OPINION. « La décennie qui s'ouvre doit être celle des nouveaux champions de l'industrie verte »
Collectif (*)

Photo d'illustration
Amit Dave
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Amit Dave
Modèle contre modèle. D'un côté, l'attaque inédite menée par Donald Trump contre la soutenabilité et la promesse d'un repli fossile, autoritaire et inégalitaire. De l'autre, une Europe qui peut et doit choisir de faire de la réindustrialisation verte le projet économique, social et civilisationnel des dix prochaines années. Il est temps de choisir l'Europe, pour bâtir notre souveraineté́ industrielle, énergétique, compétitive et décarbonée.
Nous ne partons pas de zéro. Le Green Deal, la loi Industrie Verte, les plans France 2030 et Deeptech ont créé les bases réglementaires et facilité l'accès aux financements, permettant de faire naître un écosystème d'acteurs industriels innovants. La France et l'Europe disposent ainsi déjà̀ d'un grand nombre d'entreprises qui développent des solutions prêtes à l'emploi pour décarboner massivement notre économie et construire notre compétitivité́ et notre souveraineté́.
Mais il faut désormais industrialiser et produire massivement. La Chine et les États-Unis déploient des moyens colossaux pour bâtir leurs filières vertes et protéger leurs marchés. Depuis vingt ans, ces pays ont su faire émerger de nouveaux champions industriels. L'Asie a inondé le monde de ses panneaux solaires et de ses véhicules électriques ; les États-Unis ont vu naître les géants du numérique qui structurent nos vies. Ces succès ne tiennent pas du miracle. Ils sont le fruit d'une vision stratégique traduite en véritables politiques industrielles : subventions massives, achats publics et privés volontaristes, accès privilégiés au marché́.
Pour l'heure, la réponse européenne — notamment le Clean Industrial Deal — n'est pas à la hauteur. Face à la course technologique mondiale et à la guerre commerciale, les moyens sont encore trop faibles, les délais de mise en œuvre des mesures sont trop longs au regard de l'urgence et nous ne protégeons pas assez nos marchés. Mario Draghi l'a dit : la dépendance aux équipements et technologies étrangères signifierait le décrochage définitif de notre continent.
Nous devons affirmer notre puissance. Avec 450 millions d'habitants parmi les plus qualifiés du monde, 18 % du PIB mondial et des fleurons industriels de classe mondiale, l'Union européenne est un acteur économique incontournable. Nous avons une opportunité́ historique de revenir au centre du jeu. Alors que les États-Unis semblent amorcer un virage politique, économique et idéologique radical créant de fortes incertitudes, l'Europe apparaît comme un pilier de stabilité́ politique et économique. Investir aux États-Unis est désormais risqué. C'est le moment de dire au monde : choisissez l'Europe pour innover, produire et investir. Attirons les talents scientifiques, les investisseurs, les innovateurs, les producteurs du monde en Europe comme l'ont fait jusqu'ici les Américains grâce à des accès facilités aux financements, aux marchés, aux meilleurs instituts de recherche.
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Nous aussi, Européens, commençons par nous choisir nous-mêmes. Ce sont encore, près de 300 milliards d'euros d'épargne européenne qui sont investis, chaque année, hors d'Europe, et principalement aux États-Unis. Or, nous avons besoin de tous nos capitaux privés pour financer les nouvelles industries vertes de technologies propres souveraines comme les batteries électriques, le ciment décarboné́, l'acier décarboné́ ou la chimie verte.
Des solutions immédiates existent. La préférence européenne dans les commandes et les dispositifs de soutien publics et dans les achats privés des grands groupes ainsi que la valorisation de notre production « Made in Europe » sur le modèle du bonus écologique français, ou encore le conditionnement d'accès à notre marché aux acteurs étrangers par des transferts technologiques permettraient de soutenir concrètement les nouveaux acteurs industriels en créant un marché communautaire. Par ailleurs, des garanties publiques de l'État seraient une solution pour réduire le risque des investisseurs dans les projets et les contrats commerciaux. Enfin, des partenariats industriels entre les grands groupes et les jeunes acteurs émergents leur permettraient de bénéficier de leur savoir-faire industriel, et créeraient les conditions d'un véritable renouveau industriel pour nos pays.
C'est le moment de changer d'état d'esprit pour prendre les décisions qui s'imposent : nous devons nous penser comme une puissance industrielle, environnementale, démocratique et solidaire. La prochaine décennie de l'Accord de Paris doit être celle du renouveau industriel. Celle du rêve européen, où la France et l'Europe feront émerger des champions de l'industrie verte.
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(*) Signataires :
Les membres de la coalition « Cleantech for France » : Aster Capital, Verkor, LITA.co, Tilt Capital, Holosolis, GravitHy, Axeleo Capital, Ecocem, Mirova, Afyren, Néolithe, Supernova Invest, Marble, Demeter, Ze Energy, Jolt Capital, Eurazeo
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