OPINION. « La chaleur, angle mort des débats sur notre politique énergétique »
Pascal Guillaume

Photo d'illustration
Gilles Delacuvellerie / LT
Pascal Guillaume

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Gilles Delacuvellerie / LT
Finalement rejetée par l'Assemblée nationale, la proposition de loi de programmation pour l'énergie, dite « loi Gremillet », a fait les titres des journaux, mais pas sur le sujet que nous aurions souhaité. En se focalisant sur l'électricité, soit sur un quart seulement de notre consommation énergétique, les débats ont, comme trop souvent, éludé la chaleur. Elle représente pourtant près de la moitié de notre consommation et reste encore trop largement dépendante d'énergies fossiles importées au prix fort.
Ces débats qui se poursuivent au Sénat doivent redonner à la chaleur sa juste place dans la transition énergétique. Ils doivent aussi ouvrir la discussion sur les moyens à mobiliser pour atteindre l'objectif de doublement de la part d'énergies renouvelables et de récupération dans la consommation de chaleur en 2030.
Agir sur la chaleur doit être un axe central de notre politique énergétique et des débats qui l'entourent. Cette proposition de loi nous offre l'opportunité de répondre à cette nécessité, rappelée par le Premier ministre fin avril lors du débat sur la souveraineté énergétique.
Cette prise de conscience progresse. Elle est tardive, mais il est encore temps d'agir en nous interrogeant dès à présent sur l'adéquation entre les objectifs de la politique énergétique, et les moyens budgétaires qui seront arrêtés à l'automne dans le projet de loi de finances.
En la matière, il n'est nulle question de dépenses, mais plutôt d'investissements intelligents : agir sur la chaleur, c'est se donner les moyens de réduire durablement la « facture climatique » et de la transformer — à court terme — en « soldes nets créditeurs », en contribuant à la croissance de nos territoires.
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Il n'y a là aucun jeu de mots ni abus de langage : chaque euro de soutien public à la chaleur génère plus de trois euros d'investissements dans nos régions. Mais c'est bien plus encore qu'un simple investissement — aussi durable et efficace soit-il — en faveur de l'économie et de nos bassins d'emplois.
Grâce à ce soutien, et aux investissements qu'il déclenche, c'est autant d'énergies fossiles que nous n'importons plus et dont nous ne sommes plus dépendants, dans un contexte où l'actualité géopolitique nous rappelle chaque jour que la vulnérabilité n'est plus un vain mot. Au-delà, ces investissements vont directement contribuer à protéger les industriels, les Français et le budget de l'État des envolées du prix de l'énergie.
À défaut de débattre de mesures pour aller plus vite et plus loin sur le verdissement de la chaleur, il est donc toujours temps d'investir dans une économie souveraine, durable et soutenable que nous appelons tous de nos vœux.
Il y a un outil pour ce faire : le « Fonds chaleur ». C'est ce fonds qui permet de chauffer (et refroidir) nos logements à partir de la chaleur produite par l'usine voisine, des déchets non recyclables, de la richesse géothermique de nos sols, du bois-énergie durable ou encore de l'énergie solaire.
C'est bien la force de ce fonds. Il ne finance pas « juste » une énergie en tant que telle, mais des projets locaux, adaptés aux besoins et aux ressources de nos territoires, aussi plurielles soient-elles. Ces projets portés par les élus ne manquent pas, au point que nombre d'entre eux n'ont pu être financés l'an dernier, faute de budget suffisant. Cette situation, si inquiétante au regard des enjeux en présence, risque encore de s'aggraver cette année.
820 millions d'euros n'auront pas suffi en 2024 et en 2025 pour les financer. Pour 2026, donnons-leur les moyens nécessaires en fixant à 1,5 milliard d'euros le montant du Fonds chaleur. Il n'en faut pas moins pour atteindre les objectifs de décarbonation de la chaleur.
« Nous n'ignorons pas le contexte budgétaire qui est le nôtre. Soutenir le développement de la chaleur renouvelable et de récupération, c'est contribuer au redressement de nos finances publiques, tout en réduisant notre dépendance aux énergies importées. C'est conjuguer pouvoir d'achat, indépendance énergétique et soutenabilité climatique. »
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(*) Pascal Guillaume est président de la FEDENE, la fédération professionnelle des entreprises de services pour l'énergie et l'environnement, depuis septembre 2024. Il débute sa carrière professionnelle chez Bossard Consultants en 1986. Dès 1990, il rejoint Dalkia. Après un parcours en tant que responsable de BU, puis directeur des opérations en Île-de-France, il poursuit sa carrière à l'international et occupe des postes de directeur général de filiales en République tchèque et au Royaume-Uni, avant de prendre la direction du Benelux.
Pascal Guillaume est également président de la Fédération européenne des services en efficacité et intelligence énergétique (Efiees) depuis le 1er janvier 2019 et membre du conseil d'administration de l'association européenne des réseaux de chaleur, Euroheat & Power. Il est diplômé de l'École polytechnique (1981) et de l'École nationale des Ponts et chaussées (1986).
Pascal Guillaume