Municipales 2020 : l'environnement s’impose aux maires de demain

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(Crédits : © Stephane Mahe / Reuters)
Dès le 22 mars, les conseillers municipaux et intercommunaux sortis des urnes seront attendus au tournant en matière d’aménagement responsable, par les citoyens comme par l’État.

« C'est bien dans les territoires et par les communes que la transition se fait concrètement (...) C'est d'ailleurs là que les initiatives les plus innovantes, bien souvent, ont été prises (...) Les maires ont un rôle clé. » C'était le 19 novembre en ouverture du Congrès des maires: le président de la République vantait l'action des présidents d'intercommunalité et des maires en matière de transition écologique. Car les élus locaux se situent aux avant-postes pour rénover les bâtiments publics, premier émetteur de gaz à effet de serre et premier consommateur d'énergie.

Certains estiment pourtant que le savoir-faire n'est pas toujours au rendez-vous. « Je suis effaré », confie l'un d'eux, membre du bureau de l'Association des maires de France (AMF) et candidat à sa réélection en mars. « Même lorsqu'il y a des moyens dédiés, les entreprises n'ont pas les techniques et sous-traitent. Le vrai problème, c'est la perte de compétences », insiste-t-il.

Renforcer le financement vert

Il n'empêche d'aucuns redoutent que la suppression de la taxe d'habitation sur les résidences principales, néanmoins compensée par une fraction de TVA, ne grève leurs budgets verts. « Nous rendons des services sur lesquels il est difficile de faire beaucoup d'économies. Faire autant avec moins, nous arriverons à l'os », poursuit ce même édile, très engagé sur les questions de développement durable. Pourtant, en renforçant les investissements dans la révolution environnementale, les maires peuvent réduire leurs dépenses de fonctionnement.

« Par exemple, sensibiliser à la question des déchets, c'est baisser le nombre de tonnages et donc de collectes, de même que cela protège le pouvoir d'achat de nos concitoyens », estime Nicolas Portier, directeur général de l'Assemblée des communautés de France (AdCF), qui fédère plus de 1.000 intercommunalités de toute taille. « La transition écologique n'engendre pas que des coûts, elle les fait même diminuer », assure-t-il encore. D'autant que l'« urgence écologique » est désormais une notion inscrite dans la programmation pluriannuelle de l'énergie, adoptée en juillet. « 2020-2026 sera le dernier mandat utile, estime Fabrice Boissier, directeur général de l'Ademe, bras armé du financement de la transition écologique dans les collectivités.En 2030, il sera trop tard pour atteindre l'objectif de neutralité carbone en 2050. »

Parmi les outils pour y parvenir figure le plan local d'urbanisme, un document qui fait foi à l'échelle communale (PLU) ou intercommunale (PLUi). « Il permet de penser l'articulation des fonctions dans les espaces, voire de réhabiliter la fonction du politique qui consiste à arbitrer entre moins de consommations de terres agricoles, plus d'espaces naturels et les demandes de maisons individuelles » , résume Nicolas Portier de l'AdCF. Pour accélérer ce mouvement les ministères concernés - Cohésion des territoires, Transition écologique et solidaire, Agriculture et alimentation - ont adressé en juillet dernier aux préfets, les représentants de l'exécutif en région, une instruction du  gouvernement « relative à l'engagement de l'État en faveur d'une gestion économe de l'espace ». Autrement dit, il s'agit de traduire en actes le principe de « zéro artificialisation nette des sols », tel qu'énoncé par Emmanuel Macron. Dans le détail, cette circulaire combat « l'étalement de l'urbanisation [qui] emporte des contraintes économiques, sociales et environnementales pour les collectivités et l'ensemble de la population ».

Des alternatives à la voiture reine

Outre la volonté politique d'éviter une nouvelle crise des « gilets jaunes », il s'agit de pouvoir déférer au tribunal administratif les communes et intercommunalités qui ne réduisent pas drastiquement leurs consommations foncières. Les juges pourront en effet déclasser des terrains à bâtir qui appartiennent à des propriétaires privés ou à des personnes morales. « La négociation sera compliquée », préviennent d'ores et déjà les équipes des candidats. Enfin, en matière d'aménagement responsable, la question des transports individuels et collectifs, principaux pollueurs de la planète, est tout aussi déterminante que le reste. La loi d'orientation des mobilités (LOM), qui vient d'être adoptée, octroie la compétence d'autorité organisatrice aux communautés de communes.

Dans ces intercommunalités périurbaines, où la voiture demeure reine faute d'alternatives, le débat va s'installer dès le lendemain des élections municipales.  Soit elles voteront le maintien de cette responsabilité dans le giron de la Région, soit elles s'en saisiront afin de proposer de nouvelles solutions à leurs administrés. Mais dans ce domaine, là encore, de nombreux élus locaux et nationaux estiment que cette décentralisation ne s'accompagne pas d'espèces sonnantes et trébuchantes suffisantes.

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À Paris aussi, les candidats virent au vert

Anne Hidalgo n'est pas (encore) candidate, mais l'équipe de la maire sortante commence déjà à communiquer sur un programme qui sera présenté « avant fin février 2020 ». « La prise de conscience de l'urgence climatique est plus importante qu'en 2013-2014, a ainsi déclaré au Parisien le 15 décembre son adjoint Jean-Louis Missika. La transition écologique ne peut pas se faire au détriment de la cohésion sociale et de la solidarité. » Leurs alliés depuis 2001, Europe Écologie-Les Verts ont, eux, présenté 20 propositions pour « faire de Paris une ville nature ». Ils promettent, par exemple, de transformer les places de parking en surface en petit jardin, de réaliser au minimum une grande zone piétonne et végétalisée par arrondissement ou encore de planter 100.000 arbres supplémentaires.

Le marcheur Benjamin Griveaux s'engage, quant à lui, à réaliser le Vélopolitain, « un réseau de pistes cyclables protégées qui doublent en surface les lignes du métro ». Son rival Cédric Villani veut, lui aussi, développer le vélo à Paris et en petite couronne et promet de lancer un plan d'investissement de 5 milliards d'euros pour le climat, qui comprendra la rénovation de 40.000 logements par an et le renforcement de l'offre de transports en commun. De son côté, Pierre-Yves Bournazel, élu depuis 2008, affirme à La Tribune s'être « toujours battu contre la densification et la bétonisation », en votant par exemple contre les tours Bercy-Charenton et pour la protection des espaces verts. « L'écologie commence par l'urbanisme », insiste le candidat d'Agir. S'il gagne, il se dit « prêt à financer des logements à l'extérieur de Paris près des gares du Grand Paris Express », et ce pour réduire les trajets domicile-travail. Enfin, la candidate des Républicains, Rachida Dati, réfléchirait à des référendums locaux par quartier ou par arrondissement pour faire de « l'écologie non punitive

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Commentaires
a écrit le 03/01/2020 à 13:06 :
Bah comme d'habitude à l’approche des élections ils verdissent leurs discours mais à la prise de fonction ils obéissent aux pires pollueurs.

Les souris votent pour les chats.

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