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Dépenses publiques: s'inspirer du "succès" allemand?

Ivan Best

Publié le 29 novembre 2012 à 16:43 - Mis à jour le 29 novembre 2012 à 16:47

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Entre les dépenses publiques allemandes et françaises, il y a aujourd'hui un écart de 8,7 points de PIB. Comment les Allemands font-ils?

Ah, si nous avions les mêmes dépenses publiques que l'Allemagne... Combien sont-ils, les éditorialistes, zélateurs du modèle allemand, à avoir poussé ce soupir ? On ne compare évidemment pas la France aux pays anglo-saxons. Trop différents. Mais l'Allemagne, au modèle de société si proche.... Si ses dépenses sont inférieures de 10 points de PIB aux nôtres, n'est-ce pas grâce à une chasse efficace aux gaspillages ? La question se pose d'autant plus que François Hollande se tourne délibérément vers une politique de baisse des dépenses, qu'il entend réduire de 60 milliards d'euros sur l'ensemble du quinquennat.

Rien à voir avec la Suède
Effectivement, la comparaison a plus de sens que celle avec les Etats-Unis, ou même la Suède, dont on nous rebat les oreilles. S'agissant de ce deuxième pays, la chute des dépenses y a été impressionnante... apparemment. Car elle se mesure toujours en proportion du PIB. Or, les Suédois, au milieu des années 90, ont effectivement réformé leur secteur public, mais en menant une politique macro-économique très active. Ils ont franchement dévalué leur monnaie, relançant par là même leurs exportations et leur croissance. En réalité, les dépenses publiques suédoises, mesurées en milliards de couronnes, n'ont jamais baissé. Elles ont été stabilisées. Leur chute de plus de 20 points en pourcentage du PIB s'explique mécaniquement par la très forte croissance de celui-ci.

La même croissance économique, sur 10 ans
S'agissant de l'Allemagne, ce biais n'existe pas. Si l'on raisonne sur le moyen terme, depuis 10 ans, la hausse du PIB a été la même des deux côtés du Rhin. D'abord plus faible en Allemagne, jusqu'en 2006, puis plus forte ensuite que dans l'Hexagone.
Comment ont évolué les dépenses sur cette période ? En 2002, selon Eurostat, dont les données sont utilisées ici, les dépenses publiques allemandes représentaient 47,9% du PIB. En France, elles étaient de 52,9%, soit tout juste cinq points d'écart. En 2010 -les données précises ne sont pas disponibles au-delà-, ce ratio atteignait 56,6% pour la France, alors qu'il était toujours de 47,9% pour l'Allemagne. Soit une stricte stabilité Outre Rhin sur cette période. Celle-ci masque un reflux, jusqu'à la crise de 2008, suivi d'une hausse.

Une forte hausse partout, depuis 2008

Contrairement à ce que François Hollande semblait suggérer lors de sa conférence de presse du 13 novembre, la France n'est pas le seul pays où la dépense publique a augmenté de cinq points de PIB depuis le début de la crise, en 2008. La plupart des économies industrielles ont enregistré un tel mouvement, et dans des proportions équivalentes. En Allemagne, la crise a provoqué 4,4 points de dépense en plus.

Le coût des retraites, en premier lieu

Les statistiques européennes permettent d'analyser les origines du différentiel croissant entre la France et l'Allemagne, qui est passé de 5 points en 2002 à 8,7 points en 2010. Peut-on l'attribuer à des gaspillages, à l'inflation galopante dans l'administration « administrante » française, les fameux ronds de cuir ? C'est ce qu'Eurostat nomme dans son jargon les « services généraux ». En 2002, leur poids était supérieur de 1 point de PIB à celui constaté Outre-Rhin. En 2010, l'écart est de... 0,2 point. La différence franco-allemande s'est donc réduite sur la période, et on ne peut attribuer sérieusement à la multiplication des rond de cuirs le creusement de l'écart franco-allemand.
Alors ? C'est, en premier lieu, du côté de la protection sociale qu'il faut aller voir. Le premier facteur de hausse de la dépense en France, sur la période, c'est le papy boom. Les retraites publiques, qui représentaient 10,9% du PIB français en 2002, ont vu leur poids grimper à 13,5%, non pas en raison d'une amélioration du sort des retraités, mais simplement parce que leur nombre s'accroît chaque année. Le constat financier est radicalement différent en Allemagne. Les dépenses « vieillesse » ont simplement stagné, à 9,9% du PIB. Du coup, ce poste de dépenses explique à lui seul 2,6 points d'écart supplémentaire sur la période, entre les deux pays (sur un total de 3,7 point d'accroissement du différentiel).

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L'impact des réforme Schröder
Comment nos voisins, dont la population vieillit aussi, bien évidemment, sont-ils parvenus à cette stabilité ? Les réformes Schröder y ont largement contribué. En Allemagne, les retraites privées se sont substituées progressivement à celles versées par le secteur public. Par définition, ces retraites privées, pour lesquelles les entreprises ou les particuliers paient cher, ne sont pas comptabilisées dans la dépense publique. Aujourd'hui, il n'est pas possible de partir en retraite en Allemagne avec la seule pension versée par l'Etat.
En 2010, le différentiel de dépense de retraite entre les deux pays atteint donc 3,6 points de PIB. Il explique à lui seul plus de 40% de l'écart de dépense publique globale entre les deux rives du Rhin.

L'assurance maladie, autre source de différence
C'est un autre poste lié à la protection sociale qui contribue le plus au « gap » croissant entre les deux pays : la santé. La différence entre les deux pays était de 0,5 point en 2002, elle atteint désormais 1 point de PIB. L'assurance maladie représente 7,2% du PIB en Allemagne, et 8,2% en France. Un moindre prix des médicaments contribue à ce surcoût en France. Mais aussi des réformes qui ont amené le secteur public à se désengager, Outre Rhin, plus que dans l'Hexagone.
La politique du logement explique elle aussi que la France dépense plus. La dépense est limitée à 0,7 point de PIB en Allemagne, elle atteint 2% en France, en forte hausse au cours des années 2000.
L'écart croissant (+3,7 points) entre les dépenses en France et en Allemagne tient donc largement à la protection sociale, au sens large (retraites, santé, lutte contre la pauvreté, logement...).

Défense, éducation: un écart stable

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Il existe d'autres différences entre les deux systèmes publics. Mais celles-ci n'ont pas bougé entre 2002 et 2010. S'il y a seulement 47,9% de dépenses publiques en Allemagne, et non 56,6% comme de ce côté du Rhin, c'est aussi parce que l'enseignement y coûte moins cher (1,8 point de différence). Cela tient notamment à la quasi absence de classes maternelles en Allemagne. Il faut noter aussi la modestie de de la politique familiale allemande (ce qui permet d'économiser 0,9 point de PIB).
Et, bien sûr, ceci est lié à leur histoire, nos voisins dépensent moins pour leur Défense (1 point de PIB de différence).
L'écart entre les deux pays ne s'explique donc pas par une gestion particulièrement rigoureuse en Allemagne, qui s'opposerait à une gabegie française. Les gaspillages existent sans doute des deux côtés du Rhin. En France, on les trouve notamment dans les collectivités locales, qui commencent tout juste à ralentir le rythme de leurs dépenses.
Mais le différentiel franco-allemand est d'abord est avant tout le résultat de choix de société.

Ivan Best

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