Idée reçue (4/5) : les banquiers centraux sont des gens sérieux

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Alan Greenspan, ancien président de la Fed Copyright Reuters
Alan Greenspan, ancien président de la Fed Copyright Reuters (Crédits : © 2010 Thomson Reuters)
La Tribune poursuit ses séries d'été. Cette semaine, les idées reçues de 2013. Quatrième chapitre: les banquiers centraux sont des gens sérieux

Qui peut prétendre être plus sérieux qu'un banquier central ? Les hauts financiers sont rarement des joyeux drilles, et pèsent leurs mots, et, qui plus est, quand on a la responsabilité de la politique monétaire, autrement dit de la bonne marche de l'économie, de toute la zone euro, comme l'ont les dirigeants de la Banque centrale européenne, on ne se laisse pas aller à divaguer. Tout un chacun en est donc persuadé, les banquiers centraux, d'Europe ou d'Amérique du Nord, sont des gens sérieux. Et pourtant...

Trichet sûr de lui, l'austérité va mener tout droit à l'expansion
Quand, en juin 2010, le journal italien La Repubblica demande à Jean-Claude Trichet, s'il existe un risque de récession et de déflation, à la suite des coupes claires dans les budgets des pays en crise, celui qui préside alors la Banque centrale européenne a une réponse tranchée. Sans appel. « L'idée que des mesures d'austérité puissent provoquer une stagnation est fausse », affirme-t-il. Vraiment, lui demande-t-on? « Oui », répond Trichet, qui ne doute pas un instant. « En fait, dans ces circonstances, tout ce qui peut aider à accroître la confiance des ménages, des entreprise et des investisseurs dans la viabilité des finances publiques est bon pour la croissance et la création d'emplois. Je crois fermement que, dans les circonstances actuelles, les politiques inspirant la confiance vont renforcer la reprise économique, pas la gêner, parce que la confiance est aujourd'hui le facteur déterminant ».

Les faits sont têtus
Que voit-on, après trois ans de politiques d'austérité destinées à rétablir la confiance? Le PIB de la Grèce a diminué de 4,9% en 2010, puis de 7% en 2011 et de 6,4% en 2012. Celui de l'Espagne a reculé de 0,3% en 2010, s'est stabilisé en 2011, puis a baissé à nouveau de 1,4% en 2012. Celui de l'Italie a chuté de 2,4% en 2012, et devrait reculer de 1,3% en 2013.
En France, la richesse nationale produite a augmenté de 2% en 2011, et, au moment même où la rigueur était amplifiée, à coup de hausses d'impôts massives décidées par François Hollande, le PIB a commencé à stagner (2012), avant de baisser (2013).
Comment un expert en économie a priori aussi sérieux et reconnu que l'ex président de la BCE a-t-il pu se tromper à ce point ? D'où peut provenir un tel aveuglement ? Pourtant, Jean-Claude Trichet est alors un personnage... central dans la conduite de la politique économique. En fixant les taux d'intérêt, et le niveau de liquidité bancaire, bref, en déterminant, en toute indépendance s'agissant de la BCE, la politique monétaire, il détermine largement la conjoncture, avec les autres gouverneurs.

L'Espagne, cet exemple de rigueur

 Contesté pour l'application dogmatique des traités européens, Jean-Claude Trichet, obnubilé par l'équilibre des comptes publics, s'est ainsi lourdement trompé au sujet de l'Espagne. On a pu l'entendre, peu avant 2007, vanter la situation des comptes publics espagnols. Comme tout banquier central, adversaire forcené du laxisme budgétaire, il mettait en exergue l'excédent des comptes publics de nos voisins, avec son corollaire, la baisse de la dette. Faire l'éloge de l'équilibre budgétaire, voilà qui est banal de la part d'un banquier central.
Mais, en tant que garant de la stabilité financière, Jean-Claude Trichet aurait pu s'interroger sur les origines de cette situation budgétaire a priori favorable, en Espagne. Car elle ne résultait pas d'une politique particulièrement rigoureuse. D'une bonne gestion, les autorités madrilènes ne pouvaient afficher que l'apparence. L'excédent budgétaire était en fait dû à une croissance économique très forte, entièrement imputable à un boom de l'immobilier, synonyme d'excès financier : les banques espagnoles prêtaient à tout va grâce à un financement de leurs consoeurs allemandes, alimentant la spéculation et les déséquilibres. Obnubilé par la bonne tenue des comptes publics, Jean-Claude Trichet ne voulait alors pas voir les excès de l'endettement privé ; après tout, celui-ci est a priori et de toutes façons bon pour l'économie.

 Greenspan: les produits dérivés empêcheront les crises financières

On pourrait penser que, s'ils persistent dans l'erreur dans le domaine de la politique budgétaire, au moins sont-ils d'une compétence imparable dans leur domaine propre, celui de la finance... En fait, c'est loin d'être toujours le cas.
Ainsi, Alan Greenspan, à la tête de la Fed explique-t-il en octobre 2005 que les crises financières sont désormais improbables. Pourquoi ? Parce que la dérégulation, « associée à certaines technologies novatrices, a stimulé l'élaboration de produits financiers tels que les titres adossés à des actifs, les obligations structurées adossées à des prêts et les dérivés sur événement de crédit (CDS) qui permettent une meilleure dispersion du risque... ».
Le banquier central fait là l'éloge d'instruments qui contribueront en fait puissamment à la crise financière, quelques mois plus tard...
Il est très loin d'une telle préscience de la crise, quand il évoque au contraire « des instruments de plus en plus complexes » ayant « contribué à la création d'un système financier bien plus flexible, efficace et donc plus résilient que celui qui existait voici à peine un quart de siècle ».

Bref, les crises financières appartiennent au passé, affirme Greenspan. 22 mois plus tard, une des plus dévastatrices de l'histoire économique commençait...
 

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Commentaires
a écrit le 08/08/2013 à 14:54 :
Dépassées par qui ou par quoi. ?? Non par quoi et pour qui ??

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