Renouveler les générations d'agriculteurs, un défi pour nourrir l'Europe

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(Crédits : Reuters)
Le nombre très bas de jeunes agriculteurs, âgés de moins de 35 ans, constitue un défi pour la transition agricole et la sécurité alimentaire, s'inquiètent des sources agricoles françaises et européennes.

Qui va produire l'alimentation de demain en Europe ? Le nombre très bas de jeunes agriculteurs, âgés de moins de 35 ans, constitue un défi pour la transition agricole et la sécurité alimentaire, s'inquiètent des sources agricoles françaises et européennes.

"Il existe de grandes disparités entre les pays, mais en moyenne 5% des agriculteurs seulement ont moins de 35 ans en Europe", a indiqué mardi 28 janvier, à Paris, l'Espagnole Maria Fuentes Merino, coordinatrice à la Commission européenne des politiques de développement rural dans le cadre de la politique agricole commune (PAC).

"Pour la France, qui est l'un des pays les plus volontaristes sur l'installation des jeunes, ce chiffre s'élève à 8,5%", a-t-elle précisé.

Des aides à l'actif plutôt qu'à l'hectare

En Europe, les trois pays qui "remplacent" le mieux les départs d'agriculteurs à la retraite sont l'Autriche, la Pologne et la Slovaquie. La France, avec deux départs sur trois remplacés, se situe en quatrième position, selon le ministère français de l'agriculture. Mais les installations de jeunes sont freinées par une multitude de facteurs, allant du revenu insuffisant de la vente des produits agricoles à l'accès au foncier, en passant par les possibilités de financement, a admis Mme Fuentes Merino.

Illustration d'un certain décalage avec le reste de l'Union, alors que la Commission propose de consacrer dans la prochaine Politique agricole commune européenne (2022-2027) 2% de la valeur des paiements directs aux installations de jeunes, le syndicat français des Jeunes agriculteurs (JA) voudrait, lui, obtenir 4%. Le vice-président des JA, Aurélien Clavel, a dénoncé cette semaine le système actuel d'attribution des aides européennes à l'hectare, qualifié de "poison", qui "favorise l'agrandissement des exploitations et défavorise les jeunes et ceux qui ont moins de moyens".

Il a demandé que les subventions ne soient "plus versées à l'hectare, mais à l'actif", comme le recommandait en octobre un rapport d'économistes publié par France Stratégie, proche du cabinet du Premier ministre français. Même son de cloche du côté du syndicat agricole Confédération paysanne, classé plus à gauche. "Ce sera la seule solution si on veut arriver à faire une transition agricole (avec moins de pesticides chimiques, NDLR), elle ne se fera pas avec moins, mais elle se fera avec plus de paysans", a déclaré son président Nicolas Girod lundi à la presse.

Aider plus l'installation en maraîchage bio

"On ne pourra pas changer tout le système du jour au lendemain", répond prudemment le député européen Jérémy Decerle (groupe Renew Europe), lui-même ex-président des JA, qui participait à une table ronde européenne sur le sujet mardi à Paris, organisée par le média européen Euractiv, basé à Bruxelles et présent dans 13 capitales européennes.

Il souhaite néanmoins une "vraie politique progressive" d'aide à l'installation "à l'échelle européenne" afin d'"enrayer la catastrophe démographique", dans un entretien avec l'AFP. La nécessité de repenser l'accompagnement à l'installation vient notamment d'une demande accrue chez des néo-agriculteurs, souvent non issus du milieu, pour des projets comme le maraîchage bio par exemple, a souligné Nadou Masson, secrétaire nationale chargée de l'installation-transmission à la Fédération nationale d'agriculture biologique (FNAB).

Lire aussi : Se sentant mal-aimés, les agriculteurs se sont rebiffés en 2019 contre l'"agribashing"

"Certains préfèrent se passer des aides" tellement les processus européens sont compliqués et exigeants, déplore-t-elle. La France planche actuellement sur une proposition "d'ouvrir le dispositif d'aide au delà de 40 ans" pour les nouveaux arrivants, souvent en conversion professionnelle, donc plus âgés, a souligné une représentante du ministère.

Des pensions trop basses

Une amélioration du système de transmission des exploitations est aussi nécessaire, a jugé le président des JA, Samuel Vandaele: "il en va de la sécurité alimentaire en Europe et de la vie des territoires ruraux" a-t-il estimé, en souhaitant une "loi foncière pour favoriser l'accès des jeunes au foncier". Dans ce domaine, les prix ont été multipliés par deux en dix ans en France, même s'ils restent plus bas en moyenne que dans le reste de l'UE.

Pour parvenir à faire "libérer" les terres par les agriculteurs ayant dépassé l'âge de la retraite, le gouvernement français compte notamment sur sa réforme devant garantir une pension d'au moins 1.000 euros à un chef d'exploitation ayant une carrière complète. Actuellement nombre d'exploitants âgés continuent de toucher les aides PAC et repoussent sans cesse leur départ en retraite, les pensions étant notoirement trop basses, de l'aveu même du gouvernement.

