Idée reçue (2/5): Pour baisser les déficits, il est préférable de couper dans les dépenses
Ivan Best
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A deux semaines de la fin de son mandat à la tête de la BCE, Jean-Claude Trichet a adressé dimanche un clin d'oeil aux "indignés" qui ont manifesté la veille dans le monde entier, en déclarant sur Europe 1 adhérer en partie à leur message. /Photo prise...
La Tribune poursuit ses séries d'été. Cette semaine: les idées reçues de 2013, en économie. Deuxième chapitre: afin de réduire le déficit, les gouvernements doivent plutôt baisser la dépense qu'augmenter les impôts
C'est une idée bien ancrée dans le monde politique -y compris parmi les socialistes-, tout comme, bien sûr, dans les milieux patronaux : pour réduire les déficits publics, mieux vaut couper dans les dépenses qu'augmenter les impôts, cela nuit beaucoup moins à l'activité économique.
Cette idée a-t-elle été validée par des économistes, par des recherches qui font consensus ? Absolument pas. Elle a été développée seulement par un économiste italien, Alberto Alesina, qui s'est fait fort d'étudier les épisodes dits de consolidation budgétaire. Il en a tiré deux conclusions : la réduction des déficits ne pèse pas sur la croissance, et mieux vaut la mener via la baisse des dépenses publiques.
Erreurs méthodologiques
Le hic, c'est que ses travaux, comme ceux de ses collègues Reinhart et Rogoff, dont on a appris au printemps que les conclusions reposaient sur des erreurs de calcul, sont critiquables, d'un point de vue méthodologique.
Alberto Alesina considère qu'une baisse constatée du déficit public corrigé des effets de la conjoncture -tel que calculé par l'OCDE-, quand elle atteint 1,5 point de PIB d'une année sur l'autre, est le signe d'une politique délibérée de réduction des déficits. Or ceci est loin d'être prouvé. Parfois, des événements -tels une forte hausse de la Bourse- provoquent une embellie subite de l'économie, et donc une baisse spontanée des déficits, sans intervention politique. Cet économiste assimile tous les épisodes de boom économique, qui ont provoqué un afflux de recettes fiscales, permettant donc de réduire le déficit, à une politique volontariste. Or de nombreux épisodes de ce genre sont liés à des éléments exogènes, et n'ont rien à voir avec une décision gouvernementale.
Les résultats différents du Fonds monétaire international
Il faut donc exclure de tels événements de l'analyse. C'est ce qu'ont fait les experts du Fonds monétaire international. Ils aboutissent alors à la conclusion inverse de celle d'Alesina : si l'on considère les seuls baisses du déficit liées à des décisions gouvernementales, on perçoit qu'elles ont provoqué une baisse de la croissance.
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