Le jour où tout a commencé (5/5) : le Matif, la folle histoire du marché à terme
Pascale Besses-Boumard et Christèle Fradin
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Des marchés financiers cloisonnés, hypercontrôlés. Une place parisienne en retard par rapport à Chicago ou Londres. « La réglementation n'avait guère évolué depuis l'après-guerre », se souvient Gérard Pfauwadel, alors sous directeur au Trésor avant d'être appelé, plus tard, à présider le Matif. Il aura fallu l'impulsion politique d'un gouvernement... de gauche pour créer en France le marché à terme des instruments financiers, le Matif. L'initiative en revient à Pierre Bérégovoy et son directeur de cabinet, Jean-Charles Naouri, aujourd'hui patron du groupe Casino.
« À l'époque, c'est un comité des émissions au Trésor, qui décidait qui allait émettre parmi les entreprises et l'État, souligne Gérard Pfauwadel. Nous gérions la file d'attente et lorsque l'État devait se présenter, nous asséchions le marché durant quelques semaines ». La France fait alors face à une augmentation considérable de ses besoins de financement, toutefois sans commune mesure avec ses besoins actuels puisqu'ils représentaient alors 30 à 40 milliards de francs par an... (à comparer à plus de 180 milliards... d'euros en 2011).
Ouvrir une nouvelle fois la porte à la spéculation
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« Le cadre juridique permettant la création d'un marché à terme digne de ce nom n'existait pas. Depuis 1936, les marchés à terme d'instruments financiers étaient interdits pour empêcher les vils spéculateurs d'affamer le petit peuple », relate Gérard Pfauwadel. Il fallait donc passer par une loi de modernisation, permettant de lever l'exception de jeu. Non sans quelques débats au Parlement. Celle-ci sera adoptée le 11 juillet 1985. « Pour certains, nous allions ouvrir la porte à la spéculation, mettre le feu à la maison, se souvient cet ancien du Trésor. Mais globalement, la loi a été votée sans grande complication. » « Je revois parfaitement cette période. Et pour cause ! L'avènement du Matif a été mon premier dossier au sein de la Commission des opérations de Bourse, la Cob, où je venais d'arriver en tant que chargé de mission auprès du président », se remémore aussi Pierre Fleuriot.
Pascale Besses-Boumard et Christèle Fradin