OPINION. « Coup de Jarnac à la sauce béarnaise »
Frédéric Dosquet

Photo d'illustration
DR
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Le coup de demander la confiance à l'Assemblée nationale (article 49.1 de la Constitution) en pleine période estivale, peu d'acteurs et commentateurs politiques l'avaient vu venir. Cette carte surprise, dégainée par le Premier ministre, est aussi surprenante que la dissolution du Président de la République l'année dernière. Ce coup de poker venu de Matignon rencontrera-t-il la même déconvenue que celle de l'Elysée ? Tout se joue maintenant.
On peut mettre au crédit du Premier ministre d'avoir repris la main au moins sur l'agenda de l'échiquier politique français. Aussi surprenant qu'il y paraisse, le calcul de sa décision semble évident et en dépit des apparences, François Bayrou quoiqu'il en soit, en sortira grandi. Tout d'abord, à court terme, cette tactique permet d'anticiper la journée du 10 septembre en espérant faire baisser la pression populaire tout en mettant les partis politiques et leurs leaders devant le fait accompli et... leurs responsabilités, même si en vertu de l'article 49.1, c'est la responsabilité du gouvernement et non celle des parlementaires qui est officiellement engagée. Ensuite, à moyen terme, que la confiance lui soit accordée ou pas, en cas de victoire (sait-on jamais), il sera le héros et le rassembleur, en cas de défaite, il partira la tête haute et fidèle à l'image, initiée dès sa campagne présidentielle de 2007, de pourfendeur de la dette française. Il pourra alors se représenter, allégé du fardeau de Matignon, aux municipales de Pau pour mieux revenir en 2027, à Paris pour... la Présidentielle.
44 milliards d'Euros à trouver, forcément ça ne fait pas que des heureux, bien au contraire. Si de la bouche de tous les orateurs politiques, il faut un effort justement réparti, chacun pour des raisons électoralistes défend des points de vue différents : taxer les plus fortunés pour les uns, « faire les poches » (expression médiatisée de François Bayrou lors de la campagne présidentielle de 2002) des retraités pour les autres ou encore ponctionner tout le monde à égalité, arrêter les embauches des fonctionnaires, demander une participation supplémentaire aux collectivités territoriales... Ils y vont tous et toutes de leur recette. L'équilibre à trouver entre les forces contraires est fragile et n'aide pas à trouver un consensus qui aille à stabiliser l'ensemble du système politique. Cette houle cyclonique de cette fin d'été risque de faire tanguer l'ensemble du gouvernement, voire de l'exécutif. Car, si François Bayrou servait de pare-chocs à Emmanuel Macron depuis plus de huit mois, le Président se retrouve une nouvelle fois fort dépourvu, isolé et en première ligne, demandant même un recours du côté socialiste. Cette instabilité devenue chronique plombe la confiance, nourrit la défiance et remet d'actualité un questionnement sur le calendrier électoral à venir, législatif, voire présidentiel.
Le séisme issu de la décision de Matignon à la fin de ce mois d'août est tel que même au sein du gouvernement, les secousses et les répliques émergent. Les divergences commencent à se faire sentir, la cacophonie gagne en intensité au sein même de l'exécutif. Certains ministres demandent ouvertement à François Bayrou de renoncer à la suppression des jours fériés. Le puzzle du côté des oppositions est ressorti. Les Républicains sont partagés, Nicolas Sarkozy a malin plaisir à passer l'étape Bayrou sans ménagement, tandis que le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau en appelle à un soutien. Pour le Front républicain, la fracture est encore plus violente, la rupture entre les Insoumis et le Parti socialiste étant plus vive que jamais. Le Premier ministre en juillet dernier avait intitulé son point presse, au cours duquel les annonces d'économies des 44 milliards avaient été faites « le moment de vérité », et bien ce moment n'a jamais été aussi proche et on saura donc si la sauce « béarnaise » aura pris ou pas ? Le coup de Jarnac sera-t-il, bien qu'improbable, synonyme de succès...Rien n'est moins sûr.
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(*) Frédéric Dosquet, docteur en sciences de gestion, Professeur Hdr Eklore-ed, auteur de 20 livres dont Marketing et communication politique, 3eme édition, Ems.
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