Anticipant une ruée sur l’arrachage à l’issue de ces vendanges, les responsables professionnels viticoles du Languedoc-Roussillon veulent mettre en place des dispositifs de substitution pour préserver les vignes adaptées aux besoins du marché et aux exigences du changement climatique.Alors que les vendanges battent leur plein et que, selon les premières estimations, on s'achemine vers une petite récolte, l'ombre de l'arrachage plane sur le vignoble comme une épée de Damoclès... En juin dernier, France Agrimer a rendu public les résultats d'un sondage mené auprès de l'ensemble des viticulteurs en France sur leurs intentions d'arracher : 22.000 hectares de vigne en France seraient concernés par cet arrachage temporaire ou définitif, dont 10.000 en Languedoc-Roussillon. Néanmoins, ces résultats sont à prendre avec prudence : seuls 5.000 viticulteurs sur les 44.000 sondés se sont prononcés. Les surfaces concernées pourraient donc être bien supérieures à cette première estimation. C'est d'ailleurs ce que redoutent les responsables professionnels.
Hécatombe
«Cette enquête ne reflète pas la réalité,estime Ludovic Roux, président des Vignerons Coopérateurs d'Occitanie.Elle a été faite alors que la règle de jeu, et notamment le montant des aides accordées, n'étaient pas encore validés. Qui plus est, la situation a changé depuis le mois d'avril. Dans l'Aude, les vignes ont été fortement impactées par la sécheresse estivale. Certaines parcelles vont être arrachées car le déficit hydrique a entraîné trop de mortalité pour qu'elles soient rentables. La petite récolte qui s'annonce va accroître les difficultés des exploitations. Les demandes d'arrachage vont à coup sûr fortement augmenter.»
François-Régis Boussagol, président des vignerons de l'Hérault partage la même inquiétude : « J'aimerais me tromper mais je crains une hécatombe. Au vu de la petite récolte de cette année et du prix des vins qui ne décolle pas, nombreux sont ceux qui auront du mal à passer le cap. Je ne serais pas étonné qu'on atteigne les 100.000 hectares arrachés au niveau national, dont la moitié en Languedoc-Roussillon ».
Face à cette menace de réduction du potentiel de production, les organisations professionnelles s'inquiètent et tentent, non pas de freiner l'arrachage, mais d'éviter la perte des parcelles qualitatives, répondant à la demande du marché.
La contrainte climatique
«Essayons de faire ces arrachages intelligemment,préconise Dominique Granier, président de la Safer Occitanie. Il ne s'agit pas d'empêcher ceux qui veulent réduire la voilure ou cesser leur activité de le faire. Mais l'idée est de substituer certaines parcelles vouées à l'arrachage alors qu'elles présentent un potentiel qualitatif, à d'autres moins intéressantes qualitativement, et permettre ainsi à ceux qui restent et aux jeunes qui s'installent une adaptation essentielle aux marchés.»
Réunis le 10 juillet à l'initiative de Jacques Gravegeal, président d'Intersud, en présence de la Safer, les responsables professionnels de l'ensemble de la filière se sont fixés comme objectif prioritaire le maintien des surfaces en blanc. Ils ont également pointé la nécessité de croiser les cibles marchés et les profils vins attendus avec la contrainte climatique des territoires afin de préserver les parcelles capables de répondre à ces exigences.