FUKUSHIMA, DIX ANS APRES - Épisode 3/7. Délaissées pendant plusieurs années, les formations pour les métiers du nucléaire retrouvent doucement leur attractivité d'avant 2011. Alors que certains métiers restent en tension, les industriels du secteur multiplient les initiatives pour redorer l'image de l'atome. Ils misent sur l'intégration des nouvelles technologies et le rôle que peut jouer le nucléaire dans la transition écologique pour séduire plus d'étudiants."Le nucléaire, filière créatrice d'emplois", "Le nucléaire, une énergie recyclable", "Travailler dans le nucléaire en sécurité", "La médecine nucléaire contre le cancer"... Depuis septembre dernier, Orano (ex-Areva) s'est initié à un exercice plutôt original pour un poids lourd de l'industrie nucléaire : la production d'une série de podcasts. Objectif affiché : permettre à chacun de "se faire sa propre opinion sur le nucléaire et les grands enjeux de l'énergie", dixit la courte présentation du média.
En réalité, cette initiative assez singulière illustre un véritable enjeu partagé par l'ensemble des acteurs du secteur : renforcer l'attractivité de leurs métiers. Perçu comme une filière d'excellence dans les années 70, le nucléaire pâtit aujourd'hui d'un manque d'attractivité auprès des étudiants, de la même manière que les autres filières industrielles, fait remarquer le Gifen, le syndicat professionnel de l'industrie nucléaire française.
Une dizaine de métiers industriels en tension
"Cette érosion s'est opérée sur plusieurs années, au fur et à mesure de la désindustrialisation de la France. Aujourd'hui, les gouvernements successifs tentent de revaloriser l'industrie mais ce travail n'est pas encore suffisant pour améliorer son image auprès du grand public", explique Cécile Arbouille, déléguée générale du Gifen.
Selon une enquête menée en 2019 auprès des acteurs de la filière, 21.000 recrutements sont prévus entre 2019 et 2022. "Mais ce chiffre est indépendant d'une éventuelle décision prise en faveur de la construction de six nouveaux EPR", précise Cécile Arbouille. Dans un tel cas de figure, les besoins en ressources humaines, sur la période 2025-2035, seraient beaucoup plus conséquents.
Or, la filière peine à recruter sur une dizaine de métiers qualifiés aujourd'hui "de métiers en tension". "Ce ne sont pas forcément des métiers propres au nucléaire, mais des métiers recherchés dans toute l'industrie", précise la déléguée générale. Parmi eux : électriciens industriels, chaudronniers, mécaniciens spécialistes des machines tournantes ou encore soudeurs. Sur ce dernier métier, la carence est telle qu'EDF prévoit, par exemple, de créer sa propre école de soudage à Cherbourg afin de former 100 personnes par an. "Il y a une désaffection pour ces métiers industriels. Les promotions sont assez peu garnies", abonde Jean-Philippe Sandrock, membre du syndicat professionnel.