OPINION. « Indonésie-Brésil : quand le Sud global réinvente le multilatéralisme »

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Le 23 septembre 2025, à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies, le président indonésien Prabowo Subianto a frappé les esprits par un discours inattendu, direct et sans détour. Dans un contexte où les grandes puissances occidentales paraissent empêtrées dans des rivalités paralysantes, Jakarta a rappelé que l'ONU n'a pas été conçue pour entériner les rapports de force, mais pour leur résister. En citant Thucydide — « les forts font ce qu'ils peuvent, les faibles souffrent ce qu'ils doivent » — Prabowo a retourné l'histoire pour en faire un manifeste : non, le droit n'est pas relatif, il doit demeurer la boussole des relations internationales.
La portée de ce discours dépasse les murs de New York. L'Indonésie a offert plus qu'une rhétorique : elle a proposé d'envoyer jusqu'à 20 000 Casques bleus au Moyen-Orient, confirmant son statut de contributeur majeur aux opérations de maintien de la paix. Elle a rappelé ses succès en matière de sécurité alimentaire — une récolte record de riz exportée vers des pays en crise, y compris la Palestine — et son engagement dans les biocarburants et les industries vertes. Un pays longtemps perçu comme périphérique assume désormais un rôle global, liant sécurité et développement durable.
Ce geste n'est pas isolé. De l'autre côté de l'Atlantique, le Brésil se positionne lui aussi comme une voix singulière du Sud global. À l'heure où il s'apprête à accueillir la COP30, il défend une bioéconomie de développement fondée sur la biodiversité amazonienne, tout en réaffirmant son attachement au droit international. Comme l'Indonésie, le Brésil conjugue poids démographique, ressources naturelles et institutions solides pour porter un multilatéralisme de solutions plutôt que de slogans.
À cela s'ajoute une responsabilité écologique majeure : l'Amazonie et les forêts indonésiennes comptent parmi les plus vastes du globe, véritables poumons de la planète. Leur préservation conditionne l'équilibre climatique mondial. En articulant souveraineté, durabilité et solidarité, Brasilia et Jakarta se placent au cœur des négociations internationales. Leur leadership à la COP30 pourrait inaugurer une diplomatie verte du Sud global, capable de lier climat, biodiversité et justice sociale.
Cette dynamique n'efface pas les contradictions. L'Indonésie devra concilier ses ambitions internationales avec des priorités sociales et budgétaires pressantes. Le Brésil doit encore démontrer sa capacité à traduire ses promesses écologiques en politiques effectives. Mais l'essentiel est là : dans un moment où l'ONU semble souvent réduite à une chambre d'écho, ces puissances émergentes réintroduisent l'esprit fondateur : le droit, la justice, l'équilibre.
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L'avenir du multilatéralisme ne se jouera pas seulement entre Washington, Bruxelles, Moscou ou Pékin. Il se joue aussi à Jakarta et à Brasília. Et c'est là aussi que réside leur avantage décisif : le Brésil et l'Indonésie comptent parmi les grandes avancées démocratiques du Sud global. En ce sens, le discours de Prabowo Subianto n'était pas un épisode isolé : il traduit l'effort du Sud global pour passer du rôle de spectateur à celui d'acteur, en assumant progressivement des responsabilités et en contribuant à redessiner les contours d'un ordre mondial plus inclusif.
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(*) Gabriel Petrus est professeur invité à Sciences Po Paris. Ancien directeur des partenariats internationaux à la Chambre de Commerce Internationale, il a été conseiller spécial de la présidence de la République du Brésil entre 2010 et 2013.