OPINION. « OTAN en emporte le vent : les Européens au risque de l'effacement »
Sébastien Boussois

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Donald Trump ne supporte pas le multilatéralisme, pas plus que les réunions de grands dirigeants, c'est plus qu'une certitude. Il supporte encore moins de ne pas être le grand chef incontesté aux décisions incontestées au milieu de la mêlée lors de ces grandes réunions planétaires qu'affectionnent tant les Occidentaux. C'est pour lui non seulement une perte d'énergie et de temps. Ce qu'il veut c'est négocier d'homme à homme, d'État à État en court-circuitant la décision collective qu'il exècre, trouve trop lente et sclérosante. Ce en quoi, dans de nombreux cas récents, il n'a pas tout à fait tort. C'est le serpent qui se mord la queue : comme les Nations Unies sont rendues inefficaces, il faut agir vite et autrement en cas de grave conflit. Et comme il faut agir vite, il faut de plus en plus passer outre les institutions internationales. Leur marginalisation semble donc inévitable pendant au moins les quatre prochaines années.
S'il est bien venu au dernier G7 au Canada, Trump en est parti précipitamment. Officiellement pour des histoires d'agenda, mais en réalité par agacement du comportement d'Emmanuel Macron qui semblerait savoir mieux que tout le monde et que lui. Poussant le président américain dans ses retranchements, le Président français aurait insinué que le locataire de la Maison-Blanche se dépêchait d'aller trouver (seul) une solution à la guerre qui frappait Israël et l'Iran alors qu'eux étaient là tous ensemble pour en discuter. Il n'empêche que, pendant qu'une fois encore les Européens palabraient par la suite à Genève avec des représentants iraniens bien heureux de ressortir la carte du multilatéralisme à leur avantage dans cette ville hautement symbolique, Trump lui agitait ses canaux pour frapper vite et fort l'Iran. Puis pour faire signer de l'autre côté aux deux belligérants un accord de cessez-le-feu. À ce stade, qui l'a temporairement emporté ? Les États-Unis, bien sûr.
Maintenant que le sommet de l'OTAN vient de s'ouvrir à La Haye dans un contexte planétaire extrêmement tendu, les Occidentaux tentent encore de peser par tous les moyens dans le multilatéralisme et la résolution des conflits en attirant les projecteurs sur eux. Les Européens tentent aussi de rappeler leur spécificité face à Trump, qui n'en a cure. Si les États-Unis s'en sortent encore par leurs propres moyens dans la jungle planétaire actuelle, c'est beaucoup plus compliqué pour les Européens, qui sont déchirés entre la voie de l'indépendance à l'égard de Washington sans les moyens, et l'allégeance perpétuelle.
Il semble que Marc Rutte, ancien Premier ministre hollandais et actuel Secrétaire général de l'OTAN, ait tranché et souhaite ramener les Européens « à la raison », celle de Washington. En effet, il vient de se lancer dans un fameux numéro d'équilibriste qui a tout pour séduire les États-Unis et agacer Macron et consorts : assurer le Président américain que tous les États membres contribueraient enfin plus équitablement au budget de l'OTAN en réhaussant à 5 % de leur PIB, leur contribution en matière de défense et féliciter Trump pour la frappe contre l'Iran et le cessez-le-feu entre Tel-Aviv et l'Iran. Ces 5 % comme le rejet de Trump, ce sont deux formidables opportunités pour l'Europe d'acquérir enfin une autonomie stratégique et une défense commune.
Les Européens ne peuvent passer leur temps à exister contre les autres. Certes, ils ont un charme flou avec leur romantisme, à donner des leçons à la terre entière, sans se donner les moyens de leur indépendance d'esprit. Mais ils ont déjà coupé avec la Russie, vont couper avec la Chine, et risquent de rater leurs négociations sur les tarifs douaniers avec les États-Unis dans peu de temps. Qui reste notre allié dans ce chaos, si ce n'est l'Amérique ?
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Alors oui beaucoup s'agacent sur le vieux continent : certains ne veulent pas se ruiner militairement, d'autres n'en ont pas les moyens (la France entre autres au vu du poids de sa dette actuelle), d'autres encore ne veulent pas répondre aux injonctions des États-Unis, mais critiquent dans le même temps le retrait programmé de Washington d'Europe ! Ils veulent défendre la veuve et l'orphelin par les armes, mais condamnent Trump qui oscille entre dialogues et « grosse Bertha ». Il faudrait à un moment savoir ce qu'on veut. Le bilan, c'est que les Européens s'isolent jour après jour sur leur île, au risque de l'effacement. Donc entre la peste et choléra, il faut choisir le moins douloureux.
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (Bruxelles), associé au Cnam Paris (équipe Sécurité Défense), à l'Institut d'études de géopolitique appliquée (IÉGA Paris), au Nordic Center for Conflict Transformation (NCCT Stockholm) et à l'Observatoire géostratégique de Genève (Suisse).
Sébastien Boussois