Les mille façons de mesurer les émissions de CO2

Les entreprises, de plus en plus nombreuses à mesurer leurs émissions de gaz à effet de serre, manquent d'une méthode homogène.

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Copyright Reuters (Crédits : REUTERS)

Sur le plan du changement climatique, c'est bien la quantité des émissions mondiales de gaz à effet de serre en valeur absolue qui importe. Pourtant, de nombreuses entreprises mesurent plutôt leur intensité carbone, c'est-à-dire le CO2 émis pour produire une unité, ce qui leur permet de prendre en compte les changements de périmètre mais aussi les progrès réalisés en matière de process industriels plus sobres.

En réalité, comme le montre une étude présentée jeudi par l'association Entreprises pour l'environnement (EPE), qui rassemble environ 40 groupes français, les méthodes aujourd'hui utilisées par les entreprises pour mesurer leurs émissions varient considérablement, ce qui ne favorise guère la lisibilité pour les observateurs extérieurs. Or, c'est notamment pour répondre aux attentes de leurs différentes parties prenantes (régulateur, actionnaires, investisseurs, clients, ONG, ...) qu'elles ont mis ces dernières années un sérieux coup d'accélérateur au pilotage de leurs émissions de gaz à effet de serre.

Source d'innovation

Certes, en Europe, les secteurs les plus émetteurs (acier, ciment, verre, papier, etc.) sont soumis au système des quotas, qui leur impose de mesurer leurs émissions et d'acheter des crédits sur le marché d'échange européen lorsqu'elles dépassent les quantités qui leur ont été allouées. Mais d'autres tentent de réduire leurs émissions, ce qui s'accompagne presque toujours d'économies d'énergie substantielles. Cet objectif joue aussi un rôle d'aiguillon efficace pour l'innovation. Le chimiste Bayer utilise ainsi du CO2 pour fabriquer du polyuréthane, tandis que Suez Environnement transforme en Angleterre du plastique en biofuel. Autres motivations, les consommateurs sont de plus en plus demandeurs d'information sur le sujet, et les financiers de plus en plus soucieux d'évaluer l'exposition des entreprises au risque carbone, face à un élargissement ou un durcissement de la réglementation et/ou une augmentation du cours de la tonne de CO2. Sans compter la pression réglementaire (lire encadré).

À ces multiples objectifs répond un foisonnement de méthodes, de référentiels, de périmètres. On distingue principalement l'approche par organisation (qui mesure les émissions totales de l'entreprise), par produit ou par projet. Des variantes voient le jour, telles que des méthodes sur mesure pour les territoires, prenant en compte d'autres types d'impacts environnementaux comme la biodiversité.

Des travaux sont en cours au niveau international pour harmoniser les règles de comptabilisation, notamment concernant les émissions indirectes des entreprises dites de « périmètre (scope en anglais) 3 », les plus complexes à mesurer. En France, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), qui veillera à la cohérence des principes utilisés par les entreprises hexagonales, met en garde tout à la fois contre la précipitation et la recherche de la perfection. « L'outil unique est un mythe », affirme ainsi Virginie Schwartz (Ademe).

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