3% à 9% dans les déplacements quotidiens d'ici à 2024.

Lire aussi : Déconfinement : le retour gagnant des vélos et trottinettes en libre-service

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Commentaires
a écrit le 17/06/2020 à 11:27 :
Une problématique réelle, -le réchauffement climatique et les émissions de gaz à effets de serre- mais il va falloir dépassionner et rationaliser le débat: pouvons-nous accepter encore l'éolien terrestre avec des taux de charge trop faibles entrainant des compensations de l'intermittence couteuses en émissions? OK pour essayer de réduire le temps de mise en place des projets éoliens, mais il faudrait simultanément parler du temps de mis en place des remplacements des centrales nucléaires vieillissantes? Imaginez les problèmes d'opposition si nous voulions remplacer une centrale nucléaire aujourd'hui.. Allons-nous attendre que nos centrales nucléaires soient en fin de vie pour constater que nous sommes sans solution, si ce n'est les centrales à gaz? D'où vient le gaz? Des russes (autonomie énergétique?) et de l'Afrique du Nord (quelles sont les pertes des méthaniers lors des transports?). Devons-nous définitivement acter la fin de l'éolien terrestre dès à présent, trop dépendant des centrales à gaz, pour ne financer que des projets d'éolien off-shore (la taille des machines efficaces -plus de 200 mètres- a changé la donne et je crois que dans cinq ans, nous reconnaitrons la fin de l'éolien terrestre si les taux de charge ne sont pas a minima de 40%). Faut-il interdire le remplacement des chaudières à fuel (garder le pétrole pour la voiture et tout ce qui vole)? Devons-nous avoir un objectif de couvrir a minima tout le sud de la France de panneaux? Produits où et sont-ils recyclables?.. etc.. des questions pratiques sérieuses et il est temps de quitter les attitudes militantes.
Réponse de le 18/06/2020 à 10:08 :
Lorsque je lis le rapport de l'ASN de 222 pages (9/4/19) relatif aux soudures de l'EPR je me demande si il y a un pilote dans le bazar alors que nous sommes au cœur de la politique énergétique de la France.. Il serait souhaitable de revenir aux puissantes directions techniques qui existaient par le passé.

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