OPINION. « En ville, le climat se joue à l'ombre du végétal »
Laurent Bizot

Photo d'illustration
Lionel Lagrange
Laurent Bizot

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Lionel Lagrange
Une nouvelle fois, la canicule a frappé. Une nouvelle fois, nos villes ont suffoqué. Une nouvelle fois, des records sont annoncés. Et une nouvelle fois, le constat est sans appel : nos territoires ne sont pas prêts. Ils ne sont pas prêts à affronter la fréquence et l'intensité croissantes des vagues de chaleur. Les habitants des centres urbains, notamment les plus fragiles, paient le prix fort de l'imperméabilisation des sols, de la minéralisation excessive et de l'absence d'ombre. Les parents sont invités à garder leurs enfants à la maison, dans des appartements qui sont parfois, plus encore que les écoles, des bouilloires thermiques.
Que faire ? Cuire, fuir ou agir ? Les solutions existent. Elles sont à portée de main, au coin de nos rues, au pied de nos immeubles, dans nos cours, sur nos toits. Ces solutions ont un nom : les espaces nature.
Il ne s'agit plus seulement d'embellir ou de « verdir » la ville pour le plaisir. Il s'agit d'un impératif vital : les espaces nature sont devenus des infrastructures de santé publique, de résilience et de justice climatique. Leur développement est la meilleure arme que nous ayons pour lutter contre les îlots de chaleur, infiltrer l'eau de pluie, préserver la fraîcheur, reconnecter au vivant et offrir des lieux de vie sains, respirables, inclusifs.
Face à l'urgence climatique, la végétalisation massive des espaces urbains doit devenir une priorité politique. Et cette priorité ne peut se limiter aux seuls parcs publics : elle doit concerner l'ensemble du tissu urbain - copropriétés, logements sociaux, zones commerciales, voirie, espaces d'entreprise, cours d'école, balcons, toitures, friches... Chaque mètre carré peut devenir un îlot de fraîcheur s'il est conçu, planté, arrosé et entretenu durablement.
L'un ne va pas sans les deux autres. Pas de plantes sans sol vivant. Pas de gestion durable de l'eau sans sols capables de la retenir, de l'infiltrer, de la restituer. Les arbres, eux, sont à la fois des réservoirs naturels et des climatiseurs naturels qui ne rejettent pas de chaleur, ne nécessitent pas d'énergie pour fonctionner et dont les bénéfices sur la santé, la qualité de l'air, le stockage du CO2... sont aujourd'hui documentés. Grâce à leurs feuilles, ils rafraîchissent l'air par le phénomène d'évapotranspiration, processus durant lequel l'eau absorbée par les racines s'évapore sous forme de vapeur. Ce changement d'état consomme de l'énergie, ce qui contribue à faire baisser localement la température.
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Ancrés dans les sols, les arbres captent l'eau de pluie, atténuent les effets de précipitations extrêmes, la stockent pour faire face aux sécheresses, et la restituent progressivement, favorisant un cycle de l'eau plus durable. L'eau se cultive, et les jardiniers et paysagistes professionnels en sont les gardiens attentifs.
Pas de fraîcheur durable sans arbres, sans arbustes, sans plantes en tous genres. Il faut sortir de la logique du saupoudrage végétal pour déployer les solutions fondées sur la nature, pensées à l'échelle du quartier, co-construites avec les habitants, et entretenues dans le temps long.
Cette transition est possible. Les professionnels du paysage la rendent déjà concrète sur le terrain. Partout en France, 132 000 jardiniers paysagistes professionnels transforment les villes en oasis. Ils végétalisent les cours d'école, renaturent les pieds d'immeubles, plantent les avenues, aménagent les parcs, investissent les toits. Ils accompagnent les élus, forment les gestionnaires d'espaces privés comme publics, mobilisent les habitants. Ces entreprises créent des emplois durables, non délocalisables, au service du vivant et du lien social.
À moins d'un an des élections municipales, l'heure est à la mobilisation collective. Nous appelons toutes les futures équipes municipales à inscrire la végétalisation dans leur projet de mandat, non comme un supplément d'âme, mais comme une stratégie centrale d'adaptation climatique. Pour cela, il faut investir, oui. Mais surtout : planifier, coopérer, engager les transitions, quartier par quartier, avec les acteurs publics et privés et les citoyens, en s'appuyant sur les professionnels du vivant.
En ville, le climat se joue à l'ombre du végétal. Et si nous voulons préparer nos territoires aux étés qui viennent, c'est aujourd'hui qu'il faut planter, protéger, entretenir. Aux décideurs, aux habitants, aux entreprises, aux professionnels du vivant de faire pousser cette volonté politique.
Laurent Bizot