Quand boire un café en Europe contribue à la déforestation : Bruxelles veut cesser la "déforestation importée"

La Commission européenne doit présenter mercredi un texte visant à conditionner l'accès au marché unique de l'UE au respect de règles protégeant les forêts. Car, en consommant des produits contenant de l'huile de palme, des animaux nourris au soja, mais aussi du bois, du café, du chocolat, etc., sans regarder ni provenance ni méthodes de fabrication, les Européens contribuent indirectement, et souvent sans en être conscients, à la déforestation à travers le monde. Mais l'efficacité du texte dépendra de son niveau d'ambition. Première revue des marqueurs de cette ambition.
Giulietta Gamberini
Selon une étude publiée par le WWF en avril, l'Union européenne est même le deuxième plus grand importateur de matières premières liées à la déforestation, après la Chine.  Ses importations, qui représentent 16% de la déforestation liée au commerce mondial, ont causé la destruction de 3,5 millions d'hectares de forêts entre 2005 et 2017.
Selon une étude publiée par le WWF en avril, l'Union européenne est même le deuxième plus grand importateur de matières premières liées à la déforestation, après la Chine. Ses importations, qui représentent 16% de la déforestation liée au commerce mondial, ont causé la destruction de 3,5 millions d'hectares de forêts entre 2005 et 2017. (Crédits : Reuters)

Après la signature à Glasgow, lors de la COP 26, d'un accord international inédit visant à arrêter la déforestation en 2030, la lutte pour la préservation du "poumon de la planète" s'apprête à franchir une autre importante étape.

Dans le cadre de son Pacte vert pour l'Europe, la Commission européenne doit présenter, mercredi, un projet de législation s'attaquant à un volet méconnu de ce fléau: la "déforestation importée". Car, en consommant des produits contenant de l'huile de palme, des animaux nourris au soja, mais aussi du bois, du café, du chocolat, etc., sans regarder ni provenance ni méthodes de fabrication, les Européens contribuent indirectement, et souvent sans en être conscients, à la déforestation à travers le monde.

L'UE, 2e après la Chine pour la "déforestation importée"

Selon une étude publiée par le WWF en avril, l'Union européenne, avec des importations qui représentent 16% de la déforestation liée au commerce mondial, est même le deuxième plus grand importateur de matières premières liées à la déforestation, après la Chine (24%), loin devant l'Inde (9%) et les États-Unis (7%). Ces importations européennes ont causé la destruction de 3,5 millions d'hectares de forêts entre 2005 et 2017: autant que si la ville de Lyon avait été rasée chaque semaine pendant douze ans, souligne le WWF. "Ces importations ont représenté 1.807 millions de tonnes de CO2, ce qui équivaut à 40% des émissions annuelles globales de l'Union européenne", ajoute l'ONG, en insistant aussi sur leur impact dévastateur en termes de biodiversité.

| Lire aussi: Biodiversité: malgré les promesses, la déforestation avance

Améliorer les pratiques mondiales, protéger tous les écosystèmes

La Commission européenne espère donc mettre le Marché unique, principal outil d'intégration de l'UE, au service de cette cause.

L'enjeu est de conditionner désormais l'accès à ce grand marché au respect de règles garantissant que les produits importés et leurs matières premières n'ont pas contribué à la déforestation ailleurs dans la planète.

L'espoir est d'ainsi apporter des garanties aux 530 millions de consommateurs européens, mais aussi de niveler indirectement les pratiques mondiales vers le haut.

L'efficacité d'une telle législation dépendra toutefois de son niveau d'ambition, qui sera exprimé par plusieurs marqueurs, soulignent les défenseurs de l'environnement. Le WWF insiste en premier lieu sur la nécessité de protéger l'ensemble des écosystèmes naturels sur lesquels les produits importés par l'Union européenne ont un impact destructeur, et non seulement les forêts. Il s'agit par exemple de ne pas prendre le risque de protéger l'Amazonie au dépens de la savane du Cerrado, au Mexique, d'où l'UE importe une grande partie de son soja, explique l'ONG.

Liste, date de départ, périmètre, traçabilité... l'efficacité est possible

La liste des produits auxquels la nouvelle législation s'appliquera aura aussi un impact important sur son efficacité. "Il faut que cette liste soit la plus large possible par rapport à la menace réelle qui pèse sur les écosystèmes", plaide Pierre Cannet, directeur du plaidoyer et des campagnes du WWF France. Le poulet, le maïs, l'hévéa sont ainsi autant de produits qui doivent être inclus dans la réglementation, selon l'ONG.

La date jusqu'à laquelle remontera la loi sera également un indicateur de son niveau d'ambition, note Pascal Canfin, député européen, dans une interview au Journal du dimanche (JDD). Les données fournies par les satellites sur la déforestation permettraient en effet de savoir si un produit est issu de la déforestation déjà depuis 2014-2015, souligne-t-il.

Enfin, l'efficacité de la loi dépendra grandement des obligations qu'elle fixera et des sanctions dont elles seront assorties. "Pour être efficace, cette loi devra intégrer des mesures contraignantes pour les entreprises", plaide le WWF, en rappelant les résultats décevants jusqu'à présent obtenus via les engagements volontaires.

Les yeux tournés vers la France

Selon Pascal Canfin, "c'est quasiment acté": un contrôle ex ante, plus efficace qu'un contrôle ex post, sera effectué. Dans ce cas, concrètement, avant de pouvoir vendre un produit sur le marché européen, les entreprises devront donc fournir des documents certifiant qu'il n'est pas issu de terres déforestées. Une approche que déplore le WWF, pour qui la législation doit garantir que toutes les entreprises, avant de mettre leurs produits sur le marché, aient bien réalisé une diligence raisonnée, assurant la pleine traçabilité de leurs produits, mais sans la possibilité de sous-traiter cette responsabilité via des certifications.

La traçabilité exigée pourra en outre être plus ou moins fine en fonction des informations demandées. Or, non seulement les outils pour que les entreprises disposent de données exhaustives existent, mais les acteurs économiques ont un rôle grandissant à jouer pour mettre la pression sur leurs fournisseurs, estime Pierre Cannet.

Sur tous ces points, le Parlement européen pourrait évidemment tenter de rehausser les objectifs, si le texte de la Commission était décevant, bien qu'au prix d'une procédure plus longue.

Quant au Conseil de l'Union européenne, l'enjeu est d'embarquer vers l'objectif d'une législation ambitieuse de nombreux pays qui aujourd'hui restent silencieux. Les défenseurs de l'environnement reposent beaucoup de leurs espoirs sur la France, qui présidera l'UE au premier semestre 2022, et qui -sixième dans le classement des pays européens contribuant à la déforestation importée- a déjà adopté une stratégie nationale en la matière en 2018, bien qu'encore essentiellement inappliquée.

"Paris doit favoriser un accord vers le haut", plaide Pierre Cannet.

Giulietta Gamberini

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Commentaires 12
à écrit le 18/11/2021 à 8:36
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L'Europe ne pourrait-elle pas commencer par interdire les coupes rases de bois dans ses Etats ?

à écrit le 17/11/2021 à 15:16
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Quand mange un yahourt ou dessert on ne contribue pas? Des milliers de petit pots plastiques dans les rayons des supermarches. Danone, Pasturages, Nestle, Unilever, tous intouchables? Ou des promesses aux elus pour faciliter leur vie postpolitique?

à écrit le 17/11/2021 à 10:44
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Encore une réglementation de plus qui n'aura d'effet que multiplier la paperasse et augmenter les prix. On vit dans un monde de zinzins, tout ce petit monde de techno bien payé pour émettre des âneries, on devrait le mettre au boulot derrière une cha...

à écrit le 17/11/2021 à 9:10
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Faut-il s’attendre à une augmentation du prix du café et du chocolat? Mais c’est pour la bonne cause…….bien sûr !

le 17/11/2021 à 17:21
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Octobre 2020 : Le prix de la tablette de chocolat risque d'augmenter. En cause ? Une nouvelle prime, le « Living Income Differential » (« prime de revenu décent ») que les industriels vont payer aux producteurs de cacao à partir du jeudi 1er octob...

à écrit le 16/11/2021 à 20:44
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Bruxelles se bat contre des moulins à vent

le 17/11/2021 à 17:03
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Encore une fois on ne veut pas voir qu'un monde passé de 2.5 milliards en 1950 à 7.7 milliards en 2019 est obligé de détruire la planète pour nourrir ses habitants

le 17/11/2021 à 17:25
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@calamard Et ce n'est pas les 4,4 millions de morts du covid dans le monde au bout de ...deux ans qui vont changer la donne.

à écrit le 16/11/2021 à 18:37
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"sans regarder ni provenance ni méthodes de fabrication" T'es parisien, tu bosses huit heures par jour 5 jours dans la semaine avec trois heures de trajet quotidien, quand tu fais tes courses, à savoir le truc dont tu n'as pas envie mais que tu es qu...

à écrit le 16/11/2021 à 18:27
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Toute importation contribue a ce que l'on dénonce... mais pas a ce que l'on ne veut pas voir! Accuser les autres est très facile!

le 17/11/2021 à 8:15
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tout est bon pour culpabilise le citoyen europeen rien ne lui sera epargne le woke est le nouveau nazisme

à écrit le 16/11/2021 à 18:27
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Il faut décourager au niveau de l'OMC l'importation et l'exportation de toutes les matières premières (dont le bois français) dont le commerce à longue distance n'est pas strictement necessaire et favoriser seulement les flux de produits finis et sur...

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