OPINION. « Grèce, dix ans après : le sursaut qu'il faut méditer »
Lucas Véran

Photo d'illustration
DR
Lucas Véran

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En une décennie, la Grèce est passée du bord de l'abîme à un redressement économique spectaculaire. En 2015, elle était à deux doigts de quitter la zone euro, affichait un taux de chômage supérieur à 27 %, un PIB en chute de 25 % par rapport à 2008, et une dette publique frôlant les 180 % du PIB. Aujourd'hui, le pays enregistre un excédent budgétaire, une croissance supérieure à la moyenne de la zone euro, une baisse continue de son endettement, et une attractivité économique renforcée, notamment dans les secteurs du numérique et de l'énergie.
Ce retournement spectaculaire tient à trois leviers : la clarté du cap, le rétablissement d'un État efficace, et une parole publique reconstruite. Trois ingrédients dont la France aurait aujourd'hui grand besoin.
La crise grecque fut d'abord une crise de confiance : envers les chiffres publics truqués, envers les élites politiques discréditées, envers des institutions rongées par la corruption et la bureaucratie. Le premier plan d'aide de 2010, conçu dans l'urgence, imposait des coupes budgétaires massives sans stratégie de transformation. Résultat : l'économie s'effondre, les inégalités explosent, et les tensions sociales se multiplient.
En 2015, la situation atteint son paroxysme. Le gouvernement Tsipras, élu sur une ligne de rupture, organise un référendum pour rejeter les conditions du troisième plan d'aide. Mais il finit par accepter un accord à peine retouché, au prix d'une nouvelle récession et d'un exode massif des jeunes diplômés. Pourtant, cette « kolotoumba » (retournement) marque aussi un tournant. Car, malgré son coût politique, elle ancre une nouvelle phase : celle du respect des engagements, de la reprise de contrôle sur les finances publiques, et de la relance de la croissance.
À partir de 2019, sous l'impulsion de Kyriakos Mitsotakis, la Grèce engage une réforme de l'administration, accélère la numérisation des services, simplifie les démarches fiscales, nettoie son secteur bancaire. En parallèle, les efforts de pédagogie et de constance budgétaire restaurent la crédibilité internationale du pays. Le climat des affaires s'améliore, l'investissement reprend, y compris dans des secteurs d'avenir comme la tech ou l'énergie. Le retour sur les marchés en 2017, l'amélioration de la note souveraine, puis le remboursement anticipé du FMI sont autant de marqueurs symboliques de cette remontée.
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La France ne vit évidemment pas la même crise que la Grèce. Mais elle connaît un autre type de dévitalisation : dette publique record (3 345 milliards d'euros), déficit hors de contrôle (5,8 % du PIB en 2024), stagnation industrielle, perte de compétitivité, effritement de la cohésion démocratique. Les derniers mois ont révélé une chose : la paralysie politique et la défiance généralisée menacent la capacité même à réformer.
Le danger n'est pas l'effondrement brutal, mais l'enlisement structurel. C'est là que l'exemple grec devient éclairant : parce qu'il montre que la sortie d'une impasse passe par une double exigence de clarté stratégique et de cohérence narrative.
Ce qu'a démontré Athènes, c'est qu'un redressement n'est possible que si trois conditions sont réunies : Un cap économique clair, porté avec constance, une administration transformée et une communication stratégique et incarnée. Le discours du gouvernement grec au fil de la crise a été ajusté : exit l'appel à la résistance, place à la recherche d'un compromis viable puis à la démonstration par les résultats.
Pour la France, l'heure est venue de sortir des discours défensifs. La consolidation budgétaire et l'effort demandé aux actifs et aux retraités ne seront acceptés que si elles s'inscrivent dans un récit collectif de prospérité. La France n'a pas besoin de réformes. Elle a besoin d'un sursaut. Et celui-ci ne viendra ni de rabots, ni d'improvisation ou de l'incantation. Il viendra d'une ligne claire et d'un État capable de créer les conditions d'une projection collective.
La Grèce, pays exsangue il y a dix ans, a montré que cela est possible. Elle n'a pas seulement redressé ses comptes : elle a restauré sa crédibilité, en interne comme en externe. Elle a payé le prix fort, mais elle a ouvert un chemin. À nous désormais de savoir si nous voulons l'emprunter.
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(*) Lucas Véran est manager en communication et affaires publiques chez Tilder, où il accompagne des organisations sur leurs stratégies de communication. Par ailleurs, il exerce des responsabilités locales en tant qu'adjoint au maire de Neuilly-sur-Seine.
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