OPINION. « Dialogue de sourds »
Léa Trentalaud

Photo d'illustration
DR
Léa Trentalaud

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En cette rentrée marquée par les contestations sociales et les tractations gouvernementales, un sentiment se dégage, celui du dialogue de sourds. Celui-ci s'exprime dans les mouvements sociaux, qui ont fait converger les luttes à l'appel des syndicats ce 18 septembre, des ouvriers aux pharmaciens, et qui s'accompagnent d'un mouvement né sur les réseaux sociaux, le fameux « bloquons tout », qui reflète une colère citoyenne qui n'est pas sans rappeler celle des Gilets jaunes. Le dialogue de sourds est aussi de mise entre syndicats et patronat, en témoignent les invectives par médias interposés entre Sophie Binet, Secrétaire générale de la CGT, et l'ancien Président du MEDEF Geoffroy Roux de Bézieux, alors que les visions divergent sur les leviers d'économies budgétaires. Sur la scène politique, si les concertations se poursuivent à Matignon en vue de former un nouveau gouvernement, le dialogue semble là encore plus difficile que jamais entre le Premier ministre et les partis politiques. La voie semble particulièrement étroite pour composer un gouvernement à même d'engranger assez de soutiens au Parlement pour faire adopter un budget.
Pour compléter l'équation, un nouvel objet politique est venu s'imposer à la table des négociations : la taxe Zucman. Cette mesure visant à taxer à hauteur de 2 % de leurs patrimoines les très hauts revenus s'est invitée au cœur du débat, à la faveur des négociations autour du budget. La gauche en a fait une condition sine qua non de son soutien au gouvernement, la droite, un épouvantail. Le débat se concentre sur l'équité que cette taxe représenterait pour la gauche, et sur le risque massif d'exode fiscal auquel elle exposerait la France pour la droite. Ce dialogue de sourds s'est cristallisé sur les plateaux de radios et de télévision, où la question « pour ou contre la taxe Zucman » polarise le débat, et a même suscité une réaction rare : une menace de grève... des patrons. C'est en tout cas ce qu'a laissé planer Patrick Martin, Président du MEDEF, en promettant une « grande mobilisation patronale » si l'État décidait d'augmenter les impôts sur les entreprises.
La bataille culturelle autour de la taxe Zucman se traduit aussi en chiffres. Une étude Ifop commandée par le PS montre que 86 % des sondés se disent favorables à la taxe, avec des résultats surprenants : ils seraient 89 % des sympathisants LR à la soutenir, et 92 % chez Renaissance. Si cette étude reste à considérer avec prudence, elle reflète tout de même une volonté de voir l'effort budgétaire mieux réparti, qui résonne avec les revendications de la rue. Et certains (rares) dirigeants d'entreprises semblent partager le constat : interrogé sur le sujet, Arthur Mensch, PDG de Mistral, start up valorisée à 11,7 milliards d'euros, s'est dit « convaincu qu'il faut plus de justice fiscale en France », tout en reconnaissant qu'il ne « pourrait pas payer la taxe », les milliards levés ne correspondant pas nécessairement à des liquidités pour l'entreprise.
Face à cette situation qui semble inextricable, alors qu'aucun camp ne peut imposer seul sa vision, l'heure est au compromis. Pour avancer, chacun devra lâcher du lest, du gouvernement aux groupes parlementaires, en passant par les partenaires sociaux. Le dialogue de sourds, savamment entretenu de part et d'autre comme outil de négociation, ne peut s'éterniser. Il risquerait d'entraîner un blocage dans la durée, dont les effets pourraient être bien plus ravageurs que les mesures qui cristallisent les passions. À chacun de faire des compromis, en plaçant l'intérêt général au-dessus des considérations partisanes.
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(*) Diplômée de Sciences Po Bordeaux en affaires publiques et représentation des intérêts, et passée par la London Metropolitan University, Léa Trentalaud est consultante senior chez Chefcab, cabinet de conseil en communication d'influence depuis 6 ans. Elle traite notamment des sujets relatifs à l'emploi, à la formation professionnelle, et à la transition énergétique.
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