Les pesticides, nouvelle bataille des maires contre la pollution de l'air

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En milieu rural, l'enjeu est à l'origine de tensions « non négociables » entre les agriculteurs et les autres habitants des petites villes et des villages.
En milieu rural, l'enjeu est à l'origine de tensions « non négociables » entre les agriculteurs et les autres habitants des petites villes et des villages. (Crédits : Reuters)
Dans les villes et les villages, une nouvelle inquiétude en matière de pollution de l'air gagne du terrain. Depuis l'été, des dizaines de maires multiplient les arrêtés visant à interdire l'utilisation des pesticides à proximité des habitations.

L'ennemi juré était jusqu'à présent la voiture. La lutte contre la pollution de l'air par les municipalités françaises passait essentiellement par des mesures visant à limiter la circulation des véhicules polluants : une stratégie dont la fermeture des quais de Seine parisiens par la maire de la capitale Anne Hidalgo a sans doute été l'illustration la plus polémique. Mais, depuis quelques mois, une nouvelle inquiétude en matière de qualité de l'air s'impose y compris en milieu urbain. Il s'agit de la pollution liée à l'utilisation des pesticides. Jeudi 12 septembre, cinq grandes villes (Paris, Clermont-Ferrand, Grenoble, Lille et Nantes) ont annoncé ensemble leur volonté de mettre un terme à « l'usage des produits phytosanitaires chimiques sur l'ensemble de leurs territoires », au nom du « principe de précaution »Elles viennent ainsi rejoindre la liste d'une cinquantaine de maires de villes plus petites ou de villages - auxquels s'ajoute le département du Val-de-Marne -, qui viennent soit d'interdire l'épandage de pesticides à moins de 150 mètres des habitations, soit d'en bannir complètement l'usage dans leurs communes.

Des dizaines d'interdictions à travers la France

Ce mouvement sans précédent voit son origine dans le conflit ayant récemment opposé l'État et Daniel Cueff, maire d'une municipalité bretonne de 600 habitants, Langouët. Le 18 mai, l'élu écologiste a pris un arrêté interdisant l'utilisation de produits phytosanitaires « à une distance inférieure à 150 mètres de toute parcelle cadastrale comprenant un bâtiment à usage d'habitation ou professionnel ». Attaqué en justice par la préfecture d'Ille-et-Vilaine, l'arrêté a été suspendu le 27 août par le juge des référés du tribunal administratif de Rennes. Mais cet échec juridique a paradoxalement suscité un soutien inespéré d'une partie de l'opinion publique comme d'autres élus. À travers toute la France des dizaines de maires ont adopté des arrêtés semblables, se sont réunis en collectif et ont lancé un site web. Le 3 septembre, ils ont été soutenus par une tribune signée par 25 personnalités du monde associatif et publiée dans Le Monde, alors que des pétitions en ligne pour l'interdiction des pesticides à côté des habitations ont reçu des dizaines de milliers de signatures.

Des tensions entre agriculteurs et habitants

Certes, dans les grandes villes, les enjeux sont bien moins importants. En milieu urbain, l'emploi des pesticides de synthèse est déjà interdit pour l'entretien des espaces verts ouverts au public depuis le 1er janvier 2017 par la « Loi Labbé », et depuis le 1er janvier 2019 cette interdiction concerne aussi les jardiniers amateurs. Mais elle ne s'applique pas aux entreprises intervenant dans des espaces privés, a expliqué au Monde la maire de Nantes, Johanna Rolland : par exemple à la SNCF, grande utilisatrice de glyphosate sur ses voies. Selon Pénélope Komitès, adjointe chargée des espaces verts à Paris, cité par le même quotidien national, quelque 600 hectares échapperaient ainsi à l'interdiction dans la capitale.

