OPINION. « Pas de fête pour la Suisse ce 1er août » (Michel Santi)
Michel Santi

Photo d'illustration
xFleigx/xEibner-Pressefotox EP_dfgNo Use Switzerland
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Basé sur un déficit commercial de 38,5 milliards de dollars (selon les États-Unis), ce raisonnement américain manque cruellement de rigueur macroéconomique et, surtout, de discernement qualitatif.
Les investissements suisses aux États-Unis s'élèvent à 300 milliards de dollars, faisant de la Suisse le 6e plus important investisseur étranger dans ce pays. Mieux encore : avec 10,3 milliards de dollars investis annuellement, la Suisse est le 1er investisseur étranger en recherche et développement (R&D) aux États-Unis. Les filiales suisses y soutiennent directement un demi-million d'emplois, avec un salaire moyen de 131 000 dollars par an, le plus élevé parmi les sept principaux pays investisseurs aux États-Unis. Environ 500 entreprises suisses y sont établies, versant annuellement 6,7 milliards de dollars d'impôts sur le revenu, ce qui les place au 3e rang des contributeurs fiscaux étrangers aux États-Unis.
Les chiffres des douanes suisses révèlent l'ampleur des flux qui expliquent, probablement, ces tarifs prohibitifs de 31 % imposés par l'administration Trump.
En effet, la Suisse a exporté, pour le seul mois de décembre 2024, 64,2 tonnes métriques d'or vers les États-Unis, soit onze fois plus qu'en novembre de la même année, c'est-à-dire un mois plus tôt, alors que Donald Trump n'avait pas encore été ou venait juste d'être réélu président. Cette tendance s'est intensifiée en janvier 2025, avec des exportations d'or atteignant un record de 193 tonnes, d'une valeur supérieure à 18 milliards de dollars pour ce premier mois de l'année. Autrement dit, le seul mois de janvier 2025 a permis à la Suisse d'engranger près de la moitié de son excédent commercial annuel vis-à-vis des États-Unis !
Pourtant, cette flambée incontestable des importations d'or aux États-Unis en provenance de Suisse est une réponse directe aux craintes de futurs tarifs douaniers. Anticipant des taxes généralisées sur l'or, les acheteurs américains — détaillants, investisseurs, spéculateurs — se sont fait expédier des quantités massives d'or à New York pour devancer d'éventuelles surtaxes, entraînant des distorsions substantielles du marché.
Principal centre mondial de raffinage et de transit de l'or, le rôle de la Suisse dans ce processus a été crucial. Elle a importé des lingots de 400 onces de Londres pour les fondre et les couler sous forme de barres de 1 kilogramme, adaptées à la bourse du COMEX de New York, qui les a réceptionnées.
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De manière ironique, c'est cette ruée vers l'or américaine qui a conduit à l'imposition de tarifs de 31 % sur l'ensemble des exportations suisses. À titre de comparaison, ceux appliqués à l'Union européenne ne s'élèvent qu'à 20 %.
Destinées à l'origine à protéger les marchés domestiques, ces politiques tarifaires démontrent comment elles peuvent déformer les flux commerciaux mondiaux et créer des frictions aussi injustifiées qu'inutiles. Cette escalade spectaculaire des exportations d'or suisse vers les États-Unis reflète, de toute évidence, la réaction des marchés et des acteurs face à l'incertitude des politiques, et non un déséquilibre des fondamentaux économiques entre les États-Unis et la Suisse. Dont la seule faute, dans ce dossier, est d'être un centre mondial de raffinage pour l'or.
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(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il publie aux Editions Favre « Une jeunesse levantine », Préface de Gilles Kepel. Son fil Twitter.
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