Pourquoi il faut sauver la BCE, véritable patron de l’Europe

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Hans Werner-Sinn (c) Reuters
Hans Werner-Sinn (c) Reuters (Crédits : Reuters)
En juin dernier, les ministres européens des Finances ont trouvé un compromis pour restructurer ou liquider les banques en difficultés tout en épargnant les contribuables. Un mécanisme imparfait pour l'économiste Hans Werner-Sinn, puisqu'il mettrait en danger le patron de l'Europe : la BCE...

 

En juin dernier, la Commission européenne a annoncé sa volte-face à propos des restructurations bancaires. L'argent nécessaire à la recapitalisation des banques en difficulté viendrait désormais principalement des créanciers, et non des contribuables européens, et un ordre hiérarchique préciserait quels prêteurs doivent être remboursés en premier. Tout cela est le bienvenu, au moins en principe. Dans la pratique, cependant, le régime laisse beaucoup à désirer.

L'appoint européen

Le problème est qu'une très longue liste d'exceptions réduit les actifs recouvrables à tel point que, dans de nombreux cas, il restera impossible de se débrouiller sans argent public. Le plan à long terme est que cet argent devrait provenir d'un fonds créé par les banques européennes elles-mêmes. Mais l'Eurogroupe (la réunion des ministres des Finances de la zone euro, en présence du commissaire aux affaires économiques et monétaires de l'Union européenne ainsi que le président de la Banque centrale européenne) suggère que, tant que ce fonds n'existe pas, ce soit le Mécanisme européen de stabilité (MES) - et donc les contribuables - qui serve d'appoint.

Étant donné que les contribuables sont ainsi censés financer les garanties sur les dépôts jusqu'à 100.000 euros - le niveau de richesse médian des ménages néerlandais et deux fois celui des ménages allemands -, la  proposition de l'Eurogroupe équivaut à une redistribution massive de la richesse en Europe, dont les dimensions ne sont pas comprises par le public.

Sape du marché interbancaire

L'idée de soustraire la dette garantie des banques de la hiérarchie de remboursement est, elle aussi, extrêmement problématique. Bien que cette proposition puisse sembler inoffensive et allant presque de soi, il n'en est rien ; la dette garantie n'a besoin d'aucune protection supplémentaire, puisqu'elle est déjà garantie. Vu sous cet angle, la protection supplémentaire offerte par l'exemption est très surprenante.

L'exemption de la dette garantie concerne sans doute principalement les prêts de refinancement que la BCE a étendu aux banques commerciales en échange de garanties de plus en plus faibles. Pour les pays en crise de la zone euro (Chypre, Grèce, Irlande, Italie, Portugal et Espagne), le total est de 732 milliards d'euros. Ces prêts vont bien au-delà de la fourniture de liquidité dont ces pays ont besoin pour la circulation interne, qui...

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