En milieu rural, l'enjeu est en revanche énorme, et à l'origine de tensions « non négociables » entre les agriculteurs et les autres habitants des petites villes et des villages, témoigne le maire de Langouët. Les premiers, par le biais de leurs associations professionnelles, font valoir des pertes de surfaces agricoles « inouïes », pouvant s'élever jusqu'à 20 % si l'interdiction d'épandre à moins de 150 mètres des habitations devait être généralisée, avec pour conséquence une augmentation des coûts de production, une concurrence faussée sur le marché international et une augmentation des importations. Ils préparent des actions de protestation. Les maires et les ONG mettent en avant les enjeux de santé publique, le devoir des autorités de protéger leurs administrés et l'environnement ainsi que le principe de précaution.

Lire aussi: Glyphosate : recherche alternatives désespérément

Un projet de décret contesté

En tentant de trancher, le gouvernement a finalement mis de l'huile sur le feu. Un « nouveau dispositif d'encadrement de l'utilisation des produits phytosanitaires à proximité des habitations », mis en consultation depuis le 9 septembre pour trois semaines, a déçu tout le monde. Ces deux projets de décret et d'arrêté, censés entrer en vigueur le 1er janvier 2020, fixent des « distances nationales minimales » entre zones d'épandage et zones d'habitation de 10 mètres pour « les substances les plus dangereuses »  et, pour les produits moins dangereux, de 10 mètres en cas de cultures hautes (viticulture, arboriculture etc.) et de 5 mètres pour les cultures basses (céréales par exemple). Le gouvernement affirme s'appuyer « sur les préconisations scientifiques et indépendantes formulées par l'Anses » dans un avis publié le 14 juin 2019.

Or, selon les ONG, non seulement l'Anses n'a pas exclu l'opportunité de faire preuve de davantage de prudence. Elle a elle-même reconnu avoir fondé son avis sur des données limitées et collectées il y plus de trente ans, ne tenant notamment pas compte des risques liés à l'exposition aux pesticides au-delà des 10 mètres. Pour les agriculteurs, en revanche, même ces distances de quelques mètres sont « insupportables » et « inacceptables » dès lors qu'uniformes et contraignantes sur tous le territoire national. Ils demandent que leur détermination soit laissée à des « chartes » issues d'échanges entre agriculteurs, riverains et élus au niveau départemental. Une approche déjà prévue dans la Loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous de 2018 (dite Loi Egalim) et entérinée par le tout dernier dispositif gouvernemental, qui admet « la possibilité d'adapter » dans ce cadre les distances minimales nationales -jusqu'à 3 mètres pour les cultures basses et la viticulture et à 5 mètres pour les autres cultures.

Alors que les recours en justice des préfectures contre les arrêtés des maires se multiplient, et que nombre de ces derniers évoquent pour se défendre une « carence de l'État » face à son devoir de protéger la santé des Français, cette nouvelle bataille pour la qualité de l'air des villes et des villages risque d'aggraver le sentiment d'incompréhension croissant entre pouvoir central et territoires, comme celui entre agriculteurs et habitants des villes. Les contestataires souhaitent d'ailleurs amplifier le mouvement : ils se sont déjà donné rendez-vous au palais du Luxembourg à Paris en novembre, lors du Congrès des maires de France.

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a écrit le 19/09/2019 à 11:06 :
Un lobby puissantqui a conservé ses réflexes criminels d'après guerre, la bonne volonté, l'intelligence et la liberté de nos élus, merci à eux vraiment et profondément hein jamais l'humanité ne saura à quel point leur combat est important, face à la continuité des méthodes du troisième Reich. Et c'est au final peut-être plus cet état d'esprit qu'il faudrait combattre que la pollution et l'empoisonnement massifs qu'ils génèrent mais comme ils en génèrent beaucoup trop on ne peut qu'insister sur ce second point.

Je n'exagère pas, demandez vous pourquoi alors que l'on s'acharne sur les citoyens européens, sur leur santé, leur éducation, leur justice, on laisse BAYER tranquillement endetté de plus de 60 milliards d'euros pesant massivement sur l'économie européenne.
a écrit le 18/09/2019 à 15:07 :
"jusqu'à 3 mètres pour les cultures basses et la viticulture et à 5 mètres pour les autres cultures".

