Idée reçue (4/5): les banquiers centraux sont des gens sérieux
Ivan Best
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Qui peut prétendre être plus sérieux qu'un banquier central ? Les hauts financiers sont rarement des joyeux drilles, et pèsent leurs mots, et, qui plus est, quand on a la responsabilité de la politique monétaire, autrement dit de la bonne marche de l'économie, de toute la zone euro, comme l'ont les dirigeants de la Banque centrale européenne, on ne se laisse pas aller à divaguer. Tout un chacun en est donc persuadé, les banquiers centraux, d'Europe ou d'Amérique du Nord, sont des gens sérieux. Et pourtant...
Trichet sûr de lui, l'austérité va mener tout droit à l'expansion
Quand, en juin 2010, le journal italien La Repubblica demande à Jean-Claude Trichet, s'il existe un risque de récession et de déflation, à la suite des coupes claires dans les budgets des pays en crise, celui qui préside alors la Banque centrale européenne a une réponse tranchée. Sans appel. « L'idée que des mesures d'austérité puissent provoquer une stagnation est fausse », affirme-t-il. Vraiment, lui demande-t-on? « Oui », répond Trichet, qui ne doute pas un instant. « En fait, dans ces circonstances, tout ce qui peut aider à accroître la confiance des ménages, des entreprise et des investisseurs dans la viabilité des finances publiques est bon pour la croissance et la création d'emplois. Je crois fermement que, dans les circonstances actuelles, les politiques inspirant la confiance vont renforcer la reprise économique, pas la gêner, parce que la confiance est aujourd'hui le facteur déterminant ».
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Les faits sont têtus
Que voit-on, après trois ans de politiques d'austérité destinées à rétablir la confiance? Le PIB de la Grèce a diminué de 4,9% en 2010, puis de 7% en 2011 et de 6,4% en 2012. Celui de l'Espagne a reculé de 0,3% en 2010, s'est stabilisé en 2011, puis a baissé à nouveau de 1,4% en 2012. Celui de l'Italie a chuté de 2,4% en 2012, et devrait reculer de 1,3% en 2013.
En France, la richesse nationale produite a augmenté de 2% en 2011, et, au moment même où la rigueur était amplifiée, à coup de hausses d'impôts massives décidées par François Hollande, le PIB a commencé à stagner (2012), avant de baisser (2013).
Comment un expert en économie a priori aussi sérieux et reconnu que l'ex président de la BCE a-t-il pu se tromper à ce point ? D'où peut provenir un tel aveuglement ? Pourtant, Jean-Claude Trichet est alors un personnage... central dans la conduite de la politique économique. En fixant les taux d'intérêt, et le niveau de liquidité bancaire, bref, en déterminant, en toute indépendance s'agissant de la BCE, la politique monétaire, il détermine largement la conjoncture, avec les autres gouverneurs.
Ivan Best