OPINION. « Huit ministres en huit ans : quelle direction pour la santé française ? »
Philippe Berta et Erwann Le Page

Photo d'illustration
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Philippe Berta et Erwann Le Page

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La France a toujours été une terre de recherche et d'innovation médicale. De Pasteur à Charpentier en passant par Curie, nos chercheurs ont façonné des découvertes qui ont changé le monde. Mais aujourd'hui, alors que les biothérapies, les thérapies géniques et l'intelligence artificielle redéfinissent la médecine, une question simple s'impose : la France veut-elle rester un leader, ou se résigner à suivre ?
Les innovations qui arrivent ne sont pas marginales. Elles transforment déjà la prise en charge des cancers avec les CAR-T cells, et demain celles du diabète, des maladies cardiovasculaires ou neurodégénératives. Elles permettent une médecine véritablement individualisée, adaptée à chaque patient. Mais elles posent un défi : leur coût, leur évaluation, leur intégration dans un système de santé qui doit rester soutenable.
Ce défi, il faudrait l'affronter avec une stratégie claire, continue et assumée. Or depuis 2017, la France a connu huit ministres de la Santé. Six rien que sur les trois dernières années. Tous compétents, tous porteurs d'idées pertinentes. Mais comment espérer bâtir une vision de long terme dans un tel contexte d'instabilité politique ? À peine un ministre prend-il ses marques qu'il est remplacé. Cette valse permanente rend impossible le suivi des réformes, alors même que l'innovation médicale demande de la constance.
La question n'est donc pas scientifique. Elle est politique. Voulons-nous une France capable de développer, de produire et de rembourser les innovations de rupture, ou une France dépendante des avancées étrangères, contrainte de les importer tardivement et à vil prix ?
Le contexte politique et les échéances à venir doivent être l'occasion de trancher. Pas par des promesses de plus, mais par des orientations claires : investir dans les innovations qui sauvent des vies, repenser nos modes d'évaluation et de remboursement, et surtout garantir la stabilité politique nécessaire pour piloter ces choix.
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Sans cela, la France risque de perdre non seulement son leadership scientifique et industriel, mais surtout la confiance de ses patients et de ses soignants. La santé est trop essentielle pour être soumise à l'instabilité chronique. L'enjeu est clair : redevenir un acteur de premier plan, ou se résigner à suivre les autres.
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(*) Philippe Berta est Senior Advisor chez DGA Group et professeur émérite en génétique moléculaire. Spécialiste reconnu des maladies rares, il a siégé à l'Assemblée nationale de 2017 à 2024, où il a notamment été rapporteur de la loi de bioéthique. Ancien chercheur au CNRS et directeur de recherche à l'INSERM, il a fondé l'École de l'ADN et dirigé la transformation de l'Université de Nîmes. Ses travaux portent sur la recherche, l'innovation et l'attractivité des carrières scientifiques.
Erwann Le Page dirige les activités françaises de DGA Group. Spécialiste des affaires publiques depuis 15 ans, il accompagne entreprises et coalitions dans la création et le déploiement de stratégies d'influence au service de leurs enjeux business. Ancien directeur des affaires publiques de TIER Mobility pour l'Europe de l'Ouest et ex- directeur général adjoint chez Hill & Knowlton Strategies, il est également diplômé en droit et sciences politiques (Paris I, Cologne, Sciences Po Strasbourg) ainsi que d'un Executive MBA de l'ESSEC & ; Mannheim.
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