En parlant de distance :

Distribution de pastilles d’iode pour 2 millions de riverains des centrales nucléaires
Jusqu’à présent réservées aux riverains vivant dans un rayon de 10 km autour d’une centrale, ces distributions gratuites concernent désormais ceux établis dans un rayon de 20 km.
Réponse de le 18/09/2019 à 18:40 :
Question de distances, compte tenu de la dispersion avec les mouvements d'air et la rosée, proposer 5 mètres ou 10 mètres est tout bonnement imbécile ...

on se demande comment un gouvernement peut évoquer des distances aussi stupides !

pour le reste, lachose vous avez raison :

Raisonnablement si la centrale du Bugey - une des plus anciennes et risquée - dans l'ain connaît un accident (ca n'arrive pas qu'aux autres !!!),

c'est tout l'est Lyonnais aéroport St Exupéry inclus qui sera inhabitable ...

Raisonnablement, mieux vaut ne pas investir dans l'immobilier dans l'est Lyonnais, le nord isère et l'ain,

car les biens immobilier risquent gros !
a écrit le 18/09/2019 à 14:56 :
Il faut aussi remettre des fossés autour des champs qui on été supprimé progressivement par les agriculteurs dans les années 80/90.
a écrit le 18/09/2019 à 14:38 :
Pesticides et diesel, un scandale sanitaire.
a écrit le 18/09/2019 à 13:02 :
La mauvaise foi!
C'était les mairies les plus grandes utilisatrices de glyphosate. Mon noisetier rouge, 6 m de haut, 30 ans a été empoisonné lors d'un nettoyage de bords de murs, il était malheureusement à longer le portail et s'est fait arroser.
a écrit le 18/09/2019 à 11:04 :
Il ne faut pas se laisser abuser par les produits pudiquement appelés "phytosanitaires" par les acteurs producteurs et commerçants des produits chimiques. Personne ne peut dire que les maladies de l'agriculture sont arrivées seules, il faudrait regarder dans 2 directions : a) l’hygiène plus que défaillante dans les élevages intensifs - b) les chimistes peuvent être tentés d'introduire des maladies pour proposer leurs solutions merveilleuses, ca fait penser aux pompiers pyromanes !
Réponse de le 19/09/2019 à 9:22 :
Il y a plusieurs sortes de pesticides : les produits phytosanitaires, les produits zoosanitaires, les produits de traitements de bois et charpentes, et les produits urilisés par les ménages : anti-mouches, anti-moustiques, antimites, anti-fourmis, mort-aux-rats,... Phytosanitaire n'a rien de pudique, c'est juste précis.
Quant au complotisme sur les chimistes qui introduisent de nouvelles maladies, je ne réponds même pas..
a écrit le 18/09/2019 à 9:44 :
Il est réducteur de toujours relier l'utilisation des produits phytosanitaires uniquement à la productivité, aux rendements. Les produits phytosanitaires augmentent bien sûr les rendements, mais aussi les sécurisent (ils jouent le rôle d'une assurance, et bien sûr ne rendent pas les sols stériles, concept complètement ridicule quand on note les augmentations de rendements), et surtout sécurisent leurs états sanitaires. Nous n'irions pas bien loin en supprimant les fongicides sur blé (mycotoxines), et retrouverions rapidement les graves crises sanitaires du XIX ième siècle. Le mildiou sur la pomme en terre en Irlande dans les années 1850, c'est la bagatelle d'un million de morts (et un million de personnes déplacées). La crise récente du "concombre espagnol", bio, c'est 47 morts -il eut suffit de tremper les graines de fenugrec dans de l'eau chlorée pour tuer les E. coli et éviter cela? Et que dire des attaques qui mettent en péril les buis (pyrale), les frênes (chalarose), les ormes (graphiose), les oliviers (xyllelia f.).. Allons-nous accepter cela sans combattre? Allez faire un tour dans les Pouilles, pour pleurer sur nos oliviers! Les promoteurs du bio (et leurs produits toxiques "naturels", sans expertise technique (M.Jadot en est un exemple criant), ou dans la fake news, prennent de très lourdes responsabilités devant l'histoire, et ceux qui réfléchissent voient bien que leurs thèses sont un peu trop simplettes! Il faut revenir à des positions plus intelligentes, garder nos armes (les utiliser à bon escient), et cesser de marteler dans les esprits de nos concitoyens que leurs alimentations, la qualité de l'air (loin être parfaite pour cause de produits pétroliers) les rendent malades, quand on omet de parler drogues, tabac, alcool, voire soleil, toutes sources principales des cancers.. et revenir au principal: les diminutions des émissions de CO2 en diminuant nos consommations d'énergies fossiles, seul combat pour les années à venir qui en vaille la peine!
Réponse de le 18/09/2019 à 13:12 :
Le glyphosate, tout comme les sulfites dans le pinard est une solution pour s'éviter un fatigue supplémentaire ou un labour fastidieux, bien utilisé le risque est minime.par contre les sulfites sont des poisons mis dans le pinard on se moquant totalement du goût et de la vie du client, en quelque sorte on renvoie le danger car l'arrêt de la fermentation à la mèche de souffre est très dangereux pour le viticulteur.
Réponse de le 19/09/2019 à 9:20 :
Là comme ailleurs nous sommes allés trop loin dans la facilité, il est patent de constater que beaucoup de sols sont morts aussi il serait souhaitable que le BIO deviennent la norme et le pesticide l'exception, sur prescription d'un agronome par exemple pour les situations particulières.
Réponse de le 19/09/2019 à 9:40 :
Bien dit, BH.
Concernant les aliments, il fait bien rappeler que le principal risque pour la santé est d'en manquer. Des millions de personnes mouraient de faim il y a quelques dizaines d'années, ce qui ne manquerait pas de revenir si tous les agriculteurs passaient au bio (- 20 à - 30 % de production à l'hectare - voir le retour d'expérience de l'Autriche, premier pays bio, qui a dû augmenter ses importations agricoles de pays restés en conventionnel).
de plus, la folie des distances de 150 m ferait davantage encore chuter la production française : de second exportateur mondial il y a quelques années, la France est cette année pour la première fois devenue IMPORTATEUR net. Nos agriculteurs ont trop de contraintes que les autres n'ont pas, même nos voisins européens.
a écrit le 18/09/2019 à 9:07 :
Depuis des décennies l'on nous explique que les produits chimiques sont nécessaires à l'agriculture pour avoir de bons rendements ...

soit dit en passant, le mensonge des chimistes véhiculé par des agriculteurs béats est énorme :
*** 90 % de produits qualifiés de pesticides "indispensables" sont en réalité de purs produits chimiques pour augmenter la productivité des sols

Dans le même temps, les gouvernements sous la pression de Bruxelles (les lobbys chimistes et voyous de la finance chimiste) ont décrété qu'il était nécessaire de placer des terrains en jachère pour maintenir les cours des productions agricoles ...

On croyait Macron intelligent !

que ni ni, inculte industriellement, très mal entouré par des profiteurs au gouvernement Philippe et à Bruxelles, Macron se fait balader trimballer par les lobbyistes ...

il est DE BON SENS que si on réduit la productivité en supprimant les produits chimiques,

la COMPENSATION des volumes produits par l'agriculture se FERA NATURELLEMENT en LIBERANT TOTALEMENT les JACHERES ...pour augmenter les surfaces de production ...

*** OBSERVATION ***

Avec la sécheresse, cet été, que s'est-il passé ?

Les agriculteurs ont eu la possibilité de récolter les jachères !!!!

Conclusion : il convient de remplacer le ministre de l'agriculture parfait incompétent et malveillant à l'égard de la Nation.

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