OPINION. « Faisons du bien-être au travail une cause nationale et une source d'économies durables »
Jennifer Sitruk, Delphine Cochet, et Rony Msika

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Jennifer Sitruk, Delphine Cochet, et Rony Msika

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Chaque jour, des centaines de milliers de Françaises et Français se rendent au travail avec l'angoisse au ventre, le moral à zéro et une énergie au plus bas... et c'est toute notre économie qui en pâtit. Ce mal-être coûte cher : 300 milliards d'euros chaque année qui s'évapore. Selon l'étude annuelle IBET (indicateur du bien-être au travail) de Mozart Consulting, ce phénomène représente un coût annuel de 14 840 euros par salarié, soit plus de 10 % de notre PIB national.
Alors que l'État travaille à réaliser plus de 40 milliards d'économies à l'horizon 2026, cette hémorragie financière révèle une urgence économique et sociale majeure : le désengagement collectif. En effet, 92 % des salariés français déclarent ne pas être pleinement engagés dans leur activité professionnelle, classant ainsi notre pays à la 24ᵉ place sur 25 en Europe (Gallup 2025).
Les symptômes de ce mal-être sont désormais connus : un absentéisme en forte progression (taux passé de 3,2 % en 2019 à 4,5 % en 2024(1)), des arrêts maladie prolongés (+16 % de durée moyenne), une explosion des burn-out et troubles psychiques, un turnover évitable, et un présentéisme paradoxal où salariés physiquement présents peinent à apporter leur pleine contribution. Ces phénomènes génèrent non seulement des coûts directs (indemnités journalières, recrutement, formation), mais aussi des conséquences moins visibles : baisse de la qualité, erreurs opérationnelles, climat social dégradé, chiffre d'affaires manqué et perte de compétitivité sur les marchés.
Il est urgent de repenser notre approche du travail. Au-delà des traditionnelles incitations fiscales, il convient d'inscrire le bien-être au travail comme critère de pilotage et de soutien public.
Nous demandons d'ériger le bien-être au travail comme cause nationale dès 2026. Cette reconnaissance mobiliserait l'ensemble des acteurs publics et privés et s'accompagnerait d'un vaste programme de sensibilisation, d'ateliers participatifs et d'un cadre réglementaire garantissant l'intégration systématique des pratiques de prévention et de soutien dans toutes les entreprises. La formation et la responsabilisation des managers sont essentielles, mais doivent s'inscrire dans une dynamique nationale structurante et ambitieuse.
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Dans ce cadre, nous proposons de décliner l'indice IBET, indicateur reconnu du bien-être au travail conçu par Victor Waknine, à l'ensemble des secteurs afin de mesurer et d'améliorer le bien-être au travail dans chaque organisation. Pour ce faire, nous préconisons la création d'un Indice sectoriel du Bien-être au Travail, obligatoire pour toutes les entreprises de plus de 50 salariés. Cet indicateur serait associé à un dispositif d'aides modulées en fonction des résultats obtenus : les entreprises présentant les meilleurs scores bénéficieraient d'avantages ou d'un accès prioritaire aux appels d'offres publics, tandis que celles rencontrant des difficultés seraient accompagnées par l'ANACT (Agence Nationale pour l'Amélioration des Conditions de Travail) dans un plan d'aide participatif adapté à leurs besoins.
Nous expérimentons déjà chaque jour des solutions concrètes, populaires et accessibles, déployées auprès de clients entreprises, à destination de leurs salariés. Ils proposent des expériences de cohésion basées sur la motivation, la gamification et la reconnaissance ; des incitations à la pratique sportive quotidienne pour lutter contre la sédentarité ; ou des accompagnements pluridisciplinaires autour des risques psychosociaux et de la santé mentale conçus pour répondre aux situations de vulnérabilité (parentalité, aidants, handicap, difficultés financières, mobilité, retraite...).
Le bien-être au travail est une urgence nationale et un enjeu majeur de santé publique. Selon le Baromètre du retour au travail 2025 de Prévia, les absences de plus de trois mois, sont en hausse de 31 % sur cinq ans et représentent désormais 61 % de l'absentéisme global. Parmi ces arrêts, 50 % sont liés au burn-out et 47 % à la dépression, soulignant l'ampleur des risques psychosociaux. En érigeant le bien-être au travail en cause nationale, et en sensibilisant les dirigeant(e)s et les comex, l'État pourrait anticiper la hausse des coûts de santé, renforcer la cohésion sociale et stimuler à la fois la productivité et la croissance du PIB.
Monsieur le Ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, Monsieur Éric Lombard ; Madame la Ministre du Travail et de la santé, des solidarités et des familles, Mme Catherine Vautrin, Madame la Ministre du Travail et de l'emploi, Mme Astrid Panosyan-Bouvet, vous avez la possibilité d'agir avec nous pour transformer cette bombe à retardement en moteur de relance durable. Nous appelons à l'instauration d'un Plan national bien-être au travail, structuré autour de quatre axes : évaluation obligatoire, incitations financières, formation des managers et renforcement de la prévention. Nous sommes prêts à collaborer étroitement à vos côtés, en partageant nos données d'expérimentation et en co-pilotant le déploiement de ces mesures.
Agissons ensemble dès aujourd'hui ! Nous invitons les entreprises à nous rejoindre.
Libérons les 300 milliards d'euros de richesse dormante dans nos organisations, restaurons la fierté et la santé de nos concitoyens en remettant du sourire au travail, pour redonner du souffle à notre économie.
Ensemble, bâtissons un modèle de travail résolument tourné vers l'humain et la performance.
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(1) Source Axa Édition 2025 Datascope : l'observatoire de la vie en entreprise
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(*) Rony Msika est cofondateur de Corpogames. Il milite pour faire du bien-être au travail une cause nationale. Pour lui, ce n'est ni un luxe ni une option managériale, mais un levier économique majeur et un enjeu collectif de survie. Il plaide pour une mobilisation politique à la hauteur d'un mal trop longtemps ignoré. Sa devise : "Qui sauve un employé, sauve l'entreprise.
Delphine Cochet : Après 10 ans en tant que dirigeante d'une agence de communication événementielle, Delphine Cochet a co-fondé Ma Bonne Fée en 2018, une solution RH pour accompagner les salariés en situations de vulnérabilité. Très engagée, Delphine prend régulièrement la parole dans les media, dans des think tank ou à travers des conférences, pour sensibiliser sur le rôle sociétal des entreprises sur ces enjeux de la parentalité, des aidants, de la santé mentale, du handicap, de l'égalité professionnelle, des seniors...
Jennifer Sitruk : Après plus de 15 ans d'expérience dans le développement commercial et marketing chez Smartbox et Edenred, Jennifer Sitruk rejoint Gymlib en 2021 pour structurer sa stratégie commerciale. Désormais Directrice Exécutive France et Belgique de EGYM Wellpass (ex Gymlib), elle pilote le développement de cette solution sport et bien-être co-financée par les entreprises, qui accompagne plus de 800 000 salariés en France et Belgique. Passionnée par les sujets de qualité de vie au travail et de performance collective, elle anime le podcast Level Up HR, où elle donne la parole à celles et ceux qui réinventent le management et les RH.
Jennifer Sitruk, Delphine Cochet, et Rony Msika