LA TRIBUNE - Fin 2019, les pays actionnaires de Banque européenne d'investissements (BEI) ont trouvé un accord pour accroître le soutien à la transition énergétique
. La crise actuelle a-t-elle remis en cause ces objectifs ? AMBROISE FAYOLLE - À très court terme, la priorité de la Banque depuis mars a été de mener une action importante pour soutenir les PME, par exemple en prêtant à des institutions financières ou des fonds pour qu'ils accordent des prêts à ces entreprises. Cette action a pris une importance considérable compte tenu de la violence de l'impact économique de la crise. Nous avons aussi lancé un fonds de garantie d'environ 200 milliards d'euros, qui viendront en complément des actions prises par les banques promotionnelles nationales, comme la BPI, ou les grands acteurs financiers. Nous avons donc ajusté notre capacité de déploiement pour venir aider les PME le plus possible, pour qu'elles survivent à un environnement économique difficile. Nous n'avons pas rajouté de conditions sur le climat à ces interventions d'urgence. Mais cela ne change pas notre objectif de soutien, dans la durée, à l'action climatique. L'ambition reste toujours la même. Et nous commençons déjà à préparer la suite.
Comment la Banque européenne d'investissements compte-t-elle accélérer la transition énergétique ?
Notre objectif est de transformer la BEI en banque européenne du climat. Fin 2019, nous avons adopté une nouvelle politique de l'énergie qui vise à ne plus financer, d'ici fin 2021, les projets dont les émissions sont supérieures à 250 grammes de CO2 par kilowattheure. Ce seuil exclut les projets gaziers, sauf s'ils ont une composante de gaz vert qui devient importante au fil du temps. Par ailleurs, à horizon 2025, l'action climatique doit représenter 50% de nos financements, contre un objectif actuel de 25%. Nous allons donc financer davantage de projets liés aux énergies renouvelables, à l'efficacité énergétique des bâtiments, aux batteries électriques, à l'hydrogène... C'est un objectif extrêmement ambitieux qui doit nous permettre de mobiliser, avec l'appui de partenaires privés, environ 1.000 milliards d'euros en faveur du climat au cours de la décennie 2021-2030. Nous souhaitons, en outre, être alignés à 100% sur l'accord de Paris d'ici à la fin de l'année. Autrement dit: l'autre moitié de nos investissements ne pourra pas contrarier l'atteinte de l'objectif climatique.