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Commentaires
a écrit le 31/01/2020 à 5:29 :
Suprimer les pesticides et les Primes qui constitue 60 % du chiffre affaire de nos agriculteurs pour une activite non rentable
a écrit le 30/01/2020 à 16:49 :
Votre image d'illustration n'est pas significative de l’agriculture de demain. Où est l'homme ? ou sont les produits agricoles ? il n'y a donc que les machines toxiques pour illustrer un sujet sur l'agriculture ?
Oui, l'agriculture française est bien malade , et ce n'est pas dans ces conditions que l'on attirera des jeunes. Les perspectives ne sont pas fameuses, la pression étouffante de l'administration est épouvantable, les risques sont élevés et les revenus faibles. Pour info, mon épouse, à la tête d’une exploitation BIO de 80ha en polyculture et élevage dégage mins de 1000 euros mensuel de revenu net, pour environ 70 heures de travail par semaine ! il faut vraiment aimer ce métier et être animé par des convictions fortes pour accepter pareil esclavage. Comment voulez vous motiver de nouvelles installations ?
a écrit le 30/01/2020 à 14:04 :
les paysans sont toujours pour une majorité d'entre eux des "laissés pour compte" les professions des villes avocats, notaires, hommes politiques ou fonctionnaires ont la vie belle par rapport à eux, ils se permettent même de donner des conseils (sans vergogne) alors que le désespéré est en haut de l'échelle en train de se passer la corde au cou
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Celui qui a 600 hectares de blé ou 1000 vaches n'est pas concerné par ce drame . . .
Réponse de le 30/01/2020 à 16:52 :
Stop, même si la vie est dure pour un agriculteurs, bien heureusement la plupart d'entre eux ne sont pas en haut de l'échelle en train de se passer la corde au cou.
Secondement les méga fermes que vous citez ne sont pas des exploitations agricoles mais des industries de production de masse à bas coût et de qualité médiocre.
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a écrit le 30/01/2020 à 12:55 :
Toujours la même question , ou passe les 9 milliards que la commission européenne verse aux 400.000 agriculteurs français par an et ce depuis six ans maintenant .
Réponse de le 31/01/2020 à 1:42 :
il faut bien que les fonctionnaires se servent largement au passage . . .
a écrit le 30/01/2020 à 9:38 :
BAYER est endetté de plus de 40 milliards de dollars, le consortium financier européen n'est donc pas prêt de mettre en place une économie intelligents permettant aux maximums de citoyens européens d'en profiter tout e, protégeant leur santé, on peut compter même sur lui pour faire le strict opposé comme il a toujours fait depuis Maastricht.

Amis bookmakers vous pouvez encore une fois parier sans risque sur la cupidité et la bêtise sans fin à tendance criminelle de nos dirigeants politiques et économiques européens.
a écrit le 30/01/2020 à 9:01 :
Oh mais que cet article est bien pudique de ne pas mentionner une barrière énorme à l'entrée: le taux de suicide hallucinant de cette malheureuse profession !

On parle de salaire garantis, et si on parlait d'espérance de vie garantie !
a écrit le 30/01/2020 à 4:35 :
Ici le nombre de boutiques vendant des produits en direct sont legion avec des tarifs de loin bcp moins chers que ce que l'on trouve en supermarket.
Resultat, de plus en plus de "jeunes" s'expatrient sur les terres de leurs ancetres en province et deviennent producteurs bios certifies.
Pourquoi en France ne fait-on pas de meme ?
Trop de fiscalite tue les volontes.
a écrit le 29/01/2020 à 22:41 :
En temps que presque jeune agri (j'ai moins de 40 ans), je ne donnerai qu'un conseil aux jeunes : faîtes n'importe quoi mais pas agriculteurs (voir ne faîtes rien du tout). En 10 ans j'ai vu une situation économique se dégrader à vitesse grand V. J'ai fait du raisonné, du bio, l'État n'a jamais tenu ses engagements. On est des pestiférés, des idéologues nous commandent notre façon de travailler (comme du temps des paradis socialistes). Et pendant ce temps-là les autres pays ne nous attendent pas et prennent tous nos marchés à l'export. L'agriculture en France est moribonde et ça ne s'améliorera pas.
a écrit le 29/01/2020 à 17:28 :
Comment encourager des jeunes à s'installer quand 20% des agriculteurs ne dégagent pas de revenu? L'agriculture suit les règles de la mondialisation, du libre échange, des marchés financiers. Ce type d'agriculture, c'est toujours plus de surfaces qui se concentrent dans quelques mains, toujours plus de mécanisation, toujours plus d'intrants et de pesticides pour une production dégénérée et des prix toujours plus bas...Qui va nourrir les gens? Les empoisonner, on sait, ceux qui vivent de ce système sur le dos des agriculteurs et des consommateurs.
Désormais, sinon veut se nourrir sainement, il n'y a que 2 possibilités :
1 - Manger Local et de Saison les produits bio des paysans de sa region, ce n'est pas forcément plus cher, et le bilan carbone positif.
2 - Cultiver soi même quelques arpents de terre. Un jardin potager apporte autant de satisfaction qu'une virée chez Mac Do, à Eurodisney ou qu'un jeu en ligne ! Cette solution de produire soi même ses légumes n'est malheureusement pas à la portée de beaucoup de citadins. Conclusion, Viendez à la Campagne !!!
a écrit le 29/01/2020 à 16:51 :
Nourrir l'Europe cela commence par nourrir la Nation et on n'a pas attendue de faire une union pour se poser la question! A moins de vouloir faire une agriculture administré!

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