OPINION. « Et si les sociétés cotées arrêtaient de publier leurs résultats trimestriels ? »

Photo d'illustration
Stephanie Lecocq

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Stephanie Lecocq
La publication trimestrielle a certes renforcé la transparence et le suivi des entreprises. Mais ce rythme ne favorise-t-il pas aussi un certain court-termisme ? La contrainte de rendre des comptes tous les trois mois peut inciter les entreprises à privilégier des arbitrages tactiques au détriment d'une trajectoire stratégique. Les marchés, eux, doivent interpréter une surabondance de données, sans que cela éclaire nécessairement la vision de long terme de la société.
De nombreux dirigeants font aussi état d'une forme de lassitude. L'exercice, très codifié, s'apparente de plus en plus à une figure imposée : les messages sont attendus, calibrés, et il est difficile d'en sortir sans prendre le risque de susciter doutes ou spéculations. À cela s'ajoute un fardeau considérable pour les organisations. La préparation d'une publication trimestrielle mobilise pendant des semaines les équipes financières, juridiques et communication.
Face à ces limites, faut-il envisager un modèle plus simple : des publications semestrielles ? Donald Trump a récemment relancé le débat en appelant à la fin du reporting trimestriel, poussant la SEC à se saisir du dossier pour l'examiner. Ce n'est sans doute pas le plus convaincant des avocats de la cause, mais il rejoint, sur ce sujet précis, des voix autrement plus crédibles. Le fonds souverain norvégien, Norges, l'un des plus grands investisseurs mondiaux, a lui aussi appelé à mettre fin à la publication trimestrielle, estimant qu'un rythme semestriel encouragerait de meilleures décisions à long terme tout en réduisant la focalisation excessive sur les résultats immédiats.
On objectera que plus une entreprise est de taille importante, plus elle dépend de grands investisseurs internationaux - et que pour eux, la norme reste le reporting trimestriel. Mais rien n'indique que cette norme soit immuable : elle résulte davantage de pratiques établies que d'une nécessité structurelle. Le véritable enjeu est ailleurs : assurer un flux d'informations qui soit à la fois régulier, clair et pertinent. Or tous les investisseurs ne forment pas un bloc homogène. Les hedge funds et arbitragistes valorisent la fréquence car elle accroît la volatilité, carburant de leurs stratégies de marché, tandis que les fonds de pension et institutionnels de long terme recherchent surtout de la cohérence et de la stabilité. Pour ces derniers, deux rendez-vous annuels, complétés par des communications ad hoc en cas d'événement significatif, pourraient suffire à maintenir la confiance.
Nos sociétés contemporaines sont saturées de données, d'indicateurs et de flux d'information en continu, que beaucoup interprètent comme le signe d'une transparence accrue. Mais à force d'être multipliée, l'information se banalise et perd de sa valeur. À l'inverse, plus rare, elle gagne en poids : chaque rendez-vous devient plus significatif, mieux écouté, davantage analysé. Publier deux fois par an ne serait pas une révolution : ce pourrait être une façon pragmatique de trouver un meilleur équilibre entre exigence de transparence et besoin de vision. Moins de données, plus de sens ; moins de reporting, et plus de stratégie.
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