Eoliennes en mer à Dunkerque : quels sont les impacts ?

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Si la géométrie du projet reste encore variable d'ici sa mise en service à horizon 2027 (on parle d'une fourchette entre 36 et 48 éoliennes), l'objectif de production de 2,3 terrawatts heure pourrait alimenter la consommation d'un million d'habitants, soit plus d'un tiers du département du Nord.
Si la géométrie du projet reste encore variable d'ici sa mise en service à horizon 2027 (on parle d'une fourchette entre 36 et 48 éoliennes), l'objectif de production de 2,3 terrawatts heure pourrait alimenter la consommation d'un million d'habitants, soit plus d'un tiers du département du Nord. (Crédits : Geophom)
Le débat public autour d'un parc éolien en mer au large de Dunkerque a rendu ses conclusions. Tour d'horizon des arguments en présence, pour ce projet de 50 km2 de surface et de 600 mégawatts de puissance.

A Dunkerque, il y a le ciel, le soleil et la mer. Et bientôt des éoliennes, mesurant jusqu'à 300 mètres de hauteur, posées à 10 à 17 kilomètres du large ? « La question de l'opportunité et de la zone d'implantation semble être tranchée », indique dans son rapport la Commission nationale du Débat public, alors que les méthodes de concertation ont dû être numérisées plus qu'à l'accoutumée, la faute à la Covid-19.

A la question: « la zone d'implantation est-elle encore modifiable ? », la DREAL a clairement répondu que l'emplacement était un élément de l'appel d'offre et que sa modification impliquerait de reprendre l'ensemble du processus d'appel à la concurrence... Car c'est bien un appel d'offres de l'Etat qui a été remporté par la société Eoliennes en Mer de Dunkerque (EMD) et RTE, chargé du poste électrique en mer et du raccordement au réseau terrestre.

Eoliennes en Mer de Dunkerque a été montée avec plusieurs acteurs de premier plan : EDF Renouvelables, filiale française d'EDF, l'allemand Innogy SE, faisant partie des leaders mondiaux de l'éolien en mer, et Blauracke GMBH (appartenant au groupe Enbridge, un acteur très important du marché de l'énergie américain). Le projet nécessiterait près de 1,4 milliard d'euros.

Jusqu'à 48 éoliennes

Si la géométrie du projet reste encore variable d'ici sa mise en service à horizon 2027 (on parle d'une fourchette entre 36 et 48 éoliennes), l'objectif de production de 2,3 terrawatts heure pourrait alimenter la consommation d'un million d'habitants, soit plus d'un tiers du département du Nord.

Reste que dans le Nord, la programmation pluri-annuelle d'énergie (qui impose 30% d'énergie renouvelable, voire 40% dans l'électricité) d'ici 2030 et la volonté de l'Europe de multiplier par 25 la production d'électricité issue de l'éolien en mer d'ici 2050 ne constituent pas forcément la priorité pour de nombreux habitants. « A Dunkerque, il y a des choses auxquelles on ne peut pas toucher : c'est le carnaval et c'est la plage », a-t-on même pu entendre au cours d'une réunion. Mettant en avant les travaux de Jean-Marc Jancovici, expert des questions énergétiques, certains opposants remettent carrément en cause l'intérêt même de l'éolien en mer, pas assez « productif » voire même trop « intermittent ».

Question de paysage

Mais la première des inquiétudes manifestées lors de ce débat public : l'impact sur la biodiversité. L'emplacement n'est absolument pas du goût des ornithologues, qui rappellent que ce carrefour est une route naturellement empruntée par les oiseaux migrateurs d'Europe. Et certains de souligner que la zone pressentie est classée Natura 2000, à savoir un espace classé par l'Europe pour justement protéger les oiseaux !

Surtout, ces éoliennes « gâcheraient la vue et le paysage », de Oye-Plage jusqu'à Coxyde en Belgique. Si les voisins britanniques ne se sont pas manifestés, les Belges ont réclamé d'être consultés, « le débat ne s'arrêtant pas à la frontière ». La Belgique possède déjà près de 250 éoliennes, en moyenne bien plus éloignées du littoral (plutôt de 30 à 50 kilomètres).

Il faut dire qu'avec le projet dans sa configuration actuelle, les stations balnéaires quelque peu huppées de La Panne, Coxyde et Nieuport profiteraient d'une vue imprenable sur les hélices françaises... Le vice-Premier ministre belge en personne, Vincent Van Quickenborne, s'est publiquement inquiété de l'impact sur son espace aérien et sur la sécurité du trafic maritime. Le parc éolien pourrait en outre entraver la desserte en ferry d'Ostende.

Retombées économiques

Au cours du débat public, l'emploi a constitué un autre point de questionnement : y aura-t-il une réelle retombée économique pour les Dunkerquois ? La plaie de la main d'œuvre étrangère détachée pour la construction du terminal méthanier dunkerquois semble encore vive. Le projet ne prévoit que 820 emplois au plus fort de la construction (sans vraiment chiffrer les retombées réelles pour le périmètre régional). EMD a toutefois indiqué avoir d'ores et déjà identifié « environ 250 entreprises locales et régionales (dont plus de 170 petites et moyennes susceptibles d'intégrer la filière éolienne et le projet de Dunkerque en particulier ».

Quant à l'exploitation du parc, 50 postes seulement seraient créés, pour toute la durée de vie du parc éolien, soit environ 30 ans. « A ces emplois directs, il faut ajouter les 150 emplois indirects [...] et induits (générés par la consommation des travailleurs directs et indirects) », ont avancé les maîtres d'ouvrages.

En tout cas, les garanties données dans le cadre de l'appel d'offres sont claires : 6% du coût de construction, soit environ 60 millions d'euros au total et 3% de l'entretien maintenance, équivalent à un million par an, devront être réalisés par des PME et PMI. Sachant que les groupements d'entreprises étaient possibles sans rendre obligatoire la solidarité entre les candidats.

Impact sur la pêche ?

Reste que le cout du kWh sur lequel s'est engagé EMD reste bas (44 euros/MWh), même si Dunkerque possède un bon régime de vents, ce qui pourrait en faire l'un des plus rentables du littoral français, devant Saint-Nazaire ou Saint-Brieuc (étude Nass&Wind de 2016). « Ce niveau du prix repose essentiellement sur un pari technologique (la puissance des éoliennes) », a concédé EMD, qui considère du coup que les fournisseurs locaux ont un avantage logistique, en coûts et réactivité. Avec toutes les perspectives de faire valoir cette expérience ailleurs en France et à l'international.

Le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marines des Hauts-de-France (CRPMEM) a également rappelé que la zone d'implantation du parc éolien constituait « une zone fondamentale pour l'équilibre financier de plus de 40 entreprises de pêche de la région Hauts-de-France (soit entre 120 et 150 marins) et des structures à terre, dont la quasi-totalité des navires dunkerquois (avec une très forte dépendance à la zone pour nombre d'entre eux) ». Si un esprit de dialogue a été promis ainsi qu'une volonté d'accompagner l'évolution des pratiques de pêche au-delà de la part dédiée de taxe sur l'éolien, les échanges n'ont pas apporté beaucoup de certitudes, qu'il s'agisse de l'impact sur la faune halieutique ou de la sécurité de navigation.

Quant aux retombées fiscales locales, elles seraient de 10 millions d'euros par an, « à répartir pour moitié entre les communes du littoral qui sont en co-visibilité avec le parc ». Là encore, la clef de répartition ne satisfait pas tous les élus, certains du fait des installations industrielles, certaines municipalités étant mieux dotées que d'autres.

Tourisme en question

Quid du tourisme également ? Comme il n'existe pas à ce jour de parc éolien en France pour comparer, des retours d'expérience belges, scandinaves et britanniques ont été compilés par le cabinet Vues sur Mer. « Sur les 16 cas étudiés, l'activité touristique est restée dynamique, voire parfois très dynamique : l'éolien en mer n'a donc, semble-t-il, pas eu d'impact sur le tourisme local. Dans certains cas, l'implantation d'un parc éolien a même généré quelques revenus touristiques supplémentaires, lorsqu'elle a été accompagnée d'activités récréatives dédiées », a souligné Michèle Cabanis, présidente de Vues sur Mer.

« Le temps du débat public est le temps propice pour discuter de manière éclairée des mesures d'évitement des impacts sur l'environnement des projets », a résumé le rapport. « Encore faut-il que le public puisse disposer d'informations pertinentes et éclairantes. Or, les débats se succèdent et le constat de l'insuffisance de ces études se répètent », est-il souligné. D'où la recommandation claire de la Commission de débat public de s'engager notamment sur « des objectifs précis, notamment de préservation de la biodiversité, et pas seulement sur des dispositifs qui peuvent évoluer et se révéler inadaptés lors des choix définitifs. »

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a écrit le 02/04/2021 à 12:06 :
Très franchement on se moque de nous l'éolien ne va pas améliorer la protection de notre couche d'ozone, bien au contraire, c'est l'un des arguments exploité par les promoteurs avides de s'enrichir sur le dos des contribuables que nous sommes. A ce jour nous savons que les sources majeures de production de gaz à effet de serre en France sont les habitations ( plus de 40%, les transports et l'industrie (plus dev 40% il faut donc arrêter de nous faire croire que les éoliennes sont de part leur exploitation le meilleur choix pour parvenir aux objectifs de réduction de gaz à effet de serre ce qui s'avère être complétement faux. Le mix énergétique Français actuel est tel qu'agir sur la production de co2 relevant de l'électricité actuellement fournie, non productrice de co2 c'est agir sur le plus faible des enjeux. Par contre agir sur l'économie d'énergie, l'amélioration des habitations ,la rationalisation des transport de toutes nature et sur la mise en conformité des industries polluantes sont les véritables enjeux qu'il convient d'exploiter pour lutter de manière efficace pour la protection de la biodiversité, de notre cadre de vie et des gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique. Ce que je comprends pas également c'est que ce site à été choisi avant la mise sur le chantier du débat public c'est ce qui s'appelle mettre la charrue devant les bœufs !!!!!!
a écrit le 01/04/2021 à 11:37 :
100 % nucléaire ça n'abime pas le paysage ,les vers de terre n' on qu'a brasser du vent avec leurs bras pour produire de l'électricité
Réponse de le 02/04/2021 à 15:03 :
100% de nucléaire ce n'est tout simplement pas possible car la mule nucléaire manque de souplesse pour s'adapter aux variations de charge sur le réseau. De plus il a déjà caccagé le paysage depuis longtemps avec 300 000 pylônes de 90 m de haut faits de jolies poutrelles d'acier enchevetrées pour supporter les 105000 km de lignes THT à 400 000 volts sorties des super puissances des 18 centrales nucléaires du pays. Mais bien que vous soyez aveugle pour ne pas les avoir remarqué j'attire votre attention sur l'absence de lignes aériennes au départ des parcs éoliens et ppv qui se contentant de puissance près de 1000 fous plus faibles se contentent de MT toujours en souterrain car possible contrairement à la THT du nucleaire 😉
a écrit le 01/04/2021 à 10:08 :
Il faudrait les installer plus au large quand même loin de la plage à savoir un des derniers lieux de liberté qu'il nous reste.
Réponse de le 02/04/2021 à 15:05 :
Soyez tranquille ce sera fait aussi